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Les universités face au défi de la sécurité sur les campus

Marine Miller
Publié le
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Une circulaire de décembre 2015 précise les dispositifs de sécurité que doivent mettre en place les universités.
Une circulaire de décembre 2015 précise les dispositifs de sécurité que doivent mettre en place les universités. // ©  Pascal SITTLER/REA

Un an après Charlie et deux mois après les attentats du 13 novembre, les universités se sont adaptées aux exigences sécuritaires de l'État. Contrôles à l'entrée, vidéosurveillance et audit avec la préfecture de Police, les mesures sont nombreuses et coûteuses, ce qui pose la question de leur pérennité.

Comme sur de nombreux campus en France, pour entrer à l'université de Nîmes, il faut montrer son sac et sa carte d'étudiant ou d'identité depuis les attaques du 13 novembre 2015. "Les étudiants, les professeurs, les intervenants extérieurs, les personnels administratifs, tout le monde s'est habitué très rapidement à ce dispositif et personne ne le conteste", raconte Emmanuel Roux, le président de l'université, qui précise que les mesures seront "maintenues jusqu'à nouvel ordre de l'État".

Filtrage, rondes, et vidéosurveillance

Au lendemain des attentats de Paris, les universités ont dû renforcer la sécurité de leurs accès aux campus. "Il y a eu un filtrage effectif pendant les trois semaines suivant les attentats. Nous avons réduit le nombre d'accès à l'université, et engagé une société de gardiennage pour contrôler les sacs et les cartes d'étudiants", explique François Germinet, président de l'université de Cergy.

À Montpellier 3, les mesures sont sensiblement les mêmes, "avec un dispositif renforcé pour la fac de sciences, étant donné le matériel dont elle dispose", précise Yann Bisiou, vice-président du conseil d'administration de l'université Montpellier 3, qui a également amplifié les rondes des personnels de sécurité sur le campus.

"Nous avons d'abord suivi les directives du ministère de l'Éducation nationale avant de recevoir une circulaire du secrétariat d'État à l'Enseignement supérieur début décembre", raconte de son côté le président de l'université gardoise. Quelques jours après les attentats, le ministère a en effet publié une circulaire adaptée aux besoins de l'enseignement supérieur. Discuté avec la CPU, la CGE et la Cdefi, ce texte rappelle les mesures liées à l'état d'urgence et au plan Vigipirate. "La circulaire oblige les établissements à faire un audit de sécurité en lien avec les forces de police d'ici à la fin du mois de février", précise-t-on Rue Descartes.

Liens permanents avec les forces de police

Du côté des personnels aussi, la demande de sécurité est forte. "J'ai reçu de nombreux mails de la part de collègues réclamant plus de sécurité et de surveillance sur le campus de l'université. Certains se sont émus de ne pas être fouillés lors de leur entrée au parking. Ce qui, provenant de certains universitaires, est un réel changement de paradigme", indique Danielle Tartakowsky, présidente de l'université Paris 8, située à Saint-Denis. Un besoin constaté également par le ministère : "traditionnellement, les chefs d'établissement sont opposés à la vidéosurveillance, aujourd'hui, c'est une demande qui nous parvient de plus en plus."

Pour la présidente de Paris 8, les liens entre les universités et la police ne sont pas nouveaux. "Nous sommes habitués à travailler ensemble étant donné les problèmes de sécurité que nous avons rencontrés sur le campus à Saint-Denis". À Nîmes, Emmanuel Roux a déjà reçu l'ancien préfet à l'université et doit rencontrer le nouveau dans les jours à venir. "Les universités de territoire sont très souvent en lien avec les préfectures, ce n'est pas un choc pour nous. On nous a même demandé de signaler à la préfecture les refus de contrôles et les comportements suspects d'étudiants", ajoute le président de l'université de Nîmes.

Je ne suis pas pour barricader les universités. Elles ne doivent pas devenir des forteresses. On ne peut pas vivre dans le tout sécuritaire en redoutant le prochain attentat.
(F. Germinet)

Ne pas vivre dans la hantise d'un prochain attentat

Pourtant, le niveau de sécurité pose question à plusieurs égards. Si le filtrage a été strict les jours qui ont suivi les attentats, pour certaines universités, maintenir un tel niveau de sécurité semble inaccessible et pas forcément souhaitable. "Je ne suis pas pour barricader les universités. Elles ne doivent pas devenir des forteresses. On ne peut pas vivre dans le tout sécuritaire, en redoutant le prochain attentat", estime François Germinet. Selon lui, il faut développer la vigilance collective.

D'ici quelques mois, le ministère devrait mettre en place des formations à la gestion de crise dans les équipes présidentielles. Selon le cabinet de Thierry Mandon " il faut être prêt, mais il n'est pas souhaitable de vivre dans la peur et dans la hantise d'un nouvel attentat. Le niveau de sécurité dépendra de la situation nationale. On ne pourra pas vivre dans un régime d'exception permanent".

une aide du ministère insuffisante

D'autant que ces dispositifs ont un coût certain pour les facs. Pour Montpellier 3, qui vient de retrouver la stabilité après trois années de déficit, un tel dispositif de sécurité peut s'avérer lourd à financer. À Saint-Denis, le budget fléché sur la sécurité est actuellement de 750.000 euros. "Si l'on pérennise les mesures, la facture pourrait monter jusqu'à 1,35 million d'euros par an. Cet argent, c'est de l'argent qu'on ne met pas ailleurs sur la formation ou sur la recherche", reconnaît la présidente de Paris 8.

Une enveloppe de 6 millions euros a été débloquée en toute fin d'année pour la sécurité des 70 universités. Une somme jugée insuffisante par certains présidents de facs...

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Marine Miller | Publié le

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