La Singularity University, le progrès à tout prix

Olivier Monod
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Un participant au programme de formation de la Singularity University (Etats-Unis)
Un participant au programme de formation de la Singularity University (Etats-Unis) // ©  Kim Kulish / R.E.A
Fondée par les millionnaires de la Silicon Valley, la Singularity University initie les cadres du monde entier aux technologies de demain à travers des formations très coûteuses. Controversé, l'établissement est venu prêcher la bonne parole en Europe lors de son deuxième sommet à Amsterdam, les 19 et 20 novembre 2014.

Plus de 500 cadres d'entreprises européennes mais aussi des représentants d'HEC et de l'Université catholique de Lille ont payé 2.000 euros pour assister au deuxième sommet européen de la Singularity University, les 19 et 20 novembre 2014, à Amsterdam (Pays-Bas). Sur scène, les conférenciers parlent robotique, biotechnologie, technologie exponentielle, disruption... Raymond McCauley se fait même implanter en live une puce RFID (Radio Frequency Identification) dans la main.

Lancée en 2008 par plusieurs millionnaires de la Silicon Valley, la Singularity University s'est imposée comme l'interlocutrice incontournable pour connaître les technologies de demain, naviguer près des zones d’invention et se tenir en alerte sur les nouveaux marchés. Pour autant, la Singularity University n’est pas une université. Elle n'a pas de laboratoire de recherche à proprement parler et ne délivre pas de diplôme au sens propre. Elle propose des programmes de formation vendus des dizaines de milliers de dollars à des entrepreneurs ou des cadres dirigeants sur son campus hébergé par la NASA et disposant d'équipements de pointe.

Surtout, elle prêche une foi totale en la technologie qui réglera tous les problèmes du monde, un droit absolu de l’individu à agir sur son corps et un enthousiasme béat devant la capacité de l’homme à modifier le vivant – quitte à aller jusqu’à l’eugénisme sans cligner des yeux. Parfois considérée comme une secte, la Singularity University séduit cependant par ses ambitions et par sa capacité à mobiliser des fonds.

Le transfert de technologie pour ADN

Si la France cherche à améliorer le transfert technologique entre la recherche et l’industrie, à l’aide de SATT, Instituts Carnot, et autres structures institutionnelles, la Singularity University mise sur la compétition et l'argent. Pour attirer des candidats à son “ Graduate Studies Program”, un programme de développement de start-up de 10 semaines, elle a mis en place des concours par pays, les “Global Impact Competitions”, pour tout entrepreneur dont "l’idée peut impacter positivement un million de personnes". En 2014, ce programme, qui coûte 30.000 dollars si on ne trouve pas de bourse, a accueilli 80 personnes de 34 pays différents.

Le cofondateur de Singularity University, Peter Diamandis, propose également, à travers sa fondation XPrize, des récompenses mirobolantes pour qui présentera une solution aux "grands challenges" de l’humanité. Ainsi, deux millions de dollars sont promis à ceux qui arriveront à créer des pHmètres fiables, précis et utilisables pour comprendre l’acidification des océans. 15 millions de dollars sont aussi débloqués pour les équipes répondant au “global learning prize”. L’enjeu est de développer un logiciel open source qui permettra aux enfants des pays en développement d’apprendre par eux-mêmes à lire, écrire, compter.

Pour atteindre ses ambitions, la Singularity University s'appuie sur des groupes comme Google, Nokia ou encore Genentech, cofondateurs du projet, qui apportent leurs fonds et leurs expertises. Les voitures sans chauffeur, les imprimantes 3D, la réalité augmentée... l'établissement se situe au cœur de cet écosystème créatif dont chaque nouvelle application secoue un pan entier de l’économie traditionnelle. Le futur proche ne s’invente pas nécessairement en son sein, mais la SU et ses fondateurs seront certainement parmi les premiers à en tirer profit.


Olivier Monod | Publié le