Avec des mobilités en hausse, les agences européennes Erasmus+ demandent plus de financements

Juliette Chaignon
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Avec des mobilités en hausse, les agences européennes Erasmus+ demandent plus de financements
La hausse des mobilités dans le cadre du programme Erasmus+ crée des contraintes budgétaires. // ©  Fred MARVAUX/REA
À l'occasion d'une réunion de tous les directeurs et directrices d'agences Erasmus+, EducPros a confronté leur vision sur le programme d’échange. Avec des mobilités en constante hausse, les pays réclament plus de budget de la part de l'Union européenne.

Ils ne s’étaient pas réunis "en présentiel" depuis deux ans. Le mardi 17 mai, tous les directeurs et directrices des agences Erasmus+ ont lâché leurs écrans pour suivre une réunion informelle bimensuelle à Arcachon, en Gironde. "Ces réunions ont toujours lieu dans le pays de la présidence du conseil de l’Union européenne, actuellement dévolue à la France", rappelle Laure Coudret-Laut, directrice de l’agence Erasmus+ France, chargée de l’organisation de l’événement.

À l’issue des deux jours de discussions, un défi ressort. "Dans les grands pays comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, la demande de mobilité croît plus vite que le budget alloué", assure la directrice française, "pour suivre la dynamique d’internationalisation croissante et continuer d’encourager les établissements français, des financements plus conséquents seront nécessaires pour 2023".

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Son homologue allemand, Stephan Geifes, responsable des mobilités dans le supérieur, confirme : "Nos demandes ont augmenté de 20% pour l’année 2022–2023. Nous avons besoin de plus de crédits sans quoi nous ne pourrons tout financer." Pour Michal Uhl, directeur de l’agence tchèque, les demandes de mobilité chez les apprentis ("vocational training") sont trois à quatre fois supérieures que le financement alloué. Même difficulté de financement dans la formation professionnelle en Espagne.

Dans les grands pays comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, la demande de mobilité croît plus vite que le budget alloué. (L. Coudret-Laut, Erasmus+ France)

Avec les autres responsables, Michal Uhl appelle à un effort de l’Union européenne pour débloquer des fonds. "Aider quelqu’un à partir à l’étranger, c’est un bon investissement. Ça change les carrières et cela donne des personnes qui comprennent mieux l’Europe, la complexité du monde", justifie-t-il.

En Espagne et en Roumanie, les agences dépendent de l’État. L'Europe n'est donc pas la seule à intervenir concernant le budget. "Nous avons besoin de plus de personnel pour traiter toutes les demandes mais il faut pour cela l’aval de l’Etat afin d’engager de nouveaux fonctionnaires", pointe Monica Calota, de l’agence roumaine, en difficulté pour recruter.

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Il faut dire que les étudiants européens sont effectivement de plus en plus enclins à partir effectuer leurs études à l'étranger. Les pays mettant tout en œuvre pour les séduire sur le plan pédagogique mais pas seulement.

Parmi les chefs de file : l’Espagne. Le pays hispanique domine toujours le classement avec 65.000 étudiants accueillis dans le supérieur en 2019. "Ils ne viennent pas seulement pour le soleil et la bonne météo. Nos universités sont de grande qualité et nous avons augmenté le niveau de nos programmes", explique Alfonso Gentil, directeur de l’agence Erasmus+ espagnole. "L’espagnol est parlé par 500 millions de personnes dans le monde, les étudiants viennent aussi ici pour apprendre à maîtriser la langue", suppose-t-il.

La République Tchèque tire aussi son épingle du jeu avec 11.000 étudiants accueillis pour 8.000 partis en échange. Le responsable de l’agence Michal Uhl vante la "qualité des écoles techniques", la richesse culturelle de l’Europe centrale et le faible coût de la vie, "un bon rapport qualité-prix", selon lui.

Aider quelqu’un à partir à l’étranger, c’est un bon investissement. Ça change les carrières et cela donne des personnes qui comprennent mieux l’Europe, la complexité du monde. (M. Uhl, Erasmus+ Tchéquie)

Quant à la Roumanie, elle rattrape peu à peu son déficit d’étudiants accueillis. Ils représentent près de 50% des étudiants et stagiaires envoyés en échange contre 10% auparavant. "Il y a peut-être encore des différences entre les contenus des cours et trop peu de programmes en français ou en anglais mais on y travaille", assure Monica Calota, responsable de l’agence roumaine.

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Après la crise sanitaire et l'augmentation du nombre de mobilités, d'autres événements sont également venus bouleverser le programme Erasmus+. La situation diplomatique en Europe et la crise ukrainienne n'ont donc pas non plus échappé aux discussions, notamment concernant l'accueil des étudiants ukrainiens et l'adaptation dont les pays doivent faire preuve. La Roumanie accueille pour le moment 40.000 enfants en âge d’aller à l’école, idem en Allemagne, contre 100.000 en République Tchèque.

Monica Calota pointe le défi de s’adapter aux projets des familles réfugiées, qui prévoient pour beaucoup un séjour temporaire en Roumanie et non une installation. Les élèves réfugiés bénéficient actuellement de tablettes, un surplus acheté pendant le Covid, pour accéder à la plateforme de cours en ligne du gouvernement ukrainien.

Dans le supérieur, tous les pays soulignent la flexibilité du programme Erasmus+. "Nous avons pu réorienter les fonds pour les élèves partant en échange vers ceux qui arrivaient et ainsi utiliser l’argent pour accueillir les étudiants ukrainiens, surtout des étudiantes d’ailleurs", précise Stephan Geifes de l’agence allemande.

Mais cela ne pourra fonctionner aussi facilement l’an prochain, prévient le responsable allemand. "Il faut des programmes nationaux et européens en dehors d’Erasmus+ pour aider ces réfugiés", soutient-il. Ses homologues roumain et tchèque sont du même avis : si le programme Erasmus+ a pu participer à l’accueil d’étudiants ukrainiens, il ne pourra pas apporter un soutien durable.


Juliette Chaignon | Publié le