Classements internationaux : le positionnement des universités françaises, un gage d'attractivité

Oriane Raffin
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Classements internationaux : le positionnement des universités françaises, un gage d'attractivité
L'université Paris-Saclay se félicite de ses bons résultats dans le dernier classement thématique de Shanghaï. // ©  Laurent Grandguillot/REA
Les palmarès internationaux des établissements de l’enseignement supérieur sont scrutés attentivement, chaque année - au moins par les pairs et les financeurs institutionnels. La sortie du classement de Shanghaï thématique est l'occasion de se demander quels sont leurs impacts concrets sur les universités ? Éléments de réponse.

"La première place en mathématiques, devant Princeton, ça marque !" Sylvie Retailleau, présidente de l’université Paris-Saclay, se félicite de la très belle performance de son établissement dans le dernier classement thématique de Shanghaï, réalisé par l’université Jiao Tong et paru le 29 juin dernier. Paris-Saclay se trouve dans le top 100 de 25 thématiques, avec, entre autres, une 9e place en physique et une 12e place en agriculture. En France, 34 universités sont distinguées dans le célèbre classement international.

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Un impact dans les réseaux universitaires

"Je vous assure que dans les réseaux d’universitaires et d’industriels, nous ne sommes plus regardés de la même façon, souligne Sylvie Retailleau. Le classement nous renforce dans les radars pour d’éventuelles collaborations". A noter, ainsi, Bernard Salha, directeur de la R&D d’EDF qui a salué la performance de l'université Paris-Saclay sur LinkedIn.

Avec des universités du type Harvard ou le MIT, on constate que les relations peuvent changer par rapport à notre positionnement. (S. Retailleau)

Au niveau international, dans les rapports avec les pairs, la présence et la place dans ce type de palmarès ont clairement un impact, poursuit la présidente de Paris-Saclay. "Avec des universités du type Harvard ou le MIT, par exemple, on constate que les relations peuvent changer par rapport à notre positionnement. Nous ne sommes pas sollicités de la même façon qu’avant, grâce à cette nouvelle force de frappe. J’ai été invitée à des conseils stratégiques, entre autres. Il y a un basculement progressif, avec davantage de collaborations et d’invitations". Un mouvement qui s’inscrit donc dans le temps.

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Un classement connu des initiés… et à l’international

Du côté des étudiants, l’influence directe de ces classements sur les choix semble cependant très faible, à en croire Orlane François, présidente de la Fage (Fédération des associations générales étudiantes) : "Le classement est connu essentiellement par les initiés, appuie la jeune femme. Il n’a absolument pas d’impact sur le choix des étudiants français, et encore moins des lycéens, au moment de leur inscription sur Parcoursup".

Le classement n’a absolument pas d’impact sur le choix des étudiants français, et encore moins des lycéens. (O. François)

En revanche, "les classements ont davantage de poids pour les étudiants internationaux, pointe Sylvie Retailleau. Cela diverge suivant les pays et les classements, les critères mis en avant. En Chine ou au Mexique, notamment, quand un doctorant revient d’une université dans le top 50, automatiquement, il obtient une bourse de post-doc dans son pays". Et pour les étudiants internationaux ayant besoin de contracter un prêt, en Chine par exemple, le classement sert en quelque sorte de "garantie" ou d’assurance à la banque. Deux arguments de poids, donc, pour l’attractivité globale d’un établissement dans certains pays.

En France, les universités classées espèrent bien en retirer également des fruits pour leurs financements. Alors que Paris-Saclay va redéposer sa demande d’Idex (initiative d’excellence) prochainement, la présidente confie : "J’imagine que le classement ne sera qu’un point positif ! Je pense que ce n’est pas ça qui va faire donner ou pas un financement, mais cela peut y contribuer. On constate bien que sur les contrats, les collaborations, les financements, notre université sera plus attractive. Le potentiel et la qualité de la recherche sont mis en avant".

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Effet polarisant des politiques publiques

Certains, à l’instar d’Hugo Harari-Kermadec, auteur de "Le classement de Shanghaï : l’université marchandisée", s’inquiètent cependant des impacts négatifs que peuvent avoir cette mise en concurrence des établissements à l’échelon national. L’enseignant-chercheur, par ailleurs syndiqué au SNESUP-FSU, estime que ces classements représentent "principalement un symbole, une façon de mettre en avant une transformation récente du système universitaire international".

Il dénonce ses conséquences concrètes, avec un système universitaire qu’il considère comme étant à deux vitesses. "Le classement met en avant quelques établissements uniquement, faisant disparaître les autres du viseur. Pour s’adapter aux attentes de Shanghaï, on a justifié des changements radicaux, avec des modes de financements compétitifs, fléchés vers une dizaine d’établissements", déplore l’enseignant-chercheur à l’ENS Paris-Saclay. Les autres, souvent situés dans des villes moyennes, ont moins de moyens mais des effectifs croissants, selon Hugo Harari-Kermadec, qui dénonce "des conditions très dégradées" et surtout un effet polarisant des politiques publiques. “Chaque année, l’écart entre la première division et le reste s'accroît".

Chaque année, l’écart entre la première division et le reste s'accroît. (H. Harari-Kermadec)

Autre élément dans le viseur des détracteurs de ces classements : les critères imposés, qui deviennent une préoccupation centrale pour certains établissements. "Ces classements sont très axés sur la recherche, le nombre de publications, de prix Nobel, etc., détaille ainsi Orlane François. Ce sont des critères très orientés, on ne parle pas de la qualité de la pédagogie, de l’encadrement, de l’insertion professionnelle, du bien-être des enseignants-chercheurs, etc."

Un argument balayé par Sylvie Retailleau : "en disposant de davantage de moyens, on pourra mieux valoriser l’ensemble de nos missions". Elle insiste ainsi sur la complémentarité des missions de Paris-Saclay. "Et à la limite, cela accroît la pression : en recevant davantage d’étudiants étrangers nous aurons une pression plus forte sur la pédagogie. Cela nous oblige à rendre des comptes vis-à-vis de cette attractivité."


Oriane Raffin | Publié le

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Simon Billouet.

Que la France (6ème puissance économique mondiale) se satisfasse d'une pauvre place dans les 100 premiers, ça en dit long du pourrissement de l'Educ'Nat' par les pédagomanes d'EELV et la médiocrité des bicorneaux et leur épee en plastoque