Emmanuel Zemmour (UNEF) à propos du baromètre d'image des universités : "les réformes n'ont pas été pensées pour les familles et les étudiants"

Propos recueillis par Emmanuel Vaillant
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Emmanuel Zemmour, étudiant de 25 ans en master d’économie à l’École Normale Supérieure de Paris, est président de l’ strong>UNEF, syndicat étudiant classé à gauche. Il réagit au strong>sondage Educpros/CampusCommunication/Ipsos qui interroge les Français sur leur perception de l’université.

D’après les résultats de notre sondage, la réforme de l’université engagée pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy est soit imperceptible, soit jugée insuffisante. Qu’en pensez-vous ?

D’abord je voudrais saluer le fait que c’est la première fois qu’il est demandé à la population, c'est-à-dire à des familles et des jeunes, de donner leur avis sur la réforme de l’université. Ce ne sont plus seulement les acteurs de l’université qui s’expriment. Et le constat, c’est l’invisibilité, c’est le sentiment que les réformes n’ont pas été pensées pour eux. Certes des choses ont changé mais dans une vision à courte vue, en répondant à des frustrations de présidents d’université, sans penser aux objectifs de l’enseignement supérieur, et certainement pas aux besoins des familles et des étudiants.

C’est sur l’insertion professionnelle que l’image de l’université est la plus négative. N’est-ce pas injuste alors même que l’université semble avoir fait des efforts importants dans ce domaine ?

Si cette image négative perdure c’est parce que les personnes interrogées regardent ce qui a changé pour eux. Or, le bilan est inquiétant. La part des étudiants issus de milieux populaires a diminué. L’université comme moyen pour les enfants d’ouvriers de devenir cadre n’est plus d’actualité. Il y a par ailleurs une déception du fait d’un chômage de masse. Or, on a raconté un peu tout et n’importe quoi sur le rôle de l’université en matière d’insertion, sur la professionnalisation des diplômes. Même s’il y a des points à améliorer, ce n’est pas l’université qui forme mal les étudiants. C’est plutôt le marché qui accueille mal les jeunes diplômés.

Ce sondage montre enfin qu’une majorité de Français (64 %) sont opposés à la sélection à l’entrée de l’université. Vous en êtes agréablement surpris ?

Ce résultat est très intéressant car il renverse une idée à la mode selon laquelle la sélection ou le malthusianisme universitaire favoriserait la qualité. Voyez le succès des IUT. Ils n’attirent pas parce qu’ils sont sélectifs mais parce qu’ils proposent un mode d’enseignement de proximité, un encadrement de qualité ou encore un nombre importants d’heures de formation. Il y a un double mouvement à engager : à la fois déployer les IUT qui doivent bénéficier plus largement aux bacs technos et aux bacs pros, et mettre en place une convergence pédagogique pour s’inspirer de ce qui marche dans ces filières IUT et le déployer dans les licences, avec par exemple un taux d’encadrement renforcé. Les étudiants n’attendent pas de l’université qu’elle sélectionne, juste qu’elle leur apporte une formation de qualité pour leur future vie professionnelle.


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