Universités et Edtech : comment capitaliser sur les enseignements de la crise sanitaire ?

Oriane Raffin
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Les expérimentations numériques menées durant la pandémie doivent être intégrées durablement dans les modes d’enseignement.
Les expérimentations numériques menées durant la pandémie doivent être intégrées durablement dans les modes d’enseignement. // ©  Adobe Stock/New Africa
Les contraintes liées à la crise du Covid ont donné un coup d’accélérateur à l’utilisation du numérique dans l’enseignement supérieur. Lors d’un évènement organisé par la Banque des Territoires et EdTech France, entreprises des EdTech et présidents d’université ont évoqué les enjeux de cette rentrée.

Après dix-huit mois profondément marqués par la crise du Covid-19 et ses conséquences (recours massif au distanciel ou aux formats d’enseignement hybrides), l’enseignement supérieur débute une année sous le signe d’un retour à la quasi-normalité. Avec des interrogations sur la façon dont les expérimentations numériques menées durant cette période peuvent être intégrées durablement dans les modes d’enseignement, et leur être bénéfique.

Réunis lors d'une conférence intitulée "Comment bien préparer sa rentrée ?", des représentants de start-up des EdTech et de l’enseignement supérieur ont échangé, le vendredi 17 septembre dernier, à l'initiative de la Banque des Territoires et de l’association EdTech France, sur la place qu’occupent aujourd’hui les technologies de l’éducation dans l’enseignement supérieur en France.

Dépasser le contexte de la crise avec l'hybridation

Anne-Charlotte Monneret, directrice générale d’EdTech France, voit ainsi dans l’hybridation des cours une nouvelle "modalité pédagogique", "un succès" qui ne doit pas se limiter à "être une réponse à un contexte sanitaire".

Jean-Marie Cognet, PDG de la société Ubicast – qui propose une plateforme pour créer, enrichir et partager des vidéos éducatives – estime que la diffusion asynchrone offre notamment des avantages en termes de flexibilité pour les étudiants qui peuvent choisir quand apprendre, et à quel rythme. C’est également une solution intéressante pour ceux qui sont contraints de travailler en parallèle de leur formation, et peuvent donc adapter leur agenda d’apprentissage en fonction de leurs disponibilités.

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Du présentiel augmenté

L’enjeu est désormais de pérenniser le recours à ces pratiques numériques, en réussissant à inclure leurs aspects innovants malgré le retour au présentiel. Fabien Maurin de l’entreprise Wooclap – qui offre des solutions pour rendre les cours ludiques et interactifs – considère que les EdTech à l’université "ont gagné trois ou quatre ans" en raison de la crise sanitaire et de la nécessité de rebondir du jour au lendemain. "Ne revenons surtout pas à ce que nous faisions avant, encourage-t-il. Il faut capitaliser sur nos expériences, nos apprentissages".

Grâce aux questions et aux activités participatives, l’étudiant se place dans une posture active. (F. Maurin, Woodclap)

Il cite ainsi les QCM, textes à trous où autres modules interactifs rythmant les cours à distance : "Ils peuvent être des outils redoutables en présentiel aussi ! Car face à un amphi de 200 à 300 étudiants, il est impossible de savoir si tout le monde a compris, par exemple. Grâce aux questions et aux activités participatives, l’étudiant se place dans une posture active". Une forme de présentiel augmenté.

Autre outil exploité par certaines universités : l’application Appscho, qui permet des interactions à partir des téléphones portables des étudiants. Et va plus loin que les seuls cours. "Nous avons mis en place un fil d’actualité sur les applications des universités, qui permet aux étudiants de communiquer entre eux ou avec les associations, dans un contexte bienveillant, encadré par l’établissement", explique ainsi Cyril Ghanem, d’AppScho. Des ressources utilisables même en présentiel.

Intégrer les universités dans le développement des solutions de EdTech

Reste cependant à imaginer des formats de cours qui se prêtent à l’enseignement à distance. De ce point de vue, les équipes enseignantes ont inventé de nombreuses nouvelles pratiques pédagogiques, afin de maintenir l’attention des élèves, même depuis chez eux. Guillaume Gellé, président de l’université de Reims Champagne-Ardenne et vice-président de la CPU (conférence des présidents d'université), salue les efforts et les réalisations de ces derniers mois, estimant que "la transformation est engagée", mais que celle-ci doit être accompagnée.

Il précise cependant qu’à l’avenir, il est indispensable que "les universités soient co-développeuses des solutions numériques", en intégrant les spécialistes internes, mais aussi les enseignants, dans la conception des solutions. Et que les universités parviennent à s’y retrouver dans la pléthore d’offres. EdTech France recense déjà sur son site différentes solutions numériques en fonction de leurs usages et de leurs cibles. L'association projette aussi de connecter entre elles ces offres, afin que les utilisateurs puissent tout retrouver au même endroit.

Il est indispensable que les universités soient co-développeuses des solutions numériques. (G. Gellé, URCA)

Guillaume Gellé tempère cependant la généralisation des dispositifs : "L’asynchrone, par exemple, peut être une solution, mais tous les étudiants – et enseignants – ne sont pas convaincus, donc cela ne peut pas s’appliquer de manière globale".

Par ailleurs, les outils et l’approche numérique ne s’adaptent pas de la même façon à tous les enseignements. "Les universités sont très diverses dans leurs approches de l’enseignement et de la pédagogie, notamment dans les différentes disciplines, poursuit le vice-président de la CPU. L’approche de l’intégration des EdTechs ne sera pas du tout la même, par exemple, dans une filière en lettres modernes ou en informatique".

Sans oublier qu’au-delà d’être des lieux de recherche et de partage du savoir, les universités sont également des lieux de vie, d’échanges entre pairs, avec les associations étudiantes. Si les solutions numériques peuvent y être investies et permettre de nouvelles interactivités, elles ne remplacent pas les échanges humains. Un savant dosage à trouver.


Oriane Raffin | Publié le