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YouTube et Twitter, les nouveaux réseaux de la médiation scientifique

Morgane Taquet  |  Publié le

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DirtyBiology, alias Léo Grasset, un ancien étudiant en biologie est suivi par plus de 360.000 abonnés sur Youtube.
DirtyBiology, alias Léo Grasset, un ancien étudiant en biologie est suivi par plus de 360.000 abonnés sur Youtube. // © Capture d'écran

Pour raconter la science, les universitaires cherchent sans cesse de nouveaux modes de narration pour capter le grand public. Les réseaux leur permettent de renouveler le genre. Le point après le forum des nouvelles initiatives en médiation scientifique organisé le 31 mai à Bordeaux.

Tout a commencé par de la veille technologique. Puis très vite, rapporte Alexis Verger, chercheur en biologie moléculaire à l'Institut de recherche interdisciplinaire de Lille 1, "Twitter a remplacé mes anciens outils de veille sur le net". Petit à petit, le chercheur se rend compte de l'intérêt du média en termes de médiation scientifique.

De même pour Sylvain Deville, chercheur au laboratoire Saint-Gobain-CNRS de synthèse et fonctionnalisation des céramiques : "Un article scientifique, c'est à peu près 5.000 mots. Sur Twitter, je comptabilise déjà 150.000 mots grâce à mes tweets..."

C'est dire s'il est possible de raconter la science. Une centaine de chercheurs et de médiateurs scientifiques se sont réunis, mardi 31 mai, à Bordeaux, pour le premier Forum des nouvelles initiatives en médiation scientifique. Organisé par la CPU et le CNRS, l'événement s'est tenu en amont de la finale nationale 2016 de "Ma thèse en 180 secondes".

TWITTER, ludique et humain

Pour ces chercheurs, le format court et spontané de Twitter offre la possibilité de parler différemment de recherche. En évoquant le quotidien des chercheurs eux-mêmes. "À défaut de montrer le résultat de nos travaux, Twitter révèle notre façon de travailler et donc d'humaniser le processus, explique Sylvain Deville. Partager des choses plus personnelles intéresse le grand public et modernise notre image."

D'autres ont misé sur l'aspect ludique du média, à l'image de la blogueuse Florence Porcel, qui a attribué à chaque astre un compte Twitter.

A défaut de montrer le résultat, Twitter permet de montrer comment nous travaillons.
(S. Deville)

des comptes collaboratifs

Mais attention, nuance Sylvain Deville, "notre influence reste relative, dans la mesure où, à moins d'être une superstar, il faut plusieurs années pour atteindre une masse critique de 'followers'."

Certains comptes collaboratifs ont réussi ce pari. Chaque semaine, ces comptes "partagés" laissent la parole à un scientifique invité qui vient présenter un aspect de ses travaux. Exemples avec @Realscientists, qui compte près de 34.000 abonnés, ou des comptes partagés par des chercheurs d'une même discipline, comme @labioaulabo, consacré à la biologie, ou @wethehums, dédié aux humanités.

Si l'outil a des avantages, il n'a pas réinventé la poudre. "Twitter n'a fait que populariser des outils qui existent déjà. La médiation 100 % Twitter n'est pas envisageable", avance Charlotte Truchet, maître de conférences en informatique à l'université de Nantes.

En effet, si le format en 140 caractères ne convient pas à la présentation de résultats de recherches, le tweet peut être vu comme un support pour renvoyer vers des articles de blog. "Je participe au blog 'Binaire' sur LeMonde.fr, j'utilise Twitter pour relayer une information que je développe sur le blog", explique la chercheuse, qui voit dans le réseau "le service après-vente de la médiation scientifique".

YOUTUBE mise sur le divertissement

Comme pour Twitter, les youtubeurs ou vidéastes ont souvent appris sur le tas. Dépoussiérer l'image du chercheur, c'est l'objectif de Droupix, alias Chandrou Koumar, doctorant en neurosciences à l'université de Caen, dont le mantra est : "Avec Droupix, la science c'est funky". À travers des vidéos thématiques ou des anecdotes sur les neurosciences, son objectif est "avant tout de divertir le public", explique-t-il.

De la même façon, @dirtybiology, alias Léo Grasset, un ancien étudiant en biologie suivi par plus de 360.000 abonnés, propose, depuis juin 2014, des vidéos axées sur les sciences "des choses vivantes ou qui semblent l'être". Ses vidéos sur les races dans l'humanité, les origines de la richesse ou encore le deuil numérique, toujours réalisées avec humour, ont été vues plusieurs centaines de milliers de fois.

DES CODES FACILES À MAÎTRISER

Manon Champier, doctorante en réception de l'Antiquité à l'université de Toulouse 2 Jean-Jaurès, ne comprend ceux qui reprochent aux youtubers de proposer une recherche light. "Dans mes vidéos, je fais des choix en permanence, exactement de la même façon qu'un chercheur qui écrit un article scientifique, ou qui rédige une présentation pour un colloque."

Avec sa chaîne Youtube "C'est une autre histoire" et ses vidéos toujours tournées en pleine rue avec l'aide d'un ami cadreur, Manon Champier essaie de moderniser l'image des divinités antiques ou de décrypter les figures récurrentes dans des tableaux de  maîtres. En un an, sa chaîne a gagné plus de 10.000 abonnés, un chiffre modeste en termes de statistiques web, mais pas négligeable pour des vidéos scientifiques sur l'Antiquité.

"Pour ceux qui en ont envie, il est très facile de s'approprier les codes de la vidéo sur Internet, pointe Manon Champier. Et puis sur le web, on peut mettre sur pause !" Un attrait important pour cette génération connectée.

Même constat pour Droupix : "Nous ne ciblons pas ceux qui regardent la télévision. La narration est très différente sur le web, il faut être court, rapide et visuel." Et de conclure :"Finalement, Internet est un vrai labo, j'essaie et je peux échouer."

Mettre la science en bulles
Le milieu de l'édition s'intéresse à la médiation scientifique, notamment avec la bande dessinée. À l'image de la collection Sociorama, chez Casterman, où des travaux de sociologues sont adaptés en BD par des dessinateurs curieux de sociologie mais néophytes.

Une collection un peu particulière, puisque "les sujets sont validés par un comité de scientifiques composé notamment de chercheurs, un processus importé de l'édition scientifique", explique Marianne Blanchard, chercheuse au Centre d'études et de recherche Travail, organisation et pouvoir à l'université de Toulouse 2, et membre de l'association "Socio en Cases" qui pilote scientifiquement la collection.

Autre particularité : le choix de la fiction. "Comme nous souhaitons nous éloigner au maximum de l'enquête sociologique et didactique, le choix de la fiction nous a paru essentiel pour rendre lisible notre collection aux yeux du grand public", explique Marianne Blanchard.

Morgane Taquet  |  Publié le

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