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Enquête | Innovation

Le pitch, l'enseignement à la mode start-up

Morgane Taquet  |  Publié le

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USAGE UNIQUE. Concours de pitch, start-up, étudiants
Si les établissements proposent de plus en plus à leurs étudiants des concours de pitch, le phénomène est emprunté à l'univers des start-up. // © plainpicture/Caiaimages/Agnieszka Olek

Emprunté à l'univers des start-up, le concours de pitch se répand peu à peu dans l'enseignement supérieur. Universités et écoles utilisent cet exercice pour entraîner leurs étudiants à vendre leurs projets, notamment entrepreneuriaux. Certains établissements l'ont inscrit au cœur de leurs formations, convaincus des bienfaits de cette pédagogie par l'action.

"Étudiants de Nanterre, venez pitcher !" C'est le message de la deuxième édition du concours Pitch me up, organisé le 26 janvier 2017 par l'université Paris-Nanterre. L'objectif ? Mettre en lumière les projets entrepreneuriaux des étudiants de l'établissement, et pourquoi pas, les aider à concrétiser leurs idées prometteuses.

Paris-Nanterre n'est pas le seul établissement à s'être lancé dans l'aventure du pitch, littéralement "lancement", en anglais. À l'université de Nantes, les étudiants de tout le campus sont invités, deux mois après la rentrée universitaire, à "défendre les couleurs de leur formation" dans une bataille de pitch. À Nice, c'est lors d'une journée emploi que les étudiants ont été conviés à "passer sur le grill" lors d'un concours baptisé "elevator pitch". À Saclay, c'est la "Saclay pitch night", organisée par l'association des étudiants entrepreneurs, qui réunit plusieurs fois par an les futures jeunes pousses du plateau. 

Depuis quelques années, bon nombre d'universités et d'écoles ont pris le parti d'organiser ce type de compétition. Le phénomène trouve son origine au cœur de l'écosystème des start-up. Il permet aux participants de vendre une idée ou un concept à un potentiel investisseur. À l'origine de l'introduction de ces concours dans l'enseignement supérieur, les formations en entrepreneuriat, à l'image d'HEC et de son MBA Entrepreneurship.

L'ENTREPREUNARIAT DANS L'ADN

Depuis 2011, chaque année, au sein de la business school de Jouy-en-Josas (Yvelines), les élèves de ce MBA se retrouvent pour un concours de pitch de trois heures, afin de présenter leurs propositions de création d'entreprise, et ainsi clôturer 12 mois d'enseignement du management. 

En 2016, le challenge, intitulé "Will you find the next big idea ?" ["trouverez-vous la prochaine grande idée ?"] a réuni huit équipes de deux à trois étudiants, pour sept minutes d'argumentaire, visant à promouvoir des projets aux ambitions variées : un microscope dernier cri, qui ouvre des portes dans le domaine pharmaceutique, un outil de sauvegarde de tous les mots de passe sur Internet, une caméra proposant une cartographie du cœur, des convertisseurs de vent en énergie renouvelable, des algorithmes pour retrouver l'empreinte digitale de musiques diffusées en ligne, etc.

Le but recherché par l'orateur est bel et bien commercial : "l'histoire ne se réalisera que si vous investissez dans notre projet.
(M. Safars) 

"Le pitch doit raconter une histoire, mais une histoire à vendre", résume Michel Safars, professeur affilié à HEC et responsable de la spécialisation entrepreneuriat du MBA. Et c'est là toute la différence avec les concours d'éloquence, qui ont eux aussi fleuri ces dernières années dans les écoles et universités. "Le concours d'éloquence est une démonstration d'intelligence, une prouesse intellectuelle et verbale", poursuit Michel Safars. Or, pour le pitch, le but recherché par l'orateur est bel et bien commercial : "l'histoire ne se réalisera que si vous investissez dans notre projet", précise-t-il.

À la recherche de l'effet "wahou"

Mais au-delà des cursus entièrement dédiés à l'entrepreneuriat, ce sont aussi les concours de thèse, et surtout le succès du plus connu d'entre eux, Ma thèse en 180 secondes, qui ont popularisé le genre. C'est d'ailleurs en prenant exemple sur ce concours et sur l'entraînement de ses étudiants doctorants, que la star des Mooc Cécile Dejoux a décidé d'introduire le pitch dans un cours du master RH (ressources humaines) qu'elle codirige au Cnam. L'enseignante a organisé un événement, baptisé "Notre projet digital RH en 300 secondes", durant lesquels les élèves étaient amenés à présenter leurs travaux devant des responsables RH.

Séduire, ne surtout pas tout dire et ne montrer que le meilleur.
(C. Dejoux) 

Avec une règle : "séduire, ne surtout pas tout dire et ne montrer que le meilleur", insiste Cécile Dejoux. C'est là, pour l'enseignante, la finalité du pitch, "qu'il soit commercial et qu'il va donc raconter une histoire dans un but business, que ce soit un pitch elevator, visant à convaincre dans un but de prise de contact pour aller plus loin, ou d'un pitch show où vous êtes là pour créer un effet 'wahou', pour montrer que vous avez approfondi une thématique, dans un but d'image."

Un EXERCICE DE MOTIVATION

Cette multiplication des concours de pitch ne correspond-elle pas à un phénomène de mode ? "Le terme passera peut-être mais l'exercice, quant à lui, n'est pas nouveau : dans les universités anglo-saxonnes, mettre les élèves en compétition existe depuis longtemps", assure Michel Safars. Car le pitch s'inscrit dans la mouvance de la pédagogie agile, ou pédagogie de l'action, que plébiscite Michel Safars, convaincu des vertus de l'exercice.

"Lorsque nous sommes enfants, les apprentissages se font par participation, que ce soit avec les parents ou à l'école, car l'attention est difficile à capter. Ensuite quand nous grandissons, l'apprentissage se fait en amphithéâtre... Or, les neurosciences nous apprennent que la mémorisation se fait par l'ensemble des moyens du corps : plus on utilise de sens en même temps, plus on apprend."

Le pitch, qui met l'élève au centre de l'attention, devant un auditoire, le place dans une forme de stress positif, estime le professeur. Car, "sans émotion, il n'y a pas de mémoire, c'est un autre aspect révélé par les neuroscientifiques. On se souviendra plus facilement de quelque chose qui nous surprend, qui nous fait peur."

Autre bienfait du pitch : les élèves travaillent plus. "Le challenge, l'esprit d'équipe – quand l'exercice se fait en groupe –, le stress sont autant de facteurs motivants qui incitent les élèves à travailler", souligne Michel Safars.

L'expérience est-elle néanmoins adaptée à tous les élèves ? "Dans la très grande majorité, l'exercice est positif, note l'enseignant. À court terme, il peut y avoir des ratés. Parfois, les prestations sont mauvaises, l'élève ne rentre pas dans l'exercice, les timides ou les rebelles notamment. Mais les pitchs ratés leur permettent d'apprendre sur leurs propres limites. À long terme, l'exercice est donc globalement toujours positif."

Morgane Taquet  |  Publié le

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