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La sélection en master rouvre le chantier de la professionnalisation des licences

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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Étudiants de l'université de Bourgogne en amphi
L'ouverture du portail "trouvermonmaster.gouv.fr" est prévue pour le 31 janvier 2017. // © Service comm' uB

Malgré l'existence d'un droit à la poursuite d'études pour tous les titulaires d'une licence, la mise en place d'un nombre de places limité à l'entrée des masters soulève la question de la professionnalisation des licences générales. Le point alors que le portail "trouvermonmaster.gouv.fr" doit ouvrir mardi 31 janvier 2017.

Quelques formations risquent de manquer à l'appel pour l'ouverture, mardi 31 janvier 2017, du portail "trouvermonmaster.gouv.fr", mais le cabinet de la ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem, minimise ces absences.

"L'essentiel des formations figurera sur la plate-forme dès son ouverture et, surtout, la plate-forme est un site vivant ; les informations continueront d'arriver au fil de l'eau", explique-t-on du côté de la Rue de Grenelle. Ce sera en particulier le cas pour les données concernant les capacités d'accueil et les critères d'admission, mises en ligne progressivement d'ici au 28 février 2017.

Mise en place du portail en deux temps

Cette mise en place en deux temps du portail s'explique par l'obligation pour les présidents d'université de faire voter par leurs conseils académiques ces capacités d'accueil et critères de sélection, et ce pour chaque mention. Un processus mené plutôt rapidement à bien, pour la simple et bonne raison que, "bien plus souvent qu'on ne l'imagine, les universités sélectionnaient déjà à l'entrée du M1", affirment, unanimes, syndicats et responsables universitaires. Il s'agissait donc surtout de formaliser ce qui existait déjà.

À terme, "trouvermonmaster.gouv.fr" recensera les 3.000 diplômes nationaux de masters proposés par les 170 universités et grandes écoles. 

pas de politique malthusienne en master

Au-delà de la création du portail, l'une des grandes questions soulevées par la réforme concerne les capacités d'accueil : vont-elles restreindre l'accès au master ? Tant Najat Vallaud-Belkacem que Thierry Mandon, secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, se sont engagés sur ce point : ce ne sera pas le cas, les recteurs de région devant jouer les garde-fous.

Les capacités d'accueil votées reprennent le nombre d'inscrits en M1.
(S. Ramage)

De fait, d'après l'Unef, qui dispose d'informations remontant de près de la moitié des universités, "les capacités d'accueil votées reprennent le plus souvent le nombre d'inscrits en M1, ce qui est très positif", se réjouit Sébastien Ramage, élu de l'organisation étudiante au Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche).

Quels que soient les critères de sélection, la généralisation des capacités d'accueil à l’entrée du master est dénoncée par le Snesup, qui y voit "le syndrome de la peur" : "Plus personne n'ose laisser l'entrée des masters libre, de crainte de devoir accueillir toute la misère du monde", dénonce Hervé Christofol, secrétaire général du syndicat.

Une crainte qu'illustre Virginie Laval, vice-présidente en charge de la formation à l'université de Poitiers. Celle-ci estime que le choix fait par son établissement d'accueillir tous les titulaires d'une licence de psychologie en M1, sans capacité d'accueil, "peut être dangereux". L'université de Bordeaux, elle, a instauré un nombre de places limité dès la première année. Avec le risque de voir les étudiants recalés se tourner vers Poitiers.

LA professionnalisation de la licence EN LIGNE DE MIRE

Face à l'enjeu de régulation des flux entre la licence et le master, la mise en place de la réforme du master relance le débat sur l'insertion professionnelle à l'issue d'une licence générale. Contrairement aux licences professionnelles, dont les étudiants connaissent des taux d'insertion de 80 % à 98 %, les étudiants inscrits en licences générales poursuivent massivement leurs études en master.

Or, même si la loi prévoit le droit à la poursuite d'études, "100 % des étudiants licenciés ne pourront pas poursuivre en master", prévient d'ores et déjà François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise et vice-président de la commission formation de la CPU (Conférence des présidents d'université).

"C'est le vrai sujet, abonde Achille Braquelaire, vice-président de la commission formation et vie universitaire à l'université de Bordeaux. Tout le monde a conscience qu'il s'agit du prochain grand chantier pour les deux ou trois prochaines années."

Nous n'aurons pas le choix ; la professionnalisation en licence doit être renforcée.
(V. Laval)

Dans cette perspective, les universités "doivent préparer les étudiants qui le souhaitent à s'insérer sur le marché du travail, une fois leur licence en poche, tout en leur donnant la possibilité de revenir à l'université, peut-être plus mûrs ou avec un projet professionnel mieux défini et plus pertinent", développe le président de l'université de Cergy-Pontoise, également très impliqué sur le développement de la formation continue.

"Nous n'aurons pas le choix. La professionnalisation en licence doit être renforcée", déclare également Virginie Laval : le master de psychologie de son université accueille en première année 400 étudiants pour 80 places en M2. "Si l'université avait instauré une capacité d'accueil en M1, elle aurait été de 80 : 'que fait-on des 320 autres étudiants ?'" s'interroge l'enseignante-chercheuse. Une question qui se pose ailleurs dans de nombreuses universités.

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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