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Entretien | Politique

Exclusif. Frédérique Vidal : "Le contrat de réussite étudiant devra être le plus personnalisé possible"

Céline Authemayou, Sylvie Lecherbonnier, Natacha Lefauconnier  |  Publié le

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PAYANT - Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation
Pour Frédérique Vidal, le contrat de réussite étudiant doit notamment permettre de lutter contre le tirage au sort. // © Nicolas TAVERNIER/MESRI/REA

À la veille de lancer une large concertation sur le contrat de réussite étudiant, lundi 17 juillet 2017, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, livre à EducPros sa vision des réformes à engager. Avec deux lignes directrices : une personnalisation du contrat et une adaptation des pratiques à chaque site universitaire.

Une concertation dédiée à l'instauration d'un contrat de réussite étudiant débutera ce 17 juillet. Pourquoi une telle initiative vous paraît-elle indispensable ?

Le tirage au sort des candidats lors du processus d'Admission postbac n'est malheureusement pas un procédé nouveau, mais c'est la première année qu'il concerne autant de futurs étudiants. Avec la hausse structurelle du nombre de bacheliers et le traitement des étudiants en réorientation au même titre que les nouveaux bacheliers pour les candidatures en licence, ce ne sont donc pas 40.000 étudiants en plus, mais entre 150.000 et 200.000 candidats supplémentaires qui ont été intégrés au système APB et dont il faut gérer l'affectation.

La concertation que nous nous apprêtons à mener part donc d'un constat, partagé par les acteurs concernés : nous devons regarder les choses en face et travailler ensemble pour trouver une solution pour la rentrée 2018.

Vous le dites, de plus en plus d'étudiants s'inscrivent à l'université. Or, le taux d'échec en licence reste important. Comment y remédier ?

Actuellement, seulement 28 % des étudiants obtiennent leur licence en trois ans. Cela n'est satisfaisant pour personne. Les raisons de cet échec, qui concerne principalement la première année, sont multiples. Parmi ces raisons, on trouve par exemple des étudiants qui entrent à l'université dans l'attente des dates d'ouverture de concours qu'ils souhaitent passer. Cette situation ne concerne pas énormément d'étudiants, mais elle n'est tout de même pas négligeable.

En l'occurrence, dans le système actuel de tirage au sort, ils prennent la place d'autres candidats qui auraient souhaité suivre la formation proposée. Je n'ai pas d'idée préconçue, mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut accompagner ces profils. Pourquoi pas, par exemple, en les aidant à préparer ces concours. Cela pourrait passer par des modules dédiés...

Ces cas, s'ils sont bien réels, ne concernent pas une majorité des décrocheurs...

En effet. Une grande majorité des décrocheurs abandonnent l'université car ce n'est pas du tout ce qu'ils s'attendaient à trouver. Ce décalage entre la vision qu'ont les jeunes de l'université et la réalité du terrain se retrouve particulièrement dans certaines filières, à l'image des Staps. L'idée est répandue que ces études concernent principalement la pratique sportive. Il faut aussi que les étudiants aient conscience que la première année est axée sur l'étude de la physiologie, de la physique, des statistiques... Le même raisonnement se retrouve au sujet des filières informatiques, où des étudiants s'inscrivent en se disant : "J'aime coder, créer des sites Web." Tant mieux ! Mais il faut également qu'ils sachent que, pendant leur première année de licence, ils vont surtout s'exercer en mathématiques à très haut niveau.

Il faut travailler activement sur l'orientation des jeunes. Les étudiants doivent informer les lycéens, leur raconter ce qu'ils apprennent.

C'est pourquoi je suis convaincue qu'il faut travailler activement sur l'orientation des jeunes. Les étudiants doivent informer les lycéens, leur raconter ce qu'ils apprennent. On n'a jamais tant confiance que dans quelqu'un qui a le même âge et qui partage des préoccupations proches.

Cette orientation par les pairs doit-elle intervenir dès la terminale ?

Je pense qu'il faut la préparer le plus tôt possible, et pas uniquement l'année du baccalauréat, mais aussi et surtout, il faut proposer des alternatives. Au sujet des Staps, nous allons d'ailleurs lancer une concertation avec le ministère des Sports, pour mieux informer les jeunes sur les formations menant aux métiers du secteur. Comment mieux faire connaître ces voies ? Comment organiser des passerelles entre les cursus ? Je ne suis pas sûre que tous les élèves aient accès à ce jour à ces informations.

Concrètement, comment la concertation va-t-elle s'organiser ?

L'idée est de partir des remontées d'expérience des acteurs du terrain et de mettre en avant les expériences ayant le mieux fonctionné. L'objectif n'est certainement pas de trouver une solution unique, mais plutôt de proposer un panel d'initiatives, que les acteurs pourront s'approprier et déployer en fonction de leurs spécificités territoriales. J'ai d'ailleurs tenu à ce que le plus d'acteurs possible se retrouvent autour de la table pour cette concertation : présidents d'université, étudiants, parents d'élèves, organisations syndicales, organisations représentatives... Il faut confronter des visions parfois très différentes pour avancer.

Le contrat de réussite pourrait-il donc être différent d'une université à l'autre ?

À mon sens, ce contrat devra être le plus personnalisé possible avec l'étudiant. C'est là tout le sujet de la concertation : l'un des défis sera évidemment d'y parvenir au regard du nombre important d'étudiants inscrits en première année de licence.

La concertation ira-t-elle jusqu'à réorganiser la licence ?

Cette concertation a pour objectif de répondre à une double question : comment arrive-t-on dans l'enseignement supérieur et comment y réussit-on ? Certains étudiants ont les capacités d'avancer beaucoup plus vite pour décrocher leur licence en quatre ou cinq semestres et faire ensuite un semestre de projet personnel. D'autres peuvent l'obtenir en sept ou huit semestres. Il ne s'agit pas pour eux de rater une année ou de redoubler mais de valider leurs UE (unités d'enseignement) à leur rythme.

Cette concertation a pour objectif de répondre à une double question : comment arrive-t-on dans l'enseignement supérieur et comment y réussit-on ?

De même, le principe de majeure/mineure est intéressant. Si l'étudiant souhaite s'inscrire en licence de mathématiques, il fera bien évidemment des mathématiques. Mais à côté, au lieu de faire de la physique-chimie, il peut choisir une UE de philosophie si c'est ce qui l'intéresse. Cela peut être une piste pour lever la pression sur certaines unités d'enseignement.

Beaucoup de pays sont organisés ainsi : cela autorise beaucoup de souplesse. L'idée est d'ailleurs déjà présente dans l'arrêté licence, qui évoque une spécialisation progressive jusqu'à la fin de la deuxième année.

Aborderez-vous d'autres sujets ?

Oui. Il faut se poser une troisième question : comment rendre le système vraiment fluide à l'entrée, à la sortie... mais aussi au retour à l'université ? Aujourd'hui, quand un étudiant a quitté l'enseignement supérieur pendant deux ans, il n'est plus considéré en formation initiale.

Là aussi, il faut que l'on trouve des solutions. Un étudiant peut avoir une licence et exercer un emploi à la suite d'un stage puis, au bout de dix-huit mois, revenir en master.

Chaque étudiant signera-t-il ce contrat de réussite avec son établissement à la rentrée 2018 ?

Mon objectif est qu'on ne tire plus au sort à la rentrée 2018. La mise en place du contrat de réussite étudiant interviendra également à cet horizon, même si la forme définitive qu'il prendra demandera certainement un peu plus de temps – peut-être deux ou trois ans – pour être pleinement effectif.

Par ailleurs, il faut qu'on ait plus de diversité dans l'enseignement supérieur et que l'on mobilise également les STS et les IUT. Le taux de réussite d'un bachelier professionnel en licence générale est en moyenne de 1,6 %. Il faut travailler sur une autre façon que celle consistant à les inciter à venir à l'université, sans accompagnement.

Cela pose la question des prérequis, notamment pour les bacs pros, mais pas seulement... Comment imaginez-vous la mise en place de ces prérequis ? Les doyens eux-mêmes ne sont pas tous d'accord...

J'ai demandé aux présidents d'université de commencer à afficher ce qu'ils considèrent comme les "prérequis" dans leurs établissements, dès maintenant. Un étudiant voulant s'engager dans une filière doit avoir une idée du niveau attendu dans telle ou telle discipline. Par exemple, un lycéen qui souhaite faire du droit doit être conscient que dans un premier temps, il va surtout travailler le Code civil. Les prérequis sont là pour l'aiguiller.

Un étudiant voulant s'engager dans une filière doit avoir une idée du niveau attendu dans telle ou telle discipline.

Ces prérequis seront-ils contraignants ?

Il est trop tôt pour dire aujourd'hui la forme définitive que prendront ces prérequis. Nous allons en discuter avec l'ensemble des acteurs concernés dès lundi. De façon générale, je crois aux initiatives qui deviennent une référence parce qu'elles ont prouvé leur efficacité sur le terrain.

Un système qui dirait "il faut un bac S avec mention" pour entrer dans une filière n'aurait aucun intérêt et ne fonctionnerait pas. Il faudra être beaucoup plus inventif que cela. C'est pour cela que j'ai lancé cette concertation. Je suis prête à examiner toutes les propositions, d'où qu'elles viennent.

Le Premier ministre a évoqué une formation à bac+1 pour les bacs pro, pouvez-vous nous en dire plus ?

Il s'agit de regarder si l'insertion professionnelle des bacheliers professionnels est améliorée dans certaines filières par une année d'études. Même en BTS, leur taux de réussite n'est que de 60 %. Il faut voir si, avec une année postbac de spécialisation, leur capacité à trouver du travail est meilleure.

Admission postbac va-t-il perdurer dans sa forme actuelle, avec le système de vœux et de liste ordonnée ?

L'intérêt du système d'APB est de donner une grande visibilité à l'offre de formations dans le supérieur... même si toutes n'y sont pas encore, ce qui est aussi un sujet à traiter ! Je ne suis pas persuadée qu'il faille révolutionner la totalité du code d'APB, car le logiciel ne fait qu'appliquer des critères qui ont été définis par la loi. Les pistes de travail sur le code d'APB sont à l'étude, nous en reparlerons dans les semaines à venir.

Il faut surtout voir les choses de façon macroscopique : juste avant la phase 3 d'admission, le nombre de places vacantes dans les formations est supérieur au nombre de candidats en attente. Il y a donc principalement un problème d'adéquation entre les souhaits des candidats et les places proposées par les formations.

L'une des possibilités offertes par APB et qui n'est pas suffisamment utilisée aujourd'hui est le module d'orientation active. Il est vrai que lire tous les dossiers représente un gros travail pour les personnels universitaires, mais c'est une piste à travailler.

Un meilleur accompagnement des candidats dans leurs choix d'orientation signifie-t-il davantage de moyens ?

Il faudra bien sûr accompagner cette réforme. Cet accompagnement est, à mon sens, un investissement.

Il faudra bien sûr accompagner cette réforme. Cet accompagnement est, à mon sens, un investissement.

Chaque site doit trouver ses solutions, mais cela paraît plus compliqué pour les universités d'Île-de-France, comme l'illustre le tirage au sort en Paces (première année commune aux études de santé) cette année.

En Île-de-France, c'est à la fois plus compliqué et moins complexe par certains aspects. Quand vous avez beaucoup d'universités concentrées sur un périmètre qui n'est pas si grand que cela, vous pouvez le définir comme une seule zone géographique pour les candidats. C'est ce que l'on a fait pour la Paces

À partir du moment où l'on dit que l'inscription se fait au niveau de l'Île-de-France et pas de l'université, il est plus facile d'aménager les capacités d'accueil, en regardant qui peut accueillir un peu plus d'étudiants, que si on est l'unique université de son territoire. Si l'on autorise ces différentes façons de fonctionner, et que chaque université trouve celle qui lui convient le mieux, cela peut nous rendre très optimistes sur la fin du tirage au sort.

Ces changements nécessiteront-ils une loi ?

Il y aura sans doute quelques blocages à lever. Si on veut plus facilement entrer et sortir de l'université, il faudra par exemple lever le verrou qui fait qu'au bout de deux ans hors formation, on n'est plus en formation initiale. De même, si une licence peut se faire en deux, trois ou quatre ans, il faudra peut-être s'interroger sur le principe de l'inscription à l'année. Certains éléments relèveront peut-être du législatif. Là aussi, nous regarderons les choses de façon très pragmatique.

Céline Authemayou, Sylvie Lecherbonnier, Natacha Lefauconnier  |  Publié le

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