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Crise à l’université Versailles Saint-Quentin : la communauté dans l'incertitude

Camille Stromboni
Publié le
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Université Versailles-Saint-Quentin - Bibliothèque universitaire UVSQ - Crédit : Christian Laute UVSQ
Université Versailles-Saint-Quentin - Bibliothèque universitaire UVSQ - Crédit : Christian Laute UVSQ

A l’horizon... l'incertitude. La communauté de l’UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin) attend son budget 2014. Bien plus que le rapport définitif de la Cour des comptes, sévère, qui doit sortir dans les jours qui viennent. Enseignants et étudiants sont de plus en plus inquiets pour l’avenir de leur établissement, en grande difficulté budgétaire. Pour les conditions d'études, de recherche, mais aussi l'image, dégradée, de l'université.

"L’ambiance est curieuse depuis plusieurs mois", reconnait Jérôme Deauvieau, maître de conférences en sociologie et élu Snesup à l'UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines). Encore plus ces dernières semaines, où chacun retient son souffle avant de savoir à quelle sauce l’université risque d'être mangée. La communauté universitaire de l’UVSQ attend en effet de prendre connaissance de son budget … 2014 !

"Irréaliste", "impossible", "inconcevable". Tout le monde s'accorde à ce sujet : il n’y a aucun risque de fermeture de l’université, bien que cette crainte soit très souvent exprimée à l’extérieur de l’établissement, ou que Jean-Luc Vayssière, son président, ait pu évoquer cette menace.

"Il faut rassurer les familles, qui sont très inquiètes à ce sujet", souligne Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente Enseignement supérieur et Recherche à la région Ile-de-France et tête de liste de la gauche aux élections municipales à Versailles. "Personne n’a cru que l’université allait fermer", assure Sébastien Ramage, président de l’Unef-UVSQ. "C’était surtout une ressource dans le débat", glisse Carlos-Miguel Pimentel, professeur de l’université en droit public.

"En revanche, la fermeture progressive d’un certain nombre de formations, si les moyens et les effectifs étudiants diminuent, c’est ce qui risque de se passer", craint Flora Sabbagh, étudiante et représentante de l’Uni-Met à l’université versaillaise.

Quelles conditions d’études pour demain ?

Inquiets des conditions d’études actuelles, les étudiants et enseignants redoutent encore plus l’avenir. Manque de chauffage, de nettoyage, plus de polycopiés : "les étudiants sont en colère, confie le représentant étudiant de l’Unef. Quand on se retrouve à 300 en amphi mais surtout à 60 en TD en droit, les conditions d’études deviennent de plus en plus difficiles. Des heures de cours ont aussi été supprimées. A Nanterre ou Assas en droit, les étudiants ont la chance d’avoir plus d’heures et d’options qu’à l’UVSQ."

"Jusqu’ici, cela ne touche pas l’essentiel des formations, même si le manque de papier est concret. Nous avons surtout des craintes pour la suite. Nous ne savons pas comment vont être réparties les nouvelles coupes budgétaires", ajoute le juriste Carlos-Miguel Pimentel.

Le budget 2014, qui devait être établi par le recteur pour le 1er mars 2014, n’est pas encore connu. Il était auparavant présenté par l’université avec un déséquilibre de 5,2 millions d’euros de fonctionnement.

Université Versailles-Saint-Quentin - étudiants en licence pro communication à l'IUT de Velizy ©UVSQ

Un climat d’incertitude pesant

Cette incertitude générale, ressentie par la communauté universitaire, laisse en suspens l’avenir, donnant lieu à plusieurs prévisions catastrophiques. "Les masters et les sciences risquent d’être les premiers touchés. Des filières sont menacées, comme la géographie ou l’espagnol, pronostique le représentant de l’UNEF. Nous rencontrons des étudiants qui se demandent si leur filière va ouvrir l’année prochaine, certains nous disent déjà qu’ils veulent quitter cette fac !".

"Jean-Luc Vayssière a beau tenter de rassurer, en faisant une assemblée générale à Mantes au début de la semaine, cela ne peut pas marcher, car il n’a pas de réponse à nous apporter", estime Flora Sabbagh (Uni-Met).

Côté enseignant également, l’inquiétude sur les postes se fait sentir. "Cette année, plusieurs de nos maîtres de conférences présentent l’Agreg de droit public. J’espère qu’ils l’obtiendront, et quitteront donc l’établissement. Mais seront-ils remplacés ? Avec les départs en retraite et les mutations, cela pourrait concerner jusqu’à 6 postes !", s’interroge Carlos-Miguel Pimentel.

"La direction m'a indiqué la semaine dernière qu'aucun des postes libérés en 2014 ne sera renouvelé..., s'alarme Sandrine Clavel, doyenne de la faculté de droit. Je ne vois pas comment nous allons pouvoir faire tourner nos formations. L'impact va être dévastateur pour un département sous-doté comme le droit."

Pour la recherche également, le moral est faible. "La mise en place de projets collectifs transversaux n'est plus possible, témoigne l'enseignant-chercheur Benoit Petit. Nous avions par exemple obtenu le soutien de l'université pour monter une plate-forme avec mon laboratoire sur la responsabilité sociétale, avec le projet d'organiser des workshops, des conférences, de faire venir des intervenants extérieurs, etc. Les crédits ont été supprimés."

Enseignant à l'IUT de Mantes et à la fac de droit, le maître de conférences se dit néanmoins optimiste. "Si les difficultés sont réelles – je ne me fais aucune illusion pour 2014 – elles ne sont que provisoires. Nos efforts seront payants à terme", espère-t-il.

Je ne vois pas comment nous allons pouvoir faire tourner nos formations en droit (S.Clavel)

IMPACT sur l’image de l’établissement

Pour la représentante de l'Uni-Met, c’est aussi la réputation de l’établissement qui est désormais touchée. "L’université a beau lancer une campagne 'I love l’UVSQ', elle n’est plus attractive. Aux journées portes ouvertes, je n’ai rencontré que des parents inquiets, qui ne voulaient pas envoyer leur enfant ici, et mettaient de toutes façons l’UVSQ en dernier choix. La valeur de nos diplômes sera d’ailleurs elle aussi impactée."

"Il est certain que l’image de l’université en prend un coup, confirme l’enseignant-chercheur Carlos-Miguel Pimentel. D’abord parce que les difficultés ont été très médiatisées – ce qui est justifié. En outre, lorsque nous devons dire aux nombreux enseignants qui avaient envie de venir chez nous que ce n’est pas certain que nous puissions les recruter et qu’ils feraient mieux, par sécurité, d’aller voir ailleurs… Cela risque d’atteindre notre attractivité dans ce milieu, qui était sur une pente ascendante ces dernières années. Le major de la dernière Agreg de droit public souhaitait par exemple venir chez nous."

"Il y a même des enseignants qui veulent déjà quitter le navire", assure l’étudiante de l’Uni-Met. S'il n'abonde pas en ce sens, Carlos-Miguel Pimentel reconnait qu’une aggravation de la situation pourrait conduire à des envies d’ailleurs.

Pour l'enseignant-chercheur Benoit Petit, la question ne se pose pas. "Cette crise n'enlève pas l'identité de notre université, notamment l'engagement fort sur le développement durable. Il n'y a pas d'autre université où je pourrais enseigner le droit de la responsabilité sociétale des entreprises ou bien les droits de l'homme appliqués aux entreprises. Sans oublier que je suis fier d'appartenir à un établissements où les personnels font autant preuve d'engagement et de solidarité en ces temps difficiles", décrit-il.

Université Versailles-Saint-Quentin - Hall ©Christian Laute UVSQ

Une double responsabilité

Quant aux responsabilités de cette situation de crise, les avis sont partagés, avec à chaque fois deux protagonistes mis en cause : l’Etat, au travers en particulier du passage à l’autonomie insuffisamment accompagné, et l’université, qui aurait commis des erreurs de gestion. Un entrelacement de causes que peu se risquent à démêler, faute d’avoir toutes les pièces en main.

"La priorité n’est pas de rechercher des coupables, souligne Isabelle This Saint-Jean. Car ceux qui vont payer, ce sont les étudiants et les personnels, la formation et la recherche. Il faut maintenant bien analyser la situation budgétaire et trouver des solutions. De notre côté, la Région a débloqué un million d’euros pour 2014, en accélérant des financements pour l’université. Nous avons également ralenti le chantier de la maison de l’étudiant en cours de construction, afin de laisser le temps à l’université d’avoir les moyens de la faire vivre", indique la tête de liste socialiste.

Ceux qui vont payer, ce sont les étudiants et les personnels, la formation et la recherche (I.This Saint-Jean)

appel à l’éTAT

Côté étudiants et enseignants, tous les regards sont tournés d’abord vers l’Etat. Un soutien financier est très fortement attendu. "Avec des budget fléchés", préconise l’Uni-Met.

Car pour le syndicat étudiant, la responsabilité du président dans la situation actuelle est forte. "Nous demandons la démission du président, insiste Flora Sabbagh. Il était vice-président sous la précédente mandature, et il n’y a eu aucune remise en cause de la gestion de l’université. Il a en outre très mal négocié avec l’Etat, qui poursuit son désengagement. Nous avons besoin d’une équipe dirigeante forte auprès du ministère".

"Ce n’est pas le moment de poser cette question, estime de son côté le professeur Carlos-Miguel Pimentel. Nous sommes d’abord dans une période où il faut se battre pour survivre." Pour l’Unef, l’instauration d’un rapport de force avec le ministère, et l’obtention de la dotation suffisante, passera surtout par une mobilisation des étudiants.

"L’UVSQ n’est que la première bombe qui explose. Cette situation va se répandre dans l’ensemble des universités, qui ont besoin de 350 millions d’euros pour fonctionner normalement. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités", affirme Sébastien Ramage de l'Unef.

"Je ne comprends pas ce qu’attend l’Etat pour établir notre budget, cela fait des mois que nous recherchons des solutions, questionne le syndicaliste Jérôme Deauvieau. Des bruits de couloir rapportent qu’il serait à la recherche de moyens..." De son côté, le ministère assure qu'il tente de clarifier le budget de l'université avant d'annoncer le montant de l'aide accordée.

La publication imminente du rapport de la Cour des comptes sur l'UVSQ doit aussi peser sur ce calendrier.

Lire aussi
La biographie de Jean-Luc Vayssière
La biographie d'Isabelle This Saint-Jean

Le billet de Pierre Dubois : Budget rectoral pour Versailles ?
Le billet de Ghislain Bourdilleau : UVSQ : l’impact de la crise, l’impact sur la marque

Camille Stromboni | Publié le

Vos commentaires (4)

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nimportqui.

Dommage que le rapport de la cour des comptes ne soit pas rendu public... hasard ou coïncidence ? En effet, dans ce rapport, nombre d'accusations concernant Madame Faucheux sont levées et la fondation Fondaterra est totalement disculpée... Etonnant que la direction actuelle de l'UVSQ, pourtant si souvent prompte à communiquer à tout va, n'en ait pas fait l'écho... Très certainement parce que cela l'arrange ! En effet, ça lui permet de se débarasser ENFIN de Fondaterra, et surtout de continuer à appuyer bien fort sur la tête de Madame Faucheux, s'imaginant ainsi la faire couler davantage... Quel courage !! C'est pourtant bien mal connaître Madame Faucheux...

Farida Kherbouche.

Pareil à Villetaneuse, même si on n'en parle pas : fermeture des formations, dégringolade du budget enseignement, certaines heures en sont plus payées, pas de chauffage, pas de papier, suppression des charges de cours pour les masters pro, flicage, etc.

Angélique.

En lisant votre article, ça fait vraiment penser un espace vide à remplir. Voyeurisme des petits malheureux. L'avenir de l'UVSQ est à construire et, cela ne se réduit pas à l'attente fébrile des décisions de l'état. La communauté académique se construit par la volonté et par l'énergie de ses membres et non pas par l'administration paternelle des "usagers". En avant!

Jérémy.

Pourtant, ces hypocrites de l'UNEF ont soutenu corps et âme la loi Fioraso qui poursuit l'autonomie instaurée par la LRU qui régionalise le système universitaire et rompt clairement cadrage nationale des contenus pédagogiques et donc des diplômes. Qu'ils pleurent sur les formations qui ferment, sur le désengagement de l'état, mais ils ne font que le cautionner. Après, ça prétend être un syndicat indépendant au service des étudiants, alors qu'en réalité c'est un organisation bureaucratique où les militants n'ont pas de poids et qui est tenue en sous-main par l'aile gauche du PS. Hormis la tendance TMAS tenue par les étudiants communistes, ce sont des opportunistes que l'on voit ressortir le jour des élections étudiantes et qui ne sont pas là le reste de l'année. Quant à l'UNI-MET, les voir se plaindre du désengagement de l'Etat est abherrante quand on sait qu'ils ont soutenu la LRU avec l'autonomie, et qui se plaignent que les entreprises ne sont pas assez proches des universités alors que la loi Fioraso le promeut avec l'instauration des communautés d'universités (CU) et l'adaptation des formations aux besoins des entreprises locales; et pire des écoles privées qui pourront se greffer aux CU pour effectuer des missions de services publics, et ces mêmes CU seront les établissements qui signeront les contrats d'établissements, dotations récurrentes et "fonds d'excellence" à la clé, et non les universités seules. Les universités vont devoir se répartir des miettes, alors que ce gouvernement donne sans contrepartie 50 milliards aux entreprises avec le pacte de responsabilité, notamment en s'attaquant à la branche famille de la sécu alors que les étudiants sont fortement dépendant des APL/ALS pour payer leur loyer chaque mois. Et aussi, ce gouvernement a réduit le budget du CNOUS de 6,6 millions d'euros : les premiers touchés par cette mesure seront les étudiants des classes populaires. Quant aux stages, la loi récente est une foutaise, car c'est une vraie rémunération permettant de cotiser par exemple pour la retraite, et non une gratification exonérée de cotisation salariales et patronales. Il faut arrêter de croire que la précarité est un passage obligé pour les jeunes : bien au contraire, c'est de la stabilité qu'il faut apporter. Il ne faut pas attendre grand-chose de l'UNEF et de l'UNI sur ce point, et il y a d'autres organisations étudiantes plus cohérentes politiquement qui informent et luttent au quotidien pour un vrai service public de l'enseignement supérieur.

Jean-Marie de Montigny.

Ooh la la! Les malheurs de la pauvre UVSQ deviennent le prétexte ou la plateforme pour que chacun règle ses comptes, ici le linge sale de l'UNEP et de ses ailes. Déjà il a fallu que l'UVSQ et son ancienne présidente adossent la culpabilité pour tous les maux des PPP, réels et inventés, pour tous les maux des responsabilités élargies des universités et, bientôt, pourquoi pas pour la crise fiscale de l'état français tout entière! C'est beaucoup sur le dos d'une seule jeune université de banlieue ouest francilienne...

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