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EdTech : les enseignants sont-ils en train de devenir des représentants de commerce ?

Hélène Labriet-Gross
Publié le
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Google for education au salon Bett
Une présentation de Google for Education au salon mondial des technologies éducatives Bett. // ©  Eric TSCHAEN/REA
REPÉRÉ DANS LA PRESSE AMÉRICAINE. Un article du "New York Times" paru le 2 septembre 2017 a suscité de violentes réactions dans le monde enseignant. Il évoque les relations ambiguës entre les professeurs et les entreprises des technologies de l'information qui mettent leurs produits à leur disposition.

Kayla Delzer est enseignante en CE2 dans le Dakota du Nord. Chaque jour, elle aide ses élèves à converser sur le compte Twitter de la classe, à poster des photos sur Instagram et à partager leurs créations sur la plateforme Seesaw. T-shirts, bons d'achat ou accès gratuit à des versions premium… Les entreprises de la Silicon Valley courtisent ces enseignants dont le cercle d'influence s'étend aux élèves et à leurs parents mais aussi aux collègues qu'ils peuvent former à ces nouvelles technologies.

Des start-up spécialisées dans l'éducation les recrutent comme ambassadeurs de leur marque. Certains sont envoyés aux frais de l'entreprise à des conférences d'enseignants au cours desquelles ils peuvent vanter les mérites de leurs sponsors et de leurs produits devant des milliers d'éducateurs. Les géants des technologies ont mis au point des projets qui leur sont destinés, comme les programmes Innovateur certifié de Google for Education, Apple Distinguished Educators et Microsoft Innovative Educator Expert : chaque année, quelques enseignants sont sélectionnés pour aider au développement de nouveaux outils éducatifs, une démarche présentée comme une opportunité de formation pour eux et non comme une opération marketing destinée à vendre de nouveaux produits.

Des enseignants qualifiés d'"entrepreneurs"

L'article du "New York Times" soulève les questions éthiques que suscitent ces relations privilégiées entre enseignants et entreprises des technologies de l'information. Et les réactions cinglantes sur Twitter ne se sont pas fait attendre.

Larry Cuban, professeur émérite d'éducation à Stanford, exprime quant à lui un point de vue modéré sur ce conflit d'intérêt potentiel entre, d'un côté, le grand capitalisme incarné par Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft, et de l'autre les enseignants censés agir pour le bien public. Citant des exemples remontant aux années 20, il rappelle que l'enseignement a progressé grâce à des professeurs ouverts à la nouveauté, les qualifiant mêmes d'"entrepreneurs" au même titre que les pionniers de la Silicon Valley. Selon lui, les liens entre enseignants et entreprises ont toujours existé, mais Internet et les réseaux sociaux les ont rendus beaucoup plus visibles.

Par ailleurs, peut-on reprocher aux professeurs de procurer de cette manière à leurs classes des outils technologiques que les fonds publics ne permettraient pas d'acquérir ? D'autant qu'ils doivent souvent payer de leur poche certaines fournitures scolaires : comme le rappelle le site Nibletz, ces dépenses représenteraient 600 dollars par an et par enseignant.


Hélène Labriet-Gross | Publié le

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Jean Frayssinhes.

Bonjour, Lorsqu'une entreprise créé une chaire dans une école ou une université, ce n'est pas par philanthropie, mais pour communiquer sur sa marque, ses produits. Lorsqu'une entreprise offre gratuitement aux écoles ou universités l'utilisation de ses logiciels, c'est dans l'espoir que les étudiants continueront à les utiliser en entreprise, après la fin de leurs études. Dans ces deux cas, le rapport est gagnant/gagnant: la structure enseignante et l'entreprise. Que des enseignants participent à la création et/ou développement de produits pédagogiques est plutôt positif ; grâce à eux, on peut espérer que les produits créés seront plus pertinents, plus efficaces, que s'ils étaient conçus par des non-enseignants. Rien de scandaleux dans tout cela. Stop aux faux débats. Bien Cordialement

Somarriba.

Je trouve cet article assez condescendant envers les professeurs. Le professeur qui accepte de tester un nouvel outil pédagogique en retire plusieurs avantages dont celui d’être un enseignant innovant, curieux, disposé à se remettre en question et ses méthodes. Si ces outils se révèlent intéressants et qu’il désire en parler lors de conférences diverses sur l’éducation, cet enseignant obtiendra une tribune qui peuvent lui ouvrir d’autres portes et contacts professionnels et personnels. Il s’agit il me semble d’un accord équilibré entre adultes consentants et non pas dans un rapport d’agresseur et de victime.

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