Danielle Tartakowsky (présidente de Paris 8): "Il n'y a pas eu de précipitation dans la signature du PRES Paris Lumière"

Propos recueillis par Mathieu Oui
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Elue le 9 juillet 2012 à la présidence de Paris 8, Danielle Tartakowsky présente ses projets à EducPros et revient sur la création controversée du PRES Paris Lumière avec l'université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Vous venez d'être élue à la présidence de Paris 8. Quelles sont vos priorités pour les  prochains mois ?

Je souhaite porter une attention toute particulière à la question du premier cycle, un problème amplifié par l’incertitude quant au renouvellement des crédits d’aide à la réussite. Nous allons essayer de maintenir les actions menées et tenter aussi de trouver plus de bourses car nos étudiants sont issus de milieux globalement plus défavorisés que la moyenne. Mais je crains que cette priorité court sur le long terme. Un de nos autres objectifs principaux est l’élaboration du prochain contrat d’établissement. Comme l’université a finalisé le PRES avec Paris Ouest, nous avons obtenu un report pour la réalisation de ce contrat quinquennal pour la période 2014-2019. Nous avons jusqu’au 15 juin 2013 pour le déposer.

Votre prédécesseur Pascal Binczak a été très critiqué sur la création du PRES Paris Lumière et a lui-même reconnu avoir fait une erreur en le  faisant voter deux mois avant la fin de son mandat. Qu’en pensez-vous ?

Nous en avons discuté avec mon prédécesseur et c’est vrai que la question pouvait se poser mais je ne pense pas qu’il y ait eu précipitation dans la signature du PRES. Après s’être retrouvé par deux fois en six ans, face à des interlocuteurs qui se dédisent (NDLR : deux tentatives de PRES avec Paris 13 puis Paris Ouest ont échoué ), Pascal Binczak a jugé qu’il y avait une opportunité à saisir avec l’arrivée d’un nouveau président à Paris Ouest. C’est une première étape, tout reste à construire. Je rappelle que le président et le conseil avaient toute légitimité pour agir jusqu’à la fin de leur mandat. Et ceci d’autant plus que les élections au conseil ont donné une forte majorité à ma liste qui se situait clairement dans la continuité.

Personnellement, qu’attendez-vous du PRES Paris Lumière engagé avec Paris Ouest Nanterre ?

"Avec Nanterre, nos positions d’université de banlieue vu comme un territoire-laboratoire sont similaires"

Je pense qu’il y a un grand intérêt à travailler ensemble. Nous sommes deux grandes universités de SHS, avec peu ou prou la même histoire et une certaine ouverture aux questions contemporaines.  Nos positions d’université de banlieue vu comme un territoire-laboratoire sont également similaires et cela nous donnera plus de forces. Je compare le PRES à l’intercommunalité qui permet de mutualiser dans le bon sens du terme, par exemple sur la question du logement étudiant. En ce domaine, Nanterre dispose d’un patrimoine beaucoup plus étendu et se trouve en position de construire plus de logements. Inversement, à Paris 8, notre projet de Centre des arts en construction, qui comprendra une salle de spectacle et des ateliers de répétition musicale et de création artistique sera proposé au pot commun. Une dynamique s’est aussi engagée au plan de la recherche : les Labex de Paris 8 et Paris Ouest ont répondu en commun à un appel d’offres européen sur la question du patrimoine.

Est-il prévu d’élargir le périmètre du PRES à d’autres établissements ?

"Le PRES Paris-Lumière devrait être opérationnel en mars 2013"

Nos deux universités resteront les membres fondateurs mais plusieurs établissements sont demandeurs pour être membres associés. Il y a par exemple le centre Beaubourg ou les Archives nationales avec qui nous travaillons déjà. Beaubourg est par exemple partie prenante de notre Labex et l’on sent que ces institutions sont intéressées par un rapprochement avec les universités pour repenser leurs pratiques et se doter de projets scientifiques. La BNF s’est également montrée intéressée de même que l’école Louis-Lumière qui doit prochainement emménager à Saint-Denis. Si tout va bien, le décret ministériel devrait paraître en septembre 2012 et nous aurons ensuite six mois de travaux pour le règlement et la mise en place du PRES qui devrait être opérationnel en mars 2013.

Comment jugez-vous les événements de ces derniers mois et  l’intervention de la police suite à des manifestations contre le PRES? Paris 8 est-elle ingérable ?

Aucune université n’est facile à gérer dans un contexte de concurrence croissante et de contrainte budgétaire. Cela peut radicaliser les contradictions et déboucher sur des épisodes fatigants. Mais Pascal Binczak s’est donné les moyens de gérer l’établissement et de le transformer pour le bien de tous. Regardez par exemple le hall de l’université qui concentrait la misère humaine et a été transformé en espace d’exposition. Les Archives nationales s’installent à nos côtés dans quelques mois, et l’université est engagée dans des partenariats de qualité comme le campus Condorcet dont nous sommes membre fondateur ou comme le Labex "Arts et médiations humaines".

Geneviève Fioraso a annoncé le lancement des Assises de l’enseignement supérieur. Qu’en attendez-vous ?

Comme je l’ai dit, je partage ses priorités sur le premier cycle. Notre établissement est confronté aux problèmes des étudiants qui travaillent et ne disposent pas de tout le temps nécessaire pour étudier. Se pose la question de l’aide sociale et du logement qui me semble un chantier prioritaire à engager.  Je souhaite également un rééquilibrage des crédits en faveur des universités de sciences-humaines. Il faut dénoncer les effets pernicieux de la politique d’excellence qui a entraîné des déséquilibres territoriaux et  budgétaires. Enfin,  il faut revenir sur cette tyrannie de l’urgence qui pèse sur nous concernant une évaluation devenue notation. Les dispositifs d’évaluation et la rédaction de rapports dévorent la moitié du temps des chercheurs, au détriment de leur recherche.


Propos recueillis par Mathieu Oui | Publié le

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