Assises territoriales : Rhône-Alpes cherche un modèle d’université fédérale

Muriel Florin
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Lors des Assises territoriales à Lyon, lundi 15 octobre 2012, les deux pôles lyonnais et grenoblois se sont interrogés sur la forme et la taille de la structure permettant de favoriser la coopération entre leurs établissements.

Sur le diagnostic, Lyon et Grenoble se rejoignent. Il faut rendre plus lisible un système complexe, rééquilibrer les financements récurrents et sur projet, faciliter le parcours des étudiants, diminuer la précarité des doctorants…  Des points communs des contributions recueillies par les rapporteurs –Isabelle Lefort à Lyon et Jérôme Garin à Grenoble. Chacun des deux pôles rhônalpins admet la nécessité de promouvoir une politique de site impulsée par chacun des PRES (Pôles de recherche et d’enseignement supérieur). Quelle pourraient être la forme et le périmètre de cette synergie ? La réponse n’est pas simple.


Le nombre et la forte identité des établissements rhônalpins sont sources de fierté, mais aussi de frottements. Le fait de compter plus d’une centaine d’équipes de recherche de la région impliquée dans des projets labellisés par les Investissements d’avenir ne suffit pas à faire oublier l’échec à l’Idex . Les PRES sont accusés d’avoir voulu s’arroger trop de prérogatives sans avoir réussi à convaincre le jury. Implicitement, on reconnaît que la double candidature de Lyon et Grenoble a nui à la réussite.

"Les PRES ont permis de mélanger les universités, les écoles, les organismes de recherche. Ce n’était pas simple", Roger Fougères.

Dans ce contexte, chacun sait qu’il faut trouver un nouveau modèle de "cohérence et complémentarité" selon les termes de Françoise Moulin Civil , rectrice de l’académie de Lyon. La formule actuelle des deux PRES semble avoir fait son temps. "Les PRES ont permis de mélanger les universités, les écoles, les organismes de recherche. Ce n’était pas simple", relève Roger Fougères, ancien vice-président à la recherche et l’enseignement supérieur à la Région et membre du comité de pilotage des assises nationales. "Je ne crois pas à la fusion d’établissements, comme cela a été évoqué un temps. Mais le modèle d’une université fédérale me semble intéressant".

Une alliance rhônalpine…

Le président de la Région Jean-Jack Queyranne défend ce modèle depuis quelques mois. Il précise qu’il s’agirait plutôt d’une "alliance entre les universités et grandes écoles du territoire". "Une alliance souple, évolutive, pour permettre aux établissements de jouer de manière collective et complémentaire dans plusieurs domaines : la dimension internationale, l’orientation, les conditions de vie étudiante, la valorisation de la recherche, les contrats avec l’Etat ou la communauté européenne". Jean-François Carenco, le préfet de Région, approuve le principe… avec des réserves. "A l’évidence l’université Rhône-Alpes a un avenir. Il faut au moins une signature, parce que vu de Shanghaï l’université Rhône-Alpes c’est mieux que l’université du Bourget du Lac", lance-t-il avant de prévenir : "Je pense qu’à 33 [établissements] on va se planter. Ce sera plus facile si on affermit bien les deux pôles".

… encore floue

"Je pense qu’à 33 [établissements] on va se planter. Ce sera plus facile si on affermit bien les deux pôles". J-F. Carenco

Les contours régionaux et les compétences de cette structure ne font donc pas consensus, y compris chez les universitaires. Selon Lise Dumasy, présidente de Grenoble 3, "la volonté de travailler ensemble" existe : "Cela pourrait prendre la forme d’une université avec des composantes…". Yannick Vallée, ex-président du PRES grenoblois renchérit : "l’université fédérale doit être inscrite dans la loi. Une université dans laquelle on fait vivre la collégialité". Mais tous deux posent des limites. Selon la présidente de Grenoble 3, une échelle régionale n’est "pas du tout possible". Son collègue ne s’aventure pas sur les compétences à partager. "Il faudra en discuter ensemble…" élude-t-il.


Président de Lyon 3, Jacques Comby, est l’un des rares à ne pas souhaiter que le PRES de Lyon disparaisse. Il place les enjeux ailleurs. "Je suis pour une structure minimale au service de la construction, mais cette structure n’est pas ma préoccupation, insiste-t-il. Ce qui compte, c’est l’envie de travailler ensemble, que ce soit en recherche ou en formation".


Vraie attente partagée : partout on réfute une structure qui imposerait ses volontés "du haut vers le bas" en vantant une forme d’horizontalité qui reste pour autant difficile à établir.


Muriel Florin | Publié le

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