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Inexo : une usine-école pour apprendre à mieux manager

Sylvie Lecherbonnier
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Inaugurée en 2009, l’usine-école Inexo, implantée à l’ECAM Lyon, atteint peu à peu sa vitesse de croisière. Ses objectifs : moderniser les méthodes d’enseignement dans le domaine de la production et sensibiliser étudiants et professionnels à de nouvelles pratiques managériales. Retour sur cette innovation pédagogique.

Quand on pénètre dans l’Institut de l’excellence opérationnelle (Inexo), le vaste hangar n’a rien d’impressionnant. Pas de machines d’envergure ou de technologies de pointe. De grands tableaux, des rayonnages, des outils, des pièces et, dans le fond de l’usine-école, une fraiseuse et quelques machines. La première impression est presque décevante. Mais c’est normal, l’essentiel est ailleurs.

Diffuser les pratiques du « lean management »

Inaugurée par la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, en novembre 2009, Inexo, encore unique en son genre, a pour but d’initier étudiants et professionnels aux principes du lean management. Ces pratiques inspirées des méthodes de management de l’entreprise japonaise Toyota proposent une démarche systémique de l’amélioration des performances par la formation à la résolution des problèmes à tous les niveaux hiérarchiques. « La France est très en retard dans la prise en compte pédagogique de ces principes de l’excellence opérationnelle », assure Didier Desplanche, le directeur de l’ECAM. La création de cette plate-forme de 500 m2 a pour but d’y remédier et de moderniser l’image de la production en France.

Inexo fait partie du plan « Qualité et performance 2010 » lancé par le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie pour redynamiser le tissu industriel français. L’État y a investi 300.000 €, le FEDER (Fonds européen de développement économique et régional) 200.000, et l’ECAM 500.000. Implantée au cœur de l’ECAM Lyon, elle est aussi utilisée par l’École des mines de Saint-Étienne, Centrale Lyon, le centre de Cluny d’Arts-et-Métiers ParisTech et une trentaine d’entreprises par an dans le cadre de la formation continue.

Un atelier d’assemblage reconstitué

Cet après-midi de juin, Nicolas, Yohann, Thibault, Sergio et Gwenhaël, tous étudiants du mastère spécialisé « lean management et amélioration continue » en formation initiale ou continue, sont venus faire une démonstration du fonctionnement de la plate-forme. Une fois leurs blouses enfilées, les cinq ingénieurs ne sont plus à l’école, mais dans un atelier d’assemblage d’horloges reconstitué. Nicolas, Yohann et Thibault prennent les rôles des opérateurs. Le premier prépare l’horloge, le deuxième fixe le mécanisme, le troisième ferme le boîtier. Aujourd’hui dans la peau du cariste, Sergio approvisionne les opérateurs en matériel, tandis que Gwenhaël, en tant que manager, supervise. Leurs enseignants restent en retrait pendant toute cette phase de jeu de rôles et observent.

Aujourd’hui, l’organisation est simple, la production se déroule dans la fluidité sans anicroche. Au bout d’un quart d’heure, le manager du jour, Gwenhaël, décide de faire le point. Il réunit toute l’équipe autour d’un tableau pour identifier les problèmes détectés et leur trouver des solutions. Premier point : au moins une aiguille de l’horloge a été cassée lors de son montage. Après discussion, il s’avère qu’au lieu de le faire à la main, il faudrait utiliser un outil. L’équipe se dit qu’elle adoptera ce fonctionnement la prochaine fois. Suivant la configuration de la plate-forme, les problèmes à résoudre sont plus ou moins simples. « C’est tout l’intérêt d’une telle structure modulaire, nous pouvons simuler des situations différentes », explique Jean-Louis Arosio, responsable du département génie industriel à l’ECAM.

Obliger les ingénieurs à « descendre sur le terrain » des opérateurs


En formation continue au sein du mastère, Sergio se souvient de la première fois qu’il a utilisé la plate-forme en tant qu’opérateur : « Nous avions beau être tous des ingénieurs, nous n’arrivions pas à faire fonctionner la ligne de production, car nous n’avions pas le recul suffisant et une vision globale. Se mettre à la place de l’opérateur est très formateur. Cela nous fait prendre conscience que l’opérateur voit des choses que le manager ne peut pas voir et qu’il faut l’associer à nos décisions. » Et Nicolas de compléter : « En temps normal, le manager réfléchit tout seul dans son coin. Là, le lean nous oblige à descendre sur le terrain. » Thibault partage cet avis : « Le lean permet de prendre du recul et opère un changement de mentalités. »

Prendre en compte l’avis de l’opérateur… Une évidence pourtant peu répandue dans les usines. « C’est tout l’atout du lean management, estime Zahir Messaoudène, enseignant-chercheur et responsable du mastère spécialisé lean management. Il remet l’humain au cœur du dispositif et offre une vision globale de l’entreprise. »

Une nouvelle brique pédagogique

Les enseignants sont plus que convaincus des bienfaits du lean management et de l’atout d’Inexo pour diffuser ces pratiques. « La plate-forme ne remplace ni les cours, ni les travaux pratiques, ni les projets, ni les stages, complète Jean-Louis Arosio. Elle apporte une nouvelle brique pédagogique. Nous mettons les étudiants au plus près des conditions réelles. Nous leur donnons par exemple des objectifs infaisables pour les mettre dans des conditions de stress qu’ils pourront retrouver en entreprise. Cette mise en situation quasi réelle crée une différence psychologique de taille. Les étudiants ne peuvent pas nous dire “mais cela ne se passe pas comme ça dans la vraie vie”. »

Pour Zahir Messaoudène, pas de doute : « Le lean mise sur l’intelligence collective et conduit à plus de bien-être dans l’entreprise. Il faut donc réussir à convaincre ces futurs managers de mettre en œuvre ces pratiques au sein de leur entreprise. » Charge à eux ensuite de convaincre leurs entreprises de recourir à ces pratiques. Vaste défi…





Inexo fera-t-elle des émules ?

Au moment de la mise au point du plan « Qualité et performance 2010 » d’amélioration de la performance des entreprises, le ministère de l’Industrie avait prévu d’ouvrir des usines-écoles sur le modèle d’Inexo dans quatre autres régions : Nord, Est, Ouest/Centre et Paris-Île-de-France, Inexo couvrant la région Sud-Est.
Aujourd’hui, seuls l’ECAM Strasbourg-Europe et l’IFMA (Institut français de mécanique avancée) à Clermont-Ferrand seraient sur les rangs pour se doter d’une telle infrastructure.


Sylvie Lecherbonnier | Publié le

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Nicolas.

Pas bête cette école