En ce momentSélection à l'entrée de l'université : comment ça se passe chez nos voisins européens ?
On en parleÀ l’université de Strasbourg, un bad buzz autour d'une "procédure presse" qui en dit long
Actu | Budget, Politique

Grand emprunt : où en sont les IDEX ?

Camille Stromboni, Fabienne Guimont et Mathieu Oui  |  Publié le

0

Que deviennent les Idex ? La sélection, opérée en deux vagues, s'est terminée en mars 2012. Bordeaux, Strasbourg, PSL (Paris Sciences et Lettres), Aix-Marseille, Sorbonne Universités, Sorbonne Paris Cité, Saclay et Toulouse, sans oublier les deux prometteurs Lyon et HeSam, doivent désormais signer leur convention de financement avec l'ANR (Agence nationale de la Recherche). Tour d'horizon de l'avancement des différentes Initiatives d'excellence.

Les jeux sont faits pour les Idex… Reste les conventions de financement, et de pré-financement. Objectif : formaliser le projet d'Idex et le financement promis par l'Etat. Trois Initiatives d'excellence les ont déjà signés avec l'ANR : Bordeaux, Strasbourg (sélectionnées en vague 1 ), et Aix-Marseille (Idex 2 ).

Pour PSL, le regroupement des écoles de la Montagne Sainte-Geneviève et Dauphine, la signature semble imminente. Sorbonne Université et Saclay paraissent en bonne voie, selon le ministère, et pourraient signer d'ici fin avril, tandis que Sorbonne Paris Cité ne signera pas avant l'élection présidentielle, et Toulouse, où la situation est tendue, s'est fixé, via le conseil d'administration du PRES, l'objectif du mois de septembre 2012.

Chaque site est libre de son timing, affirme le ministère

Le ministère a démenti l'existence d'une date limite de signature imposée (celle du 15 avril a longtemps circulé). "Nous avons créé toutes les conditions pour pouvoir avancer, ce dans l'intérêt des universitaires : plus vite les conventions sont signées, plus vite les moyens arrivent dans les établissements. Pour autant, il n'y a aucune date cible, chaque site est évidemment libre de son timing", soutient Laurent Wauquiez.

Avec tout de même une carotte pour inciter les établissements à avancer rapidement : la signature des conventions de pré-financement, qui contiennent l'avance de 10 millions d'euros et le pré-financement des Labex (Laboratoire d'excellence) est conditionnée à l'avancement des Idex sur les conventions finales. Hormis Bordeaux, Strasbourg et Aix-Marseille, seule l'Idex PSL l'a pour l'instant signée.

Le travail d'écriture des conventions de financement consiste à reconfigurer les projets en fonction de la somme obtenue (inférieure celle demandée). "Nous avons la responsabilité de signer des conventions conformes à ce qui a été validé par le jury", souligne le ministre.

Les IDEX qui ont signé

Bordeaux

Signature de la convention : février 2012 (dotation : 700 M€)

Le Premier Ministre François Fillon, a signé le 3 février 2012 à Bordeaux la convention de financement de l'Initiative d'Excellence de l'Université de Bordeaux, lui accordant une dotation de 700 M€. "Nous avons une année pour valider la convention de financement à travers un accord avec chacun des partenaires de l’IDEX", indique Hélène Jacquet, chargée de la stratégie et des grands projets.

Un accord de partenariat portera spécifiquement sur les 5 Labex, également associés à la convention de financement. Opérationnels depuis septembre 2011, les laboratoires d’excellence sont déjà engagés sur différents appels d’offres et de recrutement. "Une campagne de recrutement commune à tous les Labex et concernant une vingtaine de contrats post-doctoraux est engagée pour  la rentrée prochaine", précise Hélène Jacquet. 

Reste à savoir quels seront les impacts du projet de Nouvelle Université de Bordeaux (NUB), qui doit se substituer au PRES au 1er janvier 2014, sur la gestion de l’IDEX. Parmi les membres du PRES, l’université Michel de Montaigne s’est en effet désolidarisée de ce projet d’université unifiée, le nouveau président Jean-Paul Jourdan souhaitant renégocier le projet autour d’une université fédérale.

Strasbourg

Signature de la convention : mars 2012 (750 M€)

L’université de Strasbourg (UDS) a signé sa convention de financement de l’Idex, le 21 mars 2012, après Bordeaux. "Il n’y a pas eu de marchandage sur le contenu du dossier validé par le jury international lors de la signature de la convention. Nous avons réduit un peu nos ambitions car on demandait au départ 1,2 milliards d’euros, excepté sur l’attractivité internationale où les objectifs sont restés intacts", précise Guy-René Perrin, délégué général aux Investissements d’avenir de l’UDS.

Conclue entre l’Etat, l’UDS, le Premier ministre et l’ANR (Agence nationale de la recherche), la convention entérine le montant de 750 millions d’euros en capital annoncé pour mettre en place une université d’excellence de Strasbourg d’ici à 4 ans. Durant cette période probatoire, l’université recevra 25 millions d’euros par an, en deux versements (avril et octobre). Cette somme constituera une ligne spéciale dans le budget de l’université. "Il n’y a pas de conditions aux versements. Nous devrons juste établir un budget prévisionnel et un compte rendu annuels", précise Guy-René Perrin. Fin 2015, Strasbourg fera l'objet d'une évaluation comme les autres Idex.

A Strasbourg, l’avance de 10 millions d’euros reçue, comme à Bordeaux et PSL, a permis de lancer deux appels à projets. L’un permettra de recruter à l’international des chercheurs de haut niveau (un à trois/an), l’autre des doctorants (une vingtaine par an). Si toutes les disciplines de l’université peuvent candidater, 70% des moyens alloués à ces appels à projets reviendront au périmètre d’excellence défini par l’Idex.

Aix-Marseille

Signature de la convention : avril 2012 (dotation : 750M€)

C'est le premier signataire de la vague Idex 2 (sélectionnée en mars 2012). Aix-Marseille a signé sa convention de financement le 5 avril 2012. Une rapidité qui s'explique par son mode de gouvernance simple, la fusion des universités d'Aix-Marseille étant déjà faite : c'est elle qui porte le projet, au nom de l'ensemble des partenaires. "Il n'y a pas eu de tergiversations pour construire cette convention. D'autant que notre Idex 2 était très détaillé dès le départ", explique Yvon Berland, président de l'université unique.

Il a tout de même fallu adapter le projet au financement obtenu : 750 M€, au lieu des 1,3 Md€ demandés. "Le projet est resté le même, nous l'avons juste redimensionné. Par exemple quand nous prévoyions 5 chaires, nous n'en ferons finalement que 3", détaille le PU-PH (professeur des universités-praticien hospitalier).

Ce dernier avait mandat de son conseil d'administration pour signer les conventions, et n'est donc pas repassé devant son CA, qui l'a approuvé indirectement en votant le contrat pluriannuel de l'établissement, qui intégrait une partie Idex.

"Nous avons mis sur l'intranet un document explicatif d'une quinzaine de pages, raconte Yvon Berland. J'ai également réuni 150 directeurs de recherche et chercheurs pour leur présenter dans le détail, y compris financier, le texte final. Lorsque j'ai demandé s'ils m'autorisaient à signer, il y a eu un grand rire dans la salle [sous-entendant l'évidence de la réponse]."

Quelle sera la première pierre de l'édifice Idex ? L'académie d'excellence sur la formation, qui va labelliser des formations innovantes, pluridisciplinaires et internationales. Le médecin espère que les appels d'offres seront lancés d'ici novembre. "Nous essayons d'aller le plus vite possible", assure-t-il.

Les IDEX qui devraient signer d'ici fin avril

PSL (Paris Sciences et Lettres)

(dotation : 750M€)

Aboutissement imminent. Le regroupement des écoles de la Montagne Sainte-Geneviève et de l'université Paris-Dauphine devrait signer sa convention de financement dans les jours qui viennent. "C'est en cours de finalisation", indique Laurent  Batsch, président de Dauphine. Paris Sciences et Lettres a obtenu une dotation de 750 millions d'euros.

Cette signature intervient un peu plus tard que ses deux collègues retenues lors de la première vague de sélection Idex 1 (en juillet 2011, Bordeaux et Strasbourg), ce qui s'explique notamment par la complexité due aux statuts très différents des établissements membres de PSL.

"Il n'y a aucun obstacle du côté des établissements, assure le professeur en sciences de gestion. Mais nous sommes 16 au total [avec les organismes de recherche] donc la coordination nécessite un certain temps. Aujourd'hui nous sommes prêts."

Les nouveaux statuts de la FCS (Fondation de coopération scientifique), structure qui gère l'Initiative d'excellence PSL, ont été publiés début 2012, afin d'être conformes à l'Idex 2 (principalement aux structures de gouvernance prévue dans le projet). Les nouveaux conseils d'administration, de la formation et de la recherche ont été mis en place, les vice-présidents (académique et administratif) et la présidente, Monique Canto-Sperber sont désignés.

Enfin, le signe qui ne trompe pas : la convention de pré-financement a été signée (avec l'avance Idex de 10 millions d'euros et les pré-financements des Labex PSL).

PSL constitue aussi, en parallèle, un EPCS (Établissement public de coopération scientifique), avec pour mission première de diplômer les étudiants. "La première promotion "PSL" devrait être diplômée en 2013, indique Laurent Batsch. Nous pouvons ainsi nous appuyer sur deux leviers : un établissement de droit public, un autre de droit privé."

Lire la biographie de Monique Canto-Sperber

Sorbonne Université

(dotation : 900 M€)

Sorbonne Université y est presque. La convention de financement de son Idex devrait être signée d'ici la fin avril 2012, selon le ministère. Le projet, qui réunit notamment les universités Paris 2, Paris 4 et l'UPMC, et vise la construction d'une université unique, a obtenu une dotation en capital de 900M€.

"La convention est prête. Les nouveaux statuts du PRES sont adoptés. Il n'y a eu aucun problème dans nos établissements", indique Louis Vogel.

La dernière barrière a été levée le 13 avril 2012 : le conseil d'administration du Museum a voté son changement de statut au sein du PRES, comme membre fondateur.

Saclay

(dotation : 950 M€)

Le feuilleton de l’Idex Saclay continue. Les membres poursuivent leur travail sur les différentes versions de conventions. Celle présentée mercredi 11 avril 2012 devant l’assemblée de la FCS (fondation de coopération scientifique) Paris-Saclay n’était pas arrêtée. « Tant que la convention n’est pas acceptée par tous les membres, elle ne sera pas signée avec l’Etat », rassure la responsable de la communication de la FCS.

La création d’une université Paris-Saclay est toujours fixée au 1er janvier 2014 mais la signature de la convention de financement permettant de recevoir les intérêts du capital de l’Idex (33 millions d’euros par an sur les 950 millions d’euros), pourrait avoir lieu le 20 avril 2012. Une date que le conseil d’administration de l’université Paris-Sud réuni le 13 avril a approuvé. Une motion associée à ce vote précise que « la nouvelle proposition de conventionnement sur l’IDEX transmise le 9 avril s’articule dorénavant sur une méthode d’élaboration concertée de l’Université Paris-Saclay, associant tout au long du processus les établissements et leurs conseils, sur la base des propositions des groupes de travail déjà mis en place ou devant l’être ».

Une méthode de concertation acceptée in fine alors que mi-mars le congrès des élus de l’université Paris-Sud, y compris son président Guy Couarraze, avait demandé du temps avant de signer avec l’Etat, refusant toute précipitation. Ce dernier avait redit son scepticisme de signer dès avril dans un courrier daté du 2 avril envoyé à Dominique Vernay, le président de la FCS Paris-Saclay.

Pour les élus des enseignants-chercheurs et chercheurs représentés depuis décembre 2011 à la FCS, les procédures de construction de cette université future se déroule dans l’opacité et au mépris des instances collégiales universitaires. « Personne ne comprend plus rien. Si on ne signe pas, on nous affirme que les projets de Grenoble et de Lyon nous reprendront les financements de l’Idex Saclay !», s’indigne Arnaud Le Ny, un des élus Snesup à la FCS. « Si la convention est signée en force, elle sera remise en cause par les syndicats devant un tribunal administratif ».

Le 19 avril 2012, le conseil d’administration de la FCS doit lui aussi valider la  signature de la convention avec l’Etat et l’ANR pour le lendemain. A suivre...

Lire aussi nos articles :
- Idex Paris-Saclay : les conseils de l’université Paris-Sud refusent tout calendrier « précipité

Les IDEX qui signeront plus tard

Sorbonne Paris Cité

(dotation : 800 M€)

Sorbonne Paris Cité se laisse du temps. Le regroupement des universités Paris 3, Paris 5, Paris 7, Paris 13, Sciences po, signera sa convention après les élections présidentielles nationales, probablement pas avant l'automne 2012, envisage le président Dardel (Paris 5), référent sur ce dossier depuis le décès de Richard Descoings . L'Idex a été doté de 800M€.

"Notre Idex implique une strong>fusion des établissements, c'est-à-dire un projet transformant très fort. Il est impossible de le mener sans l'adhésion de nos communautés. Nous allons donc passer devant nos conseils d'administration et conseils techniques", explique le professeur à la faculté de pharmacie. Le CA de l'université Paris 3 a ainsi publié une motion demandant cette consultation.

Si l'écriture de la convention – plus de 1.000 pages ! - devrait aboutir d'ici fin mai, le passage devant les conseils, puis la signature de la convention, ne devraient pas intervenir avant la rentrée 2012, estime Frédéric Dardel.

Une incertitude de taille est déjà levée, quant au renouvellement des présidents des universités qui ont monté le projet. Deux options : soit ils ont été réélus -Vincent Berger à Paris 7, Jean-Loup Salzmann à Paris 13, Marie-Christine Lemardeley à Paris 3- soit le président nouvellement élu, en l'occurrence Frédéric Dardel, était déjà au cœur du projet. Pas d'opposition nouvelle donc.

Mais un ralentissement, en raison du décès de Richard Descoings . Le directeur de Sciences po Paris était au cœur de l'Idex 2 Paris Cité, et venait d'être nommé directeur de l'Idex et du PRES . Les réunions avec le ministère sont depuis à l'arrêt.

Lire la biographie de Frédéric Dardel
Lire la biographie de Vincent Berger
Lire la biographie de Marie-Christine Lemardeley
Lire la biographie de Jean-Loup Salzmann
Lire la biographie de Richard Descoings

Toulouse

(dotation : 750M€)

Le site toulousain a été le théatre d'importantes tensions, sur fond d'élections de nouveaux présidents d'université. Lire nos articles :
- Idex de Toulouse : la convention de pré-financement votée par le CA du PRES (06.04.12)
- Le PRES de Toulouse reporte la signature de la convention attributive de l'Idex (02.04.12)
- Elections : redistribution des cartes au sein des universités toulousaines (29.03.12)
- Idex : scission au sein du bureau du PRES de Toulouse (28.03.12)

Lyon et HéSam, les prometteurs

Les deux "Idex prometteurs", Lyon et HéSam (Paris 1, ENA, ...), suivent le même processus que leurs confrères : convention de pré-financement et convention de financement. Il reste encore du travail, indique le ministère : si Lyon doit clarifier sa gouvernance, HéSam doit fixer des priorités dans son Idex, par rapport au financement obtenu. Le pré-financement devrait être de l'ordre de quelques millions d'euros, d'après le ministère.

Lire notre article : Lyon et HéSam : des IDEX prometteurs ?

Suivez toute l'actualité de l'enseignement supérieur et de la recherche sur le compte Twitter d'Educpros et la page Facebook d'Educpros .

Camille Stromboni, Fabienne Guimont et Mathieu Oui  |  Publié le

0

0 commentaire
afficher plus de résultats
Laissez un commentaire :