Jacques Fayolle : "Une loi de programmation pluriannuelle de l'enseignement supérieur doit voir le jour"

Propos recueillis par Dahvia Ouadia
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Jacques Fayolle : "Une loi de programmation pluriannuelle de l'enseignement supérieur doit voir le jour"
Le président de la CDEFI, Jacques Fayolle, est le premier invité d'"Enjeux du supérieur, paroles de dirigeants". // ©  Romain GAILLARD/REA
Enjeux du supérieur, paroles de dirigeants : les trois questions d’EducPros. Entretien avec Jacques Fayolle, président de la CDEFI et directeur général de Télécom Saint-Etienne. Stratégies d’établissement, investissements d’avenir, moyens pour accélérer le développement et la réussite des écoles d’ingénieurs et de leurs étudiants, il fait le bilan et se projette sur les attentes des écoles d’ingénieurs à l’aune de la présidentielle 2022.

EducPros engage une nouvelle série d’interviews pour donner la parole aux dirigeants du supérieur. Objectif : évoquer avec eux les enjeux qui animent leur secteur, en matière d’enseignement, de recherche, de relations avec le monde économique, de développement et de structuration à l’échelle nationale et internationale. Tout un programme !

D’ailleurs nous commençons cette série des "Trois questions d’EducPros" avec en ligne de mire la présidentielle 2022. Des dirigeants du supérieur partagent leur regard sur comment selon eux les politiques les ont accompagnés – ou pas – pour relever leurs défis, se développer, accompagner leurs étudiants vers la réussite, participer à la production de connaissances, de la recherche et à développer l’économie. Premier échange avec Jacques Fayolle, président de la CDEFI et DG de Télécom Saint-Etienne qui nous livre sa vision pour l'enseignement supérieur et la recherche

Selon vous, quelle a été la décision politique marquante dans l'enseignement supérieur et la recherche (ESR) qui a façonné le paysage de manière durable ?

La LRU (loi relative aux Libertés et responsabilités des universités) constitue une avancée majeure en matière d'autonomie pour les directeurs et directrices des écoles françaises d'ingénieurs. Il leur est désormais possible de conduire une stratégie d'établissement. Cela a renforcé l'ancrage territorial des écoles mais il est encore possible d'aller plus loin et de donner plus d'agilité aux chefs d'établissements, notamment en matière de gestion des ressources humaines.

Les PIA (Programmes d'investissements d'avenir) ont, quant à eux, favorisé la mise en œuvre des politiques d'ESR en lien avec les grandes stratégies d'innovation nationales visant à répondre notamment aux besoins des entreprises. Les écoles d'ingénieurs, sources principales d'innovation dans le domaine des sciences et technologies en France, saluent l'ensemble des programmes qui permettent le déploiement de programmes assurant le lien formation-recherche-innovation et donc la proximité entre l'ESR et les entreprises.

La LRU constitue une avancée majeure en matière d'autonomie pour les directeurs et directrices des écoles françaises d'ingénieurs.

Quelle serait la décision politique essentielle et urgente que devra prendre le prochain président de la République dans le domaine de l’ESR ?

Une loi de programmation pluriannuelle de l'enseignement supérieur, sur le modèle de la LPR (loi de programmation et de recherche), doit voir le jour pour donner plus de visibilité aux directions des établissements.

La compensation des financements compétitifs qui se sont développés ces 15 dernières années par des financements récurrents est une attente forte de la communauté. L'amélioration des conditions d'études et de vie des apprenants, l’amélioration des conditions de travail des agents doivent aussi être déclinées en objectifs clairs : nouvelles embauches, revalorisation des rémunérations, rénovations matérielles et immobilières, soutien de l'Etat dans la mise en œuvre de formations plus inclusives. Une telle programmation devra prendre en compte la nécessaire accélération de la transition écologique.

Quelle a été la pire mesure décidée ces 20 dernières années et ses conséquences sur l’ESR ?

Il est difficile de pointer du doigt une mesure en particulier, tant chaque mesure provoque des externalités positives et négatives. Toutefois, on ne peut que déplorer le découplage entre la réalité du terrain et les modes de financement de l'ESR qui ont été choisis : pas de modèle d'allocation effective de moyens, GVT (glissement vieillesse technicité) dilué dans le dialogue stratégique de gestion, financement très partiel des formations par apprentissage via les niveaux de prise en charge.

La philosophie du soutien public, qui s'effectue majoritairement "en mode projet" ne convient pas aux acteurs.

D'une manière générale, la philosophie du soutien public, qui s'effectue majoritairement "en mode projet" ne convient pas aux acteurs. Ceux-ci ont besoin d'un minimum de stabilité et de visibilité sur le long terme pour développer des formations innovantes, pour faire de la recherche fondamentale, pour faire évoluer les équipes et valoriser chaque carrière.


Propos recueillis par Dahvia Ouadia | Publié le