Dix-sept projets pour accélérer la transition numérique dans le supérieur

Amélie Petitdemange
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Avec le projet "Include", l'université Lyon 1 veut mieux intégrer les apprenants dans les filières du supérieur.
Avec le projet "Include", l'université Lyon 1 veut mieux intégrer les apprenants dans les filières du supérieur. // ©  Laurent Cerino/REA
Le gouvernement a retenu dix-sept projets d’établissements dans le cadre de l’appel à manifestations d’intérêt "Démonstrateurs numériques dans l’enseignement supérieur" (Demoes), début octobre. Au total, les établissements recevront 100 millions d’euros sur trois ans pour déployer une stratégie de transformation numérique dans leurs formations.

Accélérer la transition numérique de l’enseignement supérieur. C’est l’objectif des dispositifs de soutien à l'innovation dans le numérique annoncés par le Premier ministre, Jean Castex, lors d’un déplacement à Poitiers en octobre. Les "Démonstrateurs numériques dans l’enseignement supérieur" (Demoes) figurent parmi les nouvelles actions lancées. Dix-sept projets portés par des écoles et des universités ont été retenus par le gouvernement et recevront un financement total de 100 millions d’euros.

"Cela représente 400.000 étudiants d’établissements de métropole et des territoires ultra-marins. Ces 'Démonstrateurs' permettront à l’État et aux autres établissements de bénéficier du retour sur expérience des établissements et de s’inspirer des pratiques, en vue de la généralisation à l’échelle nationale de la transformation numérique de l’enseignement supérieur", explique le gouvernement dans un communiqué.

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Développer des projets appliqués innovants

L’Ecole nationale supérieure des arts et métiers développe par exemple le projet "JENII", une offre de formation pour l’industrie du futur. L’université de la Rochelle lance quant à elle le projet "Smart CODE", qui permet à tout étudiant de se construire un parcours de formation à la demande.

Le projet "Include", porté par l’université Lyon 1, fédère quatre universités (Lyon 1, Lyon 2, Lyon 3 et l’université Jean Monnet de Saint Etienne), ainsi que l’INSA (Institut national des sciences appliquées de Lyon), l’Institut français de l’éducation de l’ENS Lyon et l’ENISE de Centrale Lyon. "Notre objectif, c’est une meilleure inclusion des apprenants dans les filières du supérieur. Nous voulons cultiver les diversités en transcendant les barrières spatiales, temporelles et cognitives grâce à la transformation numérique", explique Philippe Malbos, en charge du projet "Include" à l’université Lyon 1.

Ouvrir le supérieur aux territoires éloignés

Le projet s’articule autour de quatre axes stratégiques et de quinze actions. Le dispositif "Agora Poléis" veut par exemple ouvrir les formations aux jeunes qui vivent dans des zones reculées. Les cours seront retransmis en direct dans des espaces pédagogiques qui accueilleront des étudiants éloignés de la fac. "Contrairement aux campus connectés, ce ne sont pas des tiers-lieux où les jeunes se retrouvent pour travailler. C’est un amphithéâtre virtuel : le professeur voit sur un écran les étudiants et ils peuvent poser des questions. Chacun garde sa posture d’enseignant et d’étudiant, il n’y a pas de discrimination selon la position géographique de l’étudiant", explique Philippe Malbos. Dès la rentrée 2022, ce dispositif sera lancé pour des formations en santé. Il s’étendra en 2023 aux formations en sciences et en technologies, avec pour objectif une offre de formation large en premier cycle.

Un autre volet du projet "Include" concerne l’inclusion des étudiants qui rencontrent des difficultés cognitives, comme la dyslexie, et des étudiants en situation de handicap. Un laboratoire de pédagogie inclusive met ainsi en lien des laboratoires de recherche et des partenaires EdTech qui travailleront en mode projet. Leurs recherches porteront sur des solutions à intégrer aux formations existantes pour favoriser l’inclusion des apprenants. Ils les testeront puis les appliqueront dans l’université.

Un des objectifs des "Démonstrateurs numériques dans l’enseignement supérieur" étant de disséminer ces innovations à l’échelle nationale, le laboratoire Include organisera aussi des séminaires ouverts aux autres établissements. Le projet "Include" démarre le 1er janvier 2022 et bénéficie de sept millions d’euros d’accompagnement sur trente-six mois.

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Favoriser les interactions pédagogiques

L’université Rennes 1 reçoit quant à elle un financement de 7,75 millions d’euros, également sur trois ans. Son projet, baptisé "AIR" pour Augmenter les Interactions à Rennes, est porté avec l’université Rennes 2, l’INSA et trois entreprises partenaires du territoire (Artefacto, Klaxoon et Orange). Le projet AIR est structuré autour de trois axes complémentaires : un campus augmenté, des pédagogies interactives et un écosystème de soutien aux transformations pédagogiques et numériques.

Le campus augmenté a pour objectif de "fluidifier les interactions" à distance, explique Olivier Wong-Hee-Kam, vice-président en charge du numérique à l’université Rennes 1 et responsable du projet "AIR". "Quand je suis en cours, je peux dialoguer avec les étudiants. Quand je sors, je continue à échanger avec eux dans les couloirs, puis je parle avec d’autres gens dans le service administratif. En présentiel, c’est fluide, mais à distance ça ne l’est pas car il faut passer par différents outils. L’idée, c’est de retrouver cette fluidité de la vie réelle dans la vie numérique."

Démocratiser les nouvelles technologies

Le numérique servira à interagir par de nouveaux biais. La réalité virtuelle et la réalité augmentée seront par exemple utilisées dans certains cours. "Nous voulons démocratiser ces technologies avec nos partenaires EdTech qui nous apporteront des solutions clés en main, utilisables avec un smartphone. Nous ciblons des secteurs technologiques comme les IUT, les écoles d’ingénieurs et le domaine de la santé", détaille explique Olivier Wong-Hee-Kam.

Pour former les enseignants à ces technologies, l’université Rennes 1 veut créer un écosystème de soutien pour offrir un accompagnement adapté à chacun. "Nous allons recenser les compétences disponibles, pour savoir qui peut venir en soutien aux équipes qui le demandent", assure Olivier Wong-Hee-Kam. Le temps d’opérer les recrutements et l’organisation interne, les premières actions du "projet AIR" seront visibles début 2022.

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Crédit :Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance // © MESRI
Crédit :Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance // © MESRI

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