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L'université Toulouse 3 expérimente l'enseignement par les pairs

De notre correspondant à Toulouse, Frédéric Dessort  |  Publié le

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A l'université Toulouse 3 - Paul-Sabatier, Jean-François Parmentier utilise l'enseignement par les pairs pour rendre ses cours plus interactifs
A l'université Toulouse 3 - Paul-Sabatier, Jean-François Parmentier utilise l'enseignement par les pairs pour rendre ses cours plus interactifs // © Frédéric Dessort

Le "Peer Instruction" ou enseignement par les pairs. C'est la pédagogie active qu'étrennent actuellement un millier d'étudiants à l'université Toulouse 3 – Paul-Sabatier. Une expérimentation dénommée Spiral pour "solutions pédagogiques innovantes pour la réussite et l'attractivité en licence". Tout un programme.

Le "Peer Instruction", késako ? "Cette approche de l'enseignement a émergé au début des années 1990 sous l'impulsion notamment d'Eric Mazur. À la suite d'études américaines montrant les difficultés des étudiants à assimiler les concepts de la mécanique, ce professeur de physique de Stanford a développé une nouvelle méthode visant à faire participer les étudiants en provoquant des échanges entre eux, explique Jean-François Parmentier, chargé de mettre en œuvre cette pédagogie  à la faculté des sciences et d'ingénierie de l'université Paul-Sabatier.

Une vingtaine d'enseignants la testent depuis la rentrée 2014 auprès d'étudiants de première et de deuxième année de licence. Elle constitue le cœur du programme d'innovations pédagogiques Spiral, financé à hauteur de 150.000 € par l'Idex (Initiative d'excellence). 

QCM et débats

"Cette nouvelle façon d'enseigner porte déjà en soi un progrès significatif : nous redonnons vie aux amphis !", souligne Jean-François Parmentier, qui dispense notamment un cours de mécanique des fluides à une vingtaine d'étudiants de L2 via cette pédagogie. Sur une heure et demie de cours, environ une demi-heure est consacrée à des interactions spécifiques. Sur un concept clé, l'enseignant sollicite les étudiants qui doivent répondre à un QCM de quatre à six questions. Chacun d'entre eux, muni d'un mini-boîtier aux touches de numérotées de 1 à 9, vote et prend ensuite connaissance des résultats sur un écran vidéo-projeté.

"Si les réponses sont majoritairement bonnes, je fais la synthèse de cette bonne solution. En revanche, si elles sont mauvaises, je demande aux étudiants de défendre leur point de vue auprès de leur voisin. S'ensuit un débat animé dans la classe ou l'amphi", explique Jean-François Parmentier. Ici, le choix des questions est fondamental : "L'enjeu pour nous est de repérer quels concepts posent problème aux étudiants, ceux qui sont contre-intuitifs."

la classe inversée en appui

Certains enseignants ont adopté l'enseignement par les pairs pour la totalité de leurs cours. Ce qui nécessite la mise en place d'une pédagogie inversée dans l'esprit d'une autre approche américaine dite "Just In Time Teaching", afin de savoir sur quelles notions insister. "Dans mon cours de physique de L1, je demande aux étudiants de travailler à l'avance le cours, puis de participer à un QCM en ligne et de répondre également à des questions ouvertes. En fonction des réponses, j'établis les points que nous allons aborder en classe", explique Brahim Lamine, enseignant-chercheur en astrophysique.

Dans tous les cas, ces nouvelles méthodes appellent un recentrage du cours sur ses aspects essentiels, mais "l'ensemble du programme est vu", assure Jean-François Parmentier. "Simplement, peu ou prou, le contenu du cours est abordé de façon plus concise en présentiel", précise l'enseignant. Une tendance de fond dans certaines disciplines. En mathématiques, par exemple, "depuis plus de cinq ans, il est admis que le cours magistral en amphi ne convient plus, notamment pour les premières années de licence : de plus en plus, le cours intégré, c'est-à-dire mêlant cours et exercices, devient la norme", explique Étienne Fieux, enseignant-chercheur, membre du département de mathématiques de la FSI.

Reste à savoir si ce nouveau modèle d'enseignement fera progresser les étudiants. "Nous finalisons une évaluation dont les premiers résultats se révèlent très encourageants", annonce Jean-François Parmentier.

De notre correspondant à Toulouse, Frédéric Dessort  |  Publié le

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