"La réforme des ECNi, c'est une révolution pédagogique de la formation médicale" (Sébastien Villard)

Mersiha Nezic
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"La réforme des ECNi, c'est une révolution pédagogique de la formation médicale" (Sébastien Villard)
Après la réforme de la PACES, le concours de l'internat va aussi être réformé en 2022. // ©  Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA
Après la suppression de la PACES (première année commune aux études de Santé), le gouvernement rénove le deuxième cycle des études de médecine, c’est-à-dire l’accès à l’internat. Les ECNi (épreuves classantes nationales informatisées) vont disparaître. Sébastien Villard, vice-président chargé des études médicales à l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), décrypte pour Educpros la réforme qui remet l'approche par compétences au cœur de la formation.

Avec la réforme des premier et deuxième cycles des études de médecine, c’est un chamboulement généralisé qui s’annonce pour la formation. En quoi consistent les ECNi (épreuves classantes nationales informatisées), l’examen qui détermine à lui seul l’affectation des futurs internes ?

Les ECNi sont actuellement basées sur le seul contrôle des connaissances. Concrètement, le concours consiste en cinq épreuves organisées sous forme de questions à réponses multiples, de dossiers progressifs et de lecture critique de deux articles. Ces épreuves sont programmées pendant deux jours et demi, en fin de sixième année. C’est ce concours qui détermine le reste de la carrière des étudiants. En fonction de leurs résultats, ils sont ensuite classés de 1 à 9.000. Selon le classement qu'ils ont obtenu, l'un après l'autre, ils choisissent ensuite leur spécialité et la ville où ils poursuivront leur internat. Cela se joue souvent à un fil. Entre la 1.500e et la 6.000e place, il y a seulement 1,5 point d’écart.

Quels sont les changements induits par la réforme ?

La réforme, c’est une révolution pédagogique. Les étudiants ne seront plus uniquement évalués sur les connaissances mais aussi selon deux nouveaux critères. Tout d'abord, les compétences, qui sont des mises en situation cliniques, seront appréciées sous la forme d’examens cliniques objectifs et structurés. Leur parcours sera apprécié également. L’étudiant fera des expériences qui lui rapporteront un nombre de points. Le nombre de points sera plafonné pour éviter une course à l'expérience. La valorisation des mobilités nationales et internationales (Erasmus, stage clinique ou de recherche), des engagements associatifs au sens large, des doubles cursus (UE optionnelles, master, thèse précoce), de l’expérience professionnelle ou encore du niveau de langue est prévue.

Lire aussi : Réforme des études de santé : les facultés de médecine sous tension

Le contrôle des connaissances devrait compter pour 50% de la note finale, l’évaluation des compétences pour 40%, et celle du parcours pour 10% . Mais ce n’est pas encore figé dans le marbre. Autre nouveauté : un classement par spécialité sera mis en place. L’épreuve de connaissances sera pondérée en fonction des résultats obtenus dans chaque discipline. Ainsi, un étudiant qui répond mieux aux questions en cardiologie que les autres aura un meilleur classement dans cette discipline. Concernant l’épreuve de compétences, le classement se fera par grand groupe de spécialités. Par exemple, un étudiant fort en cardiologie et qui aurait démontré son investissement dans la discipline pourra avoir un vrai plus dans ce classement.

Vous répétez souvent qu’un médecin n’est pas que connaissances. Vous voyez plutôt d’un bon œil une réforme qui remet l’approche par les compétences au centre de votre formation ?

C’est une réforme que l’ANEMF a contribué à penser. Une réflexion a été engagée depuis le fiasco des ECNi de 2017. Des sujets avaient fuité, des épreuves avaient été annulées et devaient être repassées. Inacceptable pour les étudiants en médecine, qui sont descendus dans la rue. Les ministères de l’Enseignement Supérieur et de la Santé ont demandé un rapport sur le nouveau deuxième cycle à Quentin Hennion-Imbault (Vice-président chargé des études médicales de l’ANEMF 2016–2017) et à Jean-Luc Dubois-Randé (Président de la Conférence Des Doyens médecine de l’époque). En sont ressorties les propositions de l’ANEMF : connaissances, compétences, parcours. Les compétences vont compter pour 40% de l’évaluation au final. Le référentiel de mise en situation des compétences du deuxième cycle sera prochainement disponible. Ce sera un guide pour les étudiants et les enseignants. La réforme, au-delà de changer le concours, se veut aussi pédagogique.

Quel est le calendrier de la mise en place de la réforme ?

La réforme entre en vigueur à la rentrée 2020. La Commission nationale des études de maïeutique médecine odontologie et pharmacie (CNEMMOP) devra se pencher sur les projets de décrets dans les semaines qui viennent. Les arrêtés vont en découler dans la suite, au printemps. La réforme du deuxième cycle, comme du premier, s’inscrit dans le programme Ma Santé 2020, votée en juillet. Les futurs externes passeront de nouveaux examens dès 2022. L’épreuve de connaissances se déroulera en 2022, en début de sixième année et l’épreuve de compétences en mai 2023. Le nom du concours changera également.


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