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Opinion | Innovation

Pour une formation des enseignants à la pédagogie numérique

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Pour une formation des enseignants à la pédagogie numérique
Pour Albert-Claude Benhamou, le développement de la pédagogie numérique ouvre une voie pour permettre d'améliorer la qualité des enseignements. // © plainpicture/Maskot

Le numérique au service de la formation des enseignants à l'université ? Albert-Claude Benhamou, professeur de médecine en est convaincu : les pouvoirs publics doivent s'emparer du sujet. Le conseiller pour le numérique au sein de la Commission nationale française pour l’Unesco prend la parole dans l'ouvrage "100 idées pour une France numérique", publié par l'institut G9+.

À l'université, la recherche de l'excellence par les professeurs dans les cours qu'ils donnent est primordiale. Le développement de la pédagogie numérique ouvre une voie pour permettre d'améliorer la qualité des enseignements.

Si une université n'a pas le pouvoir d'exiger une plus grande implication pédagogique de ses professeurs aux dépens de la recherche, elle détient néanmoins la faculté de leur apporter un soutien dans la pratique de leur enseignement, autant sur le plan technique que pédagogique. Les méthodes favorisant l'utilisation des nouveaux instruments issus du numérique pour enseigner ne manquent pas et leurs possibilités sont immenses. Mais seule la volonté institutionnelle décidera des priorités à accorder.

Or, ces lieux de savoir gagneraient à améliorer les conditions d'enseignement et d'apprentissage. Un professeur, aussi bien intentionné soit-il, ne peut efficacement utiliser les technologies pour améliorer sa pratique s'il ne bénéficie d'aucun support technique et pédagogique, et s'il ne peut pas échanger avec ses collègues.

Il faut dès lors développer massivement les dispositifs à distance et étendre l'approche par compétences dans le système pédagogique grâce au numérique, et rendre modulables les formations des établissements selon une approche par compétences et non exclusivement par contenu.

Il faut également adapter les formations aux rythmes des stagiaires, déployer une offre de stages courts positionnés sur l'expertise de l'université, et revoir l'exigence de présence ou de traçabilité au profit de la finalité de la formation et l'attestation des compétences acquises. À terme, c'est donc le métier d'enseignant universitaire qui doit évoluer pour être en prise avec les changements majeurs qu'induit le numérique dans la manière de transmettre les connaissances.


À terme, c'est donc le métier d'enseignant universitaire qui doit évoluer pour être en prise avec les changements majeurs qu'induit le numérique dans la manière de transmettre les connaissances.

la production de ressources en ligne de suffit pas

Par ailleurs, pour développer de nouveaux outils, il est indispensable de délivrer des formations adéquates aux enseignants et de les accompagner par un soutien qui corresponde à leurs attentes, d'où l'importance des nouveaux métiers tels que celui des ingénieurs pédagogiques.

Le constat demeure toutefois sans appel : une décision politique émanant des organes de gouvernance de l'institution universitaire devra se trouver au fondement de l'adoption d'une telle mesure. L'achat d'appareils et la production de ressources en ligne ne suffisent pas. Même si les technologies occupent une place toujours plus centrale dans nos vies, leur intégration dans le processus éducatif n'en demeure pas moins ni innée ni spontanée. Aussi, le déploiement de cette mesure ne pourra se faire sans le concours efficace du ministère de la Recherche. Le Conservatoire numérique des Arts et Métiers se révélera en outre un allié qualifié et pertinent pour mettre en œuvre cette mesure.

une hiérarchisation des investissements

Des coûts, peut-être, et des économies, sans aucun doute, seront à la clé. Le corpus de connaissances détenu par tout enseignant à l'université doit se muer en un corpus de compétences ; dans un système où les moyens sont comptés et dans la mesure où l'investissement initial coûte souvent cher, il faut des critères de hiérarchisation précis. Les infrastructures de départ représentent un coût certes non négligeable, mais, grâce à leur mise en place, les dépenses que peuvent engendrer les déplacements ou la location de salles pour la formation sont ainsi évitées.

Le corpus de connaissances détenu par tout enseignant à l'université doit se muer en un corpus de compétences.

Le potentiel de l'e-learning en formation continue, qui constitue en outre une source d'économies, est également à souligner. Il est apprécié par les jeunes professionnels mais peut aussi permettre aux plus anciens d'aborder le changement avec moins d'appréhension.

Par ailleurs, il est impensable, en formation initiale, de ne pas consacrer de moyens au numérique, ne serait-ce que parce que les étudiants ne sont plus les mêmes et qu'ils ont intégré les nouveaux codes de l'ère numérique : instiller des doses de coaching inversé, par exemple, pourra s'avérer tout à fait bénéfique pour certains enseignants.

l'apprentissage en multimodalité

En découpant l'apprentissage autour des notions "comprendre", "apprendre", "retenir", on s'aperçoit bien vite que le numérique change la donne. Sur les deux segments apprendre et retenir, l'étudiant n'est plus seul ; pour ce qui est de comprendre, l'enseignant reste indispensable.

La 'révolution numérique' ne fera pas tout, et ne se fera pas sans qu'au préalable la pédagogie de l'enseignement ne change radicalement.

Les rapports de chacun à la connaissance sont hétérogènes. Les outils ou les situations d'apprentissage ou de réflexion diffèrent d'un individu à l'autre, d'où l'importance de proposer des cours identiques sous des formes différentes pour s'adapter à cette diversité des profils étudiants (amphithéâtres interactifs, classes intégrées, enseignement 100 % numérique). Cette multimodalité est nécessaire, et rendue possible par la richesse du numérique, et permet aux modalités de travail de l'enseignant d'évoluer et de s'adapter.

l'enjeu pédagogique avant tout

Une des questions majeures qui se posent revient de façon lancinante. De quelle façon le secondaire peut préparer au mieux les étudiants à adopter les modalités de travail requises dans le supérieur ? De fait, l'étudiant ne décèle pas spontanément la vision de la pédagogie développée par les enseignements. Il a donc du mal à se situer. En outre, à l'heure où le numérique s'adresse à tous, il est essentiel de considérer l'ensemble des étudiants, pas seulement une élite.

Le numérique renouvelle les possibilités de coopération entre professionnels. Beaucoup d'expériences disséminées se font jour. L'avantage du numérique repose sur la perception que l'on en a à la fois comme nécessité et comme opportunité. Mais il n'en reste pas moins qu'il ne faut pas se tromper de cible : la "révolution numérique" ne fera pas tout, et ne se fera pas sans qu'au préalable la pédagogie de l'enseignement ne change radicalement.

L'enjeu pédagogique se loge au centre des préoccupations des étudiants et des formateurs. En revanche, si des métiers promis à un bel avenir émergent, dont celui d'ingénieur pédagogique, la question de la validation de l'enseignement numérique demeure.

À plus long terme, l'atténuation de la frontière formation initiale-formation continue soulève la question de l'évolution des acteurs de part et d'autre. Il y aura des restructurations importantes, et le champ de la formation des enseignants universitaires n'y échappera pas.

Institut G9+
L'institut G9+ fédère 20 communautés d'anciens de formations diverses (écoles d'ingénieurs, management, sciences politiques, université). 

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