Classement de Shanghai 2021 : la France se maintient, mais la concurrence est forte

Stéphanie Ouezman
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Classement de Shanghai 2021 : la France se maintient, mais la concurrence est forte
// ©  PSL
Comme l’an dernier, 30 établissements français sont présents au sein de l’édition 2021 du classement de Shanghai qui distingue les 1.000 universités mondiales les plus dynamiques en termes de recherche. Sous cette apparente stabilité, il faut noter une montée de la concurrence internationale, en particulier d’acteurs chinois.

Publiée le 15 août, l’édition 2021 du classement de Shanghai (Academic Ranking of World Universities, ARWU) est venue confirmer la bonne place de la France parmi les pays producteurs de recherche avec 30 institutions classées sur le millier recensé, dont quatre présentes dans le top 100.

Première française classée, au 13e rang, l’Université Paris-Saclay gagne une place. En léger recul, de deux marches, l’université Paris Sciences et Lettres (PSL) figure à la 38e place. Sylvie Retailleau, présidente de la première, et Daniel Egret, expert classements pour la seconde, s’accordent sur la stabilité globale des résultats et soulignent la vigueur de la compétition.

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Le top 20 occupé par les Etats-Unis et le Royaume-Uni

Les deux premières universités françaises ont intégré le classement de Shanghai en 2020, au moment où l’université de Jiao Tong valide la prise en compte de nouveaux modèles d'institutions, issus de regroupements. En 2021, l’Université Paris-Saclay est toujours la seule française présente dans le top 20, largement dominé par les Etats-Unis avec 16 établissements, dont Harvard et Stanford en tête. Aux 3e, 7e et 17e rangs, trois universités britanniques, Cambridge, Oxford et le University College de Londres, complètent le top 20.

"Ce classement est très stable, considère Sylvie Retailleau, présidente de l’Université Paris-Saclay. Au sein du top 20, l’écart de points est le même entre les établissements figurant en 11e et 12e places qu’entre ceux occupant la 12e et la 17e places. Figurer dans le top 20, c’est une chose… gagner des places, ce n’est pas évident ! Plus on s’approche du top 10, plus il est difficile d’en gagner, alors qu’il est 'facile' de reculer."

Le top 10 et les établissements français présents dans le top 100 du classement de Shanghai

Rang 2021 Rang 2020 Institution Pays
1 1 Harvard University Etats-Unis
2 2 Stanford University Etats-Unis
3 3 University of Cambridge Royaume-Uni
4 4 Massachusetts Institute of Technology (MIT) Etats-Unis
5 5 University of California, Berkeley Etats-Unis
6 6 Princeton University Etats-Unis
7 9 University of Oxford Royaume-Uni
8 7 Columbia University Etats-Unis
9 8 California Institute of Technology Etats-Unis
10 10 University of Chicago Etats-Unis
13 14 Paris-Saclay Université France
35 39 Sorbonne Université France
38 36 PSL Université France
73 65 Université de Paris France

30 établissements français dans le classement de Shanghai

Au-delà, Sorbonne Université gagne quatre places et s’installe au 35e rang, juste avant PSL, deuxième française du top 50. "Le classement de Shanghai est globalement très stable, observe également Daniel Egret, astronome émérite de l’Observatoire de Paris-PSL et expert classements pour l’Université PSL. Les établissements du top 50 restent les mêmes d’une année sur l’autre et au sein de ce palier, les résultats de PSL ne sont pas une grande surprise : nous sommes passés de la 36e à la 38e place avec, autour de nous des institutions qui sont les mêmes que l’an dernier, Sorbonne Université arrivant cette fois-ci quelques rangs devant."

Côté Français, on retrouve ensuite Université de Paris à la 73e place, puis trois autres établissements au sein du palier suivant, entre la 100e et la 150e place : Aix-Marseille Université, Strasbourg et l’Université Grenoble-Alpes (qui sort du top 100). Outre ces mouvements, deux nouveaux établissements français font leur entrée dans l’édition 2021 : l’INSA Toulouse et Montpellier Business School.

La France fait ainsi figurer, comme l’an dernier, 30 établissements dans le palmarès. Frédérique Vidal, ministre de l'Esri, estime ainsi que "cette progression française est aussi le reflet [d’une] politique ambitieuse en matière d’enseignement supérieur et de recherche : investissements massifs avec la Loi Recherche, le déploiement du PIA 4 appuyé par le plan de relance et une augmentation significative du budget de l’ESRI depuis 2017, confirmation de nouvelles initiatives d’excellence…"

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Le recul de la France en matière de publications

"Ce classement a pour intérêt de nous aider à regarder le paysage de manière globale, souligne Daniel Egret. Sur les 20.000 institutions d’enseignement supérieur qui existent dans le monde, 1.000 universités sont classées par Shanghai en tant que "productrices de recherche". En France, nous avons autour de 80 universités et, grâce à leur recherche, une trentaine, avec quelques écoles, entrent dans le périmètre de ce classement."

Pour Sylvie Retailleau, malgré quelques fluctuations, "l’édition 2021 du classement de Shanghai confirme le potentiel de la recherche française. Nous continuons d’exister sur la carte des pays producteurs d’une recherche significative au niveau mondial."

"La France reste une grande nation pour sa recherche, mais elle apparaît un peu en retrait", modère pour sa part Daniel Egret, qui regrette notamment le fait que l’activité de recherche sciences humaines et sociales passe "sous le radar" du classement de Shanghai. "Il nous tend un miroir qui n’est pas complètement flatteur et les analyses de l’Observatoire des Sciences et Techniques, un département du Hcéres, le confirment : nous sommes en train de descendre à la 9e place des pays producteurs de recherche alors que nous étions au 5e rang en 2005. D’autres grandes nations nous font de l’ombre, en particulier la Chine, qui progresse en termes de capacités scientifiques à travers ses publications."

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Un classement peu utile aux étudiants ?

La France est donc challengée. Mais, à l’échelle des institutions, une présence dans le classement de Shanghai est toujours bénéfique. Sylvie Retailleau en mesure les effets depuis juin 2020 et la sortie du classement de Shanghai par spécialités. L’Université Paris-Saclay y décrochait la première place en mathématiques, confirmée l’année suivante. "Nous avons très rapidement ensuite recensé une augmentation des demandes d’inscriptions venues du monde entier", confirme la présidente.

Si les étudiants des cycles master et doctorat s’intéressent davantage à la recherche menée par les universités qu’ils visent, le classement de Shanghai est aussi un indicateur qui peut être utile à ceux de premier cycle. "On peut penser que ce palmarès n’est pas représentatif des missions de nos universités qui font de la formation et de la recherche, mais la formation est adossée à la recherche, c’est l’essence même de notre enseignement supérieur", estime encore Sylvie Retailleau.

Si "une place ou un chiffre dans un classement peuvent se discuter", estime Daniel Egret, les résultats de la France dans la 18e édition du l’ARWU donnent "la responsabilité de tenir le rang", conclut Sylvie Retailleau, même si elle se défend de "piloter avec Shanghai".

Pour Daniel Egret, le principal mérite du classement de Shanghai réside dans la vision globale que permet sa lecture : "notre société a besoin de comprendre si la France investit assez ou pas dans son enseignement supérieur et sa recherche, et si nous restons une nation toujours aussi attractive à l’international sur ces critères."

Les six critères du classement de Shanghai
Le Classement de Shanghai est établi sur la base de six critères destinés à mesurer la quantité, la qualité et l’impact des travaux conduits par les enseignants-chercheurs : le nombre d’enseignants chercheurs prix Nobel ou médaille Fields (20%) ; le nombre de chercheurs "highly cited" (20%) ; le nombre d’articles publiés dans Nature and Science (20%) ; le nombre d’articles indexés dans Science Citation Index-Expanded et Social Science Citation Index (20%) ; le nombre de diplômés prix Nobel ou détenteurs de médailles Fields (10%) ; la performance académique des professeurs : reprise des cinq indicateurs précédents divisé par le nombre d’enseignants-chercheurs permanents (10%).


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