EdTech : les acteurs du secteur réclament davantage d’investissements

Oriane Raffin
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EdTech : les acteurs du secteur réclament davantage d’investissements
Les acteurs du numérique éducatif français s'interrogent sur les retombées de la crise du coronavirus sur le secteur. // ©  Yingyaipumi/Adobe Stock
La crise sanitaire due au coronavirus a propulsé sur le devant de la scène l’EdTech, le numérique éducatif, dans l’espoir d’assurer une continuité pédagogique malgré la fermeture des établissements scolaires et du supérieur. En soulevant de nombreuses interrogations dans le secteur.

Deux semaines après le début du confinement et la fermeture des établissements, l’EM Normandie a réussi à assurer 100% de son offre pédagogique. Pourtant ses campus restent bien sûr fermés. L’école de commerce s’appuie sur les EdTech, ces technologies de l’éducation. "Une semaine avant le confinement, nous avons commencé à réfléchir au dispositif", explique Olivier Lamirault, directeur des technologies éducatives au sein de l’établissement. Grâce à un investissement de l’école sur la question depuis 15 ans, dès la première semaine de reprise des cours, 1.260 classes virtuelles ont pu être assurées.

Si certains établissements privés, qui avaient déjà intégré les outils numériques à leur arsenal pédagogique, ont réussi à s’adapter rapidement, ce n’est pas le cas partout. Notamment dans l’enseignement primaire et secondaire ou à l’université. "Personne n’était véritablement prêt car la situation est exceptionnelle et imprévisible", estime Rémy Challe, directeur général d’EdTech France, qui réunit plus de 250 entreprises du secteur.

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Aller plus loin que les classes virtuelles

Un secteur qui mise maintenant sur un changement des mentalités. ​"On espère que cette crise va ébranler la conscience collective et faire réaliser la nécessité d’investir dans les EdTech en France", positive Marie-Christine Levet, co-fondatrice du fonds Educapital.

Car le numérique dans l’enseignement ne peut se limiter à la mise à disposition de matériel dans les établissements, martèlent les acteurs du secteur. "Les EdTech ne se limitent pas non plus à la classe virtuelle et à la messagerie, précise Marie-Christine Levet.​ Ce sont des outils plus engageants pour apprendre différemment." ​ Ainsi, au Danemark, l’application Labster propose un laboratoire virtuel pour se former aux sciences de manière immersive et personnalisée.

On espère que cette crise va ébranler la conscience collective et faire réaliser la nécessité d'investir dans les EdTech France. (M.-C. Levet)

Sans oublier que les outils doivent servir les professeurs et leur liberté pédagogique. "Sans enseignant, il ne se passera rien", confirme Rémy Challe. Les EdTech doivent davantage être perçues comme des possibilités. "Un peu comme pour les différents manuels scolaires", note Marie-Christine Levet.

"Les GAFA entrent dans nos salles de classe"

Inquiétude des acteurs français : que le manque de préparation du système français ne provoque un recours massif aux outils étrangers. Face à des outils rapidement saturés ou inadaptés aux besoins, enseignants, parents et élèves se sont tournés vers les applications qu’ils connaissent : WhatsApp, Zoom, etc.

Les EdTech ne se limitent pas non plus à la classe virtuelle et à la messagerie. (M.-C. Levet)

"Avec ce recours au système D, il y a beaucoup d’utilisation des outils des GAFA. C’est ce qu’on craignait : qu’ils entrent dans nos salles de classe, avec toutes les questions que cela soulève en termes de protection des données ou de publicité", déplore Marie-Christine Levet.

Des Etats généraux du numérique éducatif à l’automne

Message reçu par le gouvernement ? Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, a annoncé le 3 avril dernier la tenue, à l’automne prochain, d’Etats généraux du numérique éducatif. Avec en ligne de mire la volonté de tirer le bilan de la crise et d’anticiper des solutions. Une annonce saluée par les acteurs du secteur.

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"​Il faut une coopération très forte entre les acteurs du privé et du public. L’acteur public seul ne pourra pas innover, estime Marie-Christine Levet.​ L’innovation viendra de sociétés plus jeunes et plus agiles". Un avis partagé par Rémy Challe :​ ​"Il faut sortir d’une vision très manichéenne avec des gentils (le public) et des méchants (le privé). Les entrepreneurs de l’EdTech ne sont pas des grands loups du capitalisme. Ce sont souvent d’anciens enseignants ou des enfants d’enseignants qui ont un réel attachement à la transmission ou à l’idée de service public."

Une filière française, composée de PME et de TPE, s’est d’ores et déjà mobilisée en mettant gratuitement à disposition une partie de son offre, par solidarité. Un​ geste s​ur lequel elle espère pouvoir capitaliser, avec la création de nouveaux usages.


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