"Appel de la Sorbonne" : la nécessité de construire une "Europe de la santé" pour les universités

Pauline Bluteau
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L'"Appel de la Sorbonne" entend défendre la rationalité, la science et ses chercheurs auprès des politiques et des individus.
L'"Appel de la Sorbonne" entend défendre la rationalité, la science et ses chercheurs auprès des politiques et des individus. // ©  Adobe Stock/Danielle Bonardelle
La santé n'a pas de frontières, c'est le message que souhaitent faire passer la CPU et la conférence des doyens de médecine dans leur "Appel de la Sorbonne" présenté le 15 décembre dernier. Les universités veulent donner l'impulsion pour créer une Europe de la santé, active sur le plan de la recherche et l'innovation, de la formation et de la défense de la science.

"Cet 'Appel' est important pour les communautés universitaires et de la santé car nous pensons que le passage à l’échelle européenne nous permet de progresser et de nous projeter dans l’avenir". Ce mercredi 15 décembre, Manuel Tunon de Lara, président de la Conférence des présidents d'université (CPU), et Patrice Diot, président de la Conférence des doyens de médecine, ont présenté leur "Appel de la Sorbonne".

Fruit de deux colloques successifs en septembre 2020 et 2021, il affiche la volonté de construire une Europe de la santé "innovante, attractive et bienveillante". Au total, 15 propositions ont été présentées, auxquelles ont collaboré les différentes conférences médicales et plusieurs sites de recherche allemands, belges et italiens.

La crise sanitaire n'étant jamais loin, l'accent a été mis sur la recherche et l'innovation en santé mais aussi sur l'intérêt de former autrement, avec des étudiants plus mobiles en Europe. Toujours en lien avec l'actualité, l'"Appel de la Sorbonne" entend aussi "lutter contre le développement du charlatanisme", autrement dit, défendre la rationalité, la science et ses chercheurs auprès des politiques et des individus.

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Répondre aux enjeux de demain

La France n'aura peut-être pas été moteur ou exemplaire au niveau scientifique pendant la crise sanitaire mais il est encore temps de prendre le problème à bras le corps. C'est en substance ce qui ressort de cet "Appel" où les présidents de conférences n'ont pas caché le retard que l'épidémie a révélé en France et en Europe.

La crise du Covid-19 a mis en évidence la vraie nature des défis en matière de santé publique qui se posent à l’Europe. Il faut un sursaut !" (P. Diot)

"La crise du Covid-19 a servi d’électrochoc et mis en évidence l’importance et la vraie nature des défis en matière de santé publique qui se posent à l’Europe. Il faut un sursaut !" estime Patrice Diot. Pour y parvenir, les conférences misent sur une meilleure "connexion" entre la recherche et la santé, jugée "encore fragile" par Didier Samuel, doyen de la faculté de médecine de Paris-Saclay et président du CNCR (Comité national de coordination de la recherche).

Il déplore un "manque de coordination ou un manque d'investissement" dans ce domaine. L'un des enjeux est de "soutenir les réseaux européens" entre les acteurs, notamment les chercheurs mais aussi les universités, les hôpitaux et les agences de recherche. "La recherche clinique et l'innovation doivent également être reconnues comme des facteurs économiques importants pour le succès de l'Union européenne de la santé." L'objectif sera donc de faciliter les démarches des chercheurs, bloqués par la "lourdeur administrative" pour réaliser des essais cliniques à l'échelle européenne.

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Faciliter les mobilités des étudiants en santé

Un intérêt pour l'Europe qui doit être suscité dès la formation. Les étudiants en santé sont encore trop peu nombreux à profiter des programmes de mobilités européennes pendant leurs études : entre 2014 et 2020, seuls 6.200 étudiants en formations médicales ou paramédicales ont effectué un séjour à l'étranger alors que la France en a accueilli 9.700 sur la même période.

"Il est indispensable que l’Union européenne crée les conditions nécessaires pour favoriser la mobilité des étudiants en santé, notamment en se mettant d’accord sur les contenus des formations, leur durée et leur valorisation, et pas seulement sur la validation de compétences minimales comme c’est le cas actuellement", précise l'"Appel de la Sorbonne".

Nicolas Lunel, président de l'ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France) et investi dans cet "Appel", estime nécessaire l'harmonisation de ces compétences médicales pour faciliter les échanges, notamment les mobilités de stages. Mais selon lui, cela passe aussi par un "apprentissage obligatoire d'une langue vivante durant le cursus universitaire".

L'importance des universités européennes

Les universités européennes pourraient aussi avoir un rôle majeur à jouer dans cette construction d'une Europe de la santé pour "assurer l'adhésion à l'information scientifique" grâce à leur caractère pluridisciplinaire. Une meilleure formation des journalistes à la culture scientifique, des cours dédiés à la déontologie et l'éthique médicale pour les étudiants ou encore la création d'instituts de santé publique au sein des universités permettraient, entre autres, de défendre les sciences et la rationalité.

"Un scientifique doit pouvoir énoncer librement une vérité scientifique, sans craindre d’être menacé par des acteurs politiques ou des citoyens. Il doit également le faire en toute conscience de sa responsabilité, celle de transmettre des faits établis par la science à un moment donné et non des convictions ou des spéculations", stipule l'"Appel". Des propositions qui rappellent les différents débats et polémiques autour de la santé publique au cours de la crise sanitaire.

D'autres pistes restent encore à étudier. Patrice Diot a notamment émis l'idée de créer une Conférence européenne des doyens de faculté de médecine pour accélérer les discussions.

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