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La Khan Academy : une éducation vraiment réinventée ?

Mathieu Oui  |  Publié le

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Salman Khan, fondateur de la Khan Academy // DR Salman Khan, fondateur de la Khan Academy // DR

Dans son livre L’Education réinventée, le fondateur de la Khan Academy retrace l’histoire de cette plate-forme gratuite d’enseignement lancée en 2008 et qui arrive en version française. Retour sur les idées clefs de Salman Khan et des initiatives similaires qui existent déjà en France.

C’est une success story comme l’Amérique les aime. L’histoire de la Khan Academy racontée par son fondateur Salman Khan dans L'Education réinventée (Ed. JC Lattès, en librairie le 4 septembre 2013), est celle d’un jeune Américain d’origine indienne, salarié d’un fonds d’investissement, qui se retrouve engagé par hasard dans l’aventure de l’enseignement à distance.

En 2004, pour aider sa jeune cousine Nadia, en froid avec les mathématiques, Salman lui propose de l’aider à travers des séances de soutien en ligne (tablettes graphiques et ordinateurs connectés), lui à Boston, elle résidant à La Nouvelle Orléans. Progressivement, le système se développe et se perfectionne. Salman accompagne de nouveaux élèves et un ami lui suggère de filmer ses cours et de les poster sur YouTube. En quelques années seulement, la Khan Academy compte plus de six millions d’élèves et des soutiens de poids comme Bill Gates.

Salman Khan, L'Education réinventée - Ed. JC Lattès, septembre 2013.Dans cet ouvrage, l’auteur raconte, pas à pas, son aventure et délivre son cheminement et sa réflexion pragmatique sur l’art d’enseigner à l’heure des MOOC (cours ouverts en ligne). On y retrouve aussi quelques notions bien connues comme la responsabilisation de l’élève ou la classe inversée (l’élève apprend les notions théoriques du cours en ligne chez lui et réalise les devoirs en classe, accompagné par l’enseignant).

"Sa méthode d’enseignement, qui ne vise pas la performance mais le plaisir de la découverte et du jeu, est un peu utopiste, souligne son éditeur français Laurent Laffont, directeur des éditions JC Lattès. Par exemple, il soutient l’idée de classe unique et sans limite d’âge mais qui repose sur l’entraide entre les publics de génération différente."

Pédagogie de la maîtrise, transdisciplinarité, créativité...

Voici une sélection des dix idées principales du livre, avec des compléments de lecture qui montrent que ces idées ne sont pas tout à fait nouvelles et connaissent même un début d’application dans les établissements de l’Hexagone.

1/ Adopter une "pédagogie de la maîtrise"

Les cours doivent être calqués sur le rythme personnel de l’apprenant et non suivre un quelconque planning ; les concepts fondamentaux doivent être parfaitement compris pour permettre la progression de l’élève. Il faut laisser l’apprenant maîtriser une notion avant de lui en soumettre une autre, plus élaborée.

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2/ Rendre les élèves acteurs

L’apprentissage est un processus actif. Celui-ci demande que les élèves se prennent en main et participent et ce, à chaque étape de leur scolarité.

A lire :
- Un exemple de pédagogie active aux Mines de Saint-Etienne
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 3/ Promouvoir la transdisciplinarité

L’enseignement doit inverser la logique de fragmentation entre disciplines et viser au contraire l’association entre sujets dans une logique transdisciplinaire.

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4/ Développer l'esprit critique

Etre plus critique envers les habitudes scolaires et les présupposés hérités est pour Salman Khan une nécessité. Ainsi, les évaluations et contrôles ne sont finalement que des "créations humaines imparfaites" demandant de conserver une bonne dose d’esprit critique lorsqu’on analyse leurs résultats.

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5/ Réhabiliter la créativité

Pour Salman Khan, la créativité est "terriblement sous-évaluée et constitue souvent un critère d’exclusion" dans les écoles. En particulier, beaucoup d’éducateurs ne considèrent pas les maths, les sciences et l’ingénierie comme des domaines créatifs.

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6/ Former tout au long de la vie

La capacité d’apprendre dure toute la vie et il est nécessaire de la développer au maximum et de l’orienter. L’andragogie met l’accent et la responsabilité sur l’apprenant lui-même : les adultes ne sont pas obligés d’apprendre mais le choisissent.

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7/ Favoriser l'entraide des élèves dans une classe unique

Avec la classe unique qui mélange des élèves d’âges différents, les plus âgés ou les plus avancés assistent l’enseignant et sont responsabilisés. Quant aux plus jeunes, ils bénéficient d’un éventail de modèles.

8/ Considérer l'enseignant comme un entraîneur sportif

Salman Khan s'intéresse au modèle de l’entraîneur sportif dans la mesure où celui-ci aide à donner le meilleur de soi-même et est considéré par le jeune comme un allié.

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9/ Repenser le concept des grandes vacances

Pour Salman Khan, les grandes vacances représentent une perte d’argent et de temps monumentales.

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10/ Supprimer les notes

Il s'agit de prendre en compte la capacité et la volonté d’entraide dans les évaluations scolaires. Cependant, loin d'un quelconque laxisme, la suppression des notes est à mettre en lien avec la pédagogie de la maîtrise et la nécessité de parfaitement comprendre un concept avant de passer au suivant.

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Déjà plus de six millions d’élèves
Lancée en 2008 par Salman Khan, la Khan Academy est une organisation à but non lucratif qui délivre gratuitement 4.500 vidéos éducatives sur YouTube. On y trouve des cours de maths, de sciences, d’économie, d’histoire ou encore d’histoire de l’art, mais également des exercices d’application et des outils de suivi pour les enseignants.

Les vidéos sont de courte durée, de dix à douze minutes environ, afin de capter l’attention des élèves de façon optimale. L'académie compte aujourd'hui plus de six millions d’utilisateurs, et les vidéos ont été traduites dans de nombreuses langues.
Une version française en ligne
En parallèle de la sortie du livre de Salman Khan, une version française du site est mise en ligne le 4 septembre 2013 par l’association Bibliothèques sans frontières. Pour le lancement, 250 vidéos en français, traduites et adaptées de la plate-forme américaine, seront accessibles gratuitement en ligne sur http://khanacademy.bibliosansfrontieres.org. Ces cours de mathématiques sont destinés aux élèves du primaire et du début du collège. Leur mise en ligne devrait être progressive, avec 800 vidéos annoncées pour la fin de l’année.

Porté par Bibliothèques sans frontières, le projet a été financé par la Fondation Orange pour un montant global de 320.000€. Outre les élèves et les familles françaises, Bibliothèques sans frontières souhaite toucher aussi les associations de quartier qui travaillent dans le secteur du soutien scolaire et de l’aide aux décrocheurs ainsi que les pays d’Afrique francophone.
"Nous travaillons à la mise en place d’une version off-line avec un système de serveur dédié, afin de travailler avec les écoles africaines qui peuvent avoir des difficultés de connexion internet", indique Mireille Le Van, secrétaire générale de la fondation Orange. Des expérimentations de la classe inversée seront menées dans des écoles françaises mais également dans des classes au Cameroun et en Côte d’Ivoire.

Mathieu Oui  |  Publié le

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