Newsletter

Les relations école-entreprise, une arme contre les inégalités scolaires


Publié le
Envoyer cet article à un ami

L'École ne peut pas, à elle seule, tout résoudre et doit sortir des débats stériles qui opposent de manière caricaturale ceux qui voudraient la réussite de quelques-uns et ceux qui voudraient la réussite de tous. Dans une tribune pour EducPros, Benjamin Blavier, délégué général de Passeport Avenir, démontre que le monde de l'entreprise a aussi son rôle à jouer pour favoriser l'égalité des chances, notamment via du mentorat et une information accrue sur les métiers.

Benjamin Blavier"Les inégalités sociales pèsent lourdement sur tous les parcours d'études, pour les décrocheurs bien sûr, mais aussi pour les autres élèves. Pour tous les jeunes issus de milieux populaires qui se situent dans l'"entre-deux" scolaire (ni décrocheurs, ni très bons élèves), le brouillard sur l'avenir est épais.

Votre persévérance scolaire et vos choix d'orientation ne sont pas les mêmes selon votre milieu et votre quartier d'origine. Selon votre accès à l'information, votre entourage, votre travail (pour partie seulement), et – disons-le – votre chance, un filtrage social féroce s'opère dans l'accès aux diplômes d'enseignement supérieur les plus valorisés sur le marché de l'emploi.

Pire encore, l'accès au diplôme est insuffisant. À diplôme égal, les jeunes issus de milieux populaires n'ont pas les mêmes atouts que d'autres pour réussir leur entrée dans le monde professionnel. D'autres éléments entrent en compte : l'impact des réseaux personnels et familiaux, la confiance en soi, la connaissance des entreprises et de leurs codes, et bien sûr la persistance des discriminations.

Pourtant, les rapports et articles qui abordent la question de l'égalité des chances, à l'école et après, depuis dix ans, nous ramènent constamment à l'opposition entre d'un côté les tenants d'une adaptation des modes de sélection, sur l'idée des conventions d'éducation prioritaire de l'IEP Paris, et de l'autre les partisans d'un maintien des concours en l'état, avec les programmes de type Cordées de la réussite, inspirées des initiatives de l'Essec.

Toujours les mêmes exemples, toujours les mêmes débats, qui alimentent une opposition stérile entre ceux qui voudraient la réussite de quelques-uns et ceux qui voudraient la réussite de tous, avec son sous-entendu idéologique (vision de droite/vision de gauche...), égalité des chances contre égalité des possibles.

Tout se passe comme si la question de l'égalité des chances se résumait, encore et toujours, à la stricte sphère académique et scolaire.

Tout se passe comme si la question de l'égalité des chances se résumait, encore et toujours, à la stricte sphère académique et scolaire. On s'interroge alors sur les moyens à mobiliser pour l'éducation prioritaire, sur la cartographie scolaire, sur les contenus et la pédagogie, ou sur le modèle de sélection de l'École.

Éventuellement, avec quelques associations d'éducation populaire, l'École consent à ouvrir le débat sur quelques champs périscolaires dont on pressent bien qu'ils nourrissent les inégalités : l'accès à la culture, la relation avec les familles, l'orientation, et le soutien scolaire pour tous.

Pourtant, d'autres sources d'inégalités sont situées en périphérie de l'École, et hors de portée réelle de celle-ci. Pour les jeunes de milieux populaires, les questions de transport, d'accès au logement ou de financement des études sont des éléments qui conditionnent la poursuite d'études longues. Non, il ne suffit pas de vouloir s'en sortir, les conditions du quotidien peuvent contrarier les plus belles ambitions.

Plus grave encore, d'autres enjeux forts sont ignorés, ou traités de manière marginale. L'École fait toujours trop peu de cas du lien avec l'entreprise, pour les jeunes de milieux populaires qui en sont éloignés et ne parviennent pas à se projeter vers le monde professionnel, à la différence des jeunes mieux nés qui seront accompagnés par leur environnement familial dans la construction de leur projet.

Il existe pourtant des thèmes incontournables sur lesquels le monde de l'entreprise ou des bénévoles issus de la société civile peuvent avoir un apport décisif et complémentaire de celui des enseignants.

C'est bien sûr le cas de l'information et la découverte des métiers, des organisations, des codes (et des stéréotypes), puis de l'accès concret aux entreprises (stages, alternance, visites, réseau). Ni les informations en ligne, ni la bonne volonté des enseignants ne pourront remplacer ce travail de mise en relation et d'appropriation du monde professionnel.

L'impact de [l']accompagnement extérieur personnalisé, pour les jeunes issus de milieux populaires, est encore [...] largement sous-estimé.

C'est aussi le cas de l'accompagnement individuel, sous forme de tutorat ou de mentorat, dans la construction du parcours d'études et du projet professionnel. L'impact de cet accompagnement extérieur personnalisé, pour les jeunes issus de milieux populaires, est encore trop peu étudié et largement sous-estimé. Il est pourtant capital, pour la construction de la confiance, et ne peut pas, ou de manière limitée, être fourni par l'institution scolaire.

Passeport Avenir, et autres associations de même nature, mobilisent des bénévoles extérieurs à l'École pour faire découvrir le monde de l'entreprise aux jeunes, faire le lien entre leur parcours d'études et leur projet professionnel, et préparer leur entrée sur le marché du travail. Ces associations ont un savoir-faire spécifique, pour utiliser à bon escient les bonnes volontés issues de la société civile, et veiller à ce que l'accompagnement reste dans le cadre de l'intérêt général, en prolongeant (sans supplanter) l'action de la communauté éducative.

Plutôt que d'insister sur l'égalité des chances, accordons-nous sur le fait que toutes ces sources d'inégalité font naître une inégalité des chances (appelons cela autrement : de la discrimination systémique), et disons-le clairement : l'École ne peut pas, à elle seule, tout résoudre.

Au-delà du débat sur les modalités de sélection et d'accès à l'enseignement supérieur, nous faisons le constat de la nécessité d'une action positive et d'une mobilisation pour les publics de milieux populaires. Nous devons réunir toujours plus d'entreprises et de représentants de la société civile, à côté de l'École, pour créer, organiser et multiplier ces rencontres improbables, qui permettront aux jeunes issus de milieux populaires de construire leur avenir."

Benjamin Blavier, délégué général de Passeport Avenir - @benjaminblavier

Le programme Passeport Avenir s'est donné pour mission d'accompagner, avec les entreprises, les jeunes des milieux modestes dans leurs parcours scolaires et professionnels, pour faire émerger "une nouvelle génération de leaders différents". 18.000 étudiants ont bénéficié depuis 2005 du programme qui compte 149 établissements d'enseignement supérieur partenaires et 1.200 bénévoles cadres d'entreprise.

| Publié le

Vos commentaires (1)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Jean-francois Violette.

très belle analyse, et complete. C'est bien un sujet de société et l'affaire de tous. 100% d'accord. Bel article