Laurent Wauquiez : «En mettant l'accent sur les étudiants étrangers à fort potentiel, le souhait est d'empêcher le "dumping social" sur nos emplois»

Propos recueillis par Franck Dorge
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Laurent Wauquiez
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Laurent Wauquiez fait sa rentrée sur Educpros. A cette occasion, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche annonce la mise en place de la banque des stages et revient sur la circulaire sur les étudiants étrangers ainsi que sur les relations entre les universités et les collectivités territoriales.


Vous avez annoncé lors de votre conférence de rentrée la création d’une banque des stages. Quel est l’objectif de ce projet ?

Lorsque j’étais Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi j’avais fait le constat que les étudiants ayant effectué un stage long ou une formation par apprentissage avait deux fois plus de chances que les autres de trouver un emploi. Les entreprises sont attentives à cette expérience au cours du cursus. Cela participe pour les étudiants à leur connaissance du monde économique et par la suite à leur intégration à ce dernier.
Aujourd’hui, 30% des étudiants effectuent un stage. Ils sont 63% sortant d’un master à en avoir fait un. L’objectif est que 50% des étudiants en ait fait un.

Comment allez-vous procéder pour le mettre en œuvre ?
Ce projet est réalisé en partenariat avec l’ONISEP et les universités. L’idée est d’ouvrir un portail internet qui permette aux étudiants d’être informés sur les offres de stages dans leur région mais également au niveau national. En créant cette banque de stages les établissements mettent en commun les offres de stages qu’ils reçoivent pour permettre au plus grand nombre de s’en saisir.

« L’objectif est que 50% des étudiants effectue un stage au cours de leur scolarité contre 30 % aujourd'hui »

Quand ouvrira le site internet de la banque des stages et quelles sont les universités partenaires ?
Une version test du site sera accessible dès fin janvier 2012. Les premières universités partenaires sont celles de Saint-Etienne, de Montpellier 3, d’Aix-Marseille, d’Amiens et de Paris-Est Créteil.

Des écoles du supérieur participeront-elles également à cette initiative ?
Oui, bien sûr. Mais il m’a semblé important symboliquement de faire porter le dispositif par les universités. Ce sont les étudiants de celles-ci qui sont les plus nombreux et pour lesquels ce type de dispositifs est plus récent.

CIRCULAIRE ETUDIANTS ETRANGERS

Vous avez, avec Claude Guéant (Ministre de l’Intérieur et de l’Immigration) et Xavier Bertrand (Ministre du Travail), décidé d’assouplir la délivrance du permis de travail pour les étudiants étrangers à « haut potentiel» par une circulaire complémentaire. Quelles sont ces principaux changements ?

La circulaire complémentaire que nous avons élaborée est positive, alors que la circulaire initiale était restrictive. Elle donne la possibilité d’effectuer une recherche d’emploi pendant 6 mois et d’avoir une expérience professionnelle sur le territoire français jusqu’à un an et demi après la fin de ses études. Par ailleurs, elle pointe un certain nombre de cas précis qui sont pris en compte dans la délivrance du permis de travail : prise en charge de la scolarité par une entreprise française, séjour effectué dans le cadre d’une coopération interuniversitaire, niveau d’excellence de l’étudiant… A ce titre, elle répond davantage aux besoins qui nous ont été remontés.

« La circulaire complémentaire que nous avons élaborée est positive, alors que la circulaire initiale était restrictive. »


Pourquoi circonscrire cette mesure aux étudiants étrangers « d’un niveau au moins égal au master 2 » ?

La France investit chaque année dans la formation d’étudiants étrangers en leur offrant des enseignements de haut niveau pour qu’ils aient les meilleures chances de réussir leur vie professionnelle.
Le nombre d’étudiants étrangers est en augmentation constante. En 2011/2012, les étudiants sont 23% plus nombreux qu’en 2010/2011 à pouvoir travailler après leurs études. Il n’y a donc pas de fermeture. La France a aussi fait le choix, à l’instar d’autres pays, de maîtriser son immigration. En mettant l’accent sur les étudiants à fort potentiel, ayant un niveau au moins égale en master 2, le souhait est aussi d’empêcher le « dumping social » sur nos emplois.


« UNIVERSITES ET TERRITOIRES »

Problèmes budgétaires, échec aux initiatives d’avenir, les universités se tournent chaque jour davantage vers les collectivités territoriales. Quel regard portez-vous sur les relations entre les universités et les collectivités territoriales depuis le passage à l’autonomie?

L’Etat n’a jamais autant investi dans les universités qu’au cours de ces quatre dernières années et ce depuis trente ans. Maintenant, bien que l’enseignement supérieur soit préservé nous ne sommes pas sur la planète Mars ! Notre pays traverse une crise difficile et tous les secteurs d’activité sont touchés. Le Ministère doit poursuivre ses financements et accompagner les universités dans le passage à l’autonomie tout en évitant les gaspillages.
Si grâce au passage à l’autonomie les coopérations entre universités et collectivités sont meilleures, tant mieux ! Si les universités doivent se préoccuper de leur territoire, elles ne doivent pas se refermer sur lui. Elles représentent la République et sont garantes de l’intérêt général. A ce titre, elles ont un rôle national qui dépasse l’intérêt local des collectivités.

« L’enseignement supérieur est préservé mais nous ne sommes pas sur la planète Mars ! »


Dans votre ouvrage La Lutte des classes moyennes vous dites que les étudiants doivent « aller chercher la bonne formation au bon endroit, et c’est rarement une formation proche de chez soi. » Est-ce une critique des « universités de proximité » ?

Pour moi, il n’y a pas d’université de proximité au sens restrictif du terme. Chaque université à ses filières d’excellence et doit trouver sa place dans l’offre nationale de formation. Ce que j’indique dans mon livre, c’est qu’il ne faut pas que les étudiants sacrifient aux contraintes immédiates le choix de leur établissement. Je souhaite qu’ils puissent appréhender au mieux l’offre de formation existante et qu’ils aient les moyens de choisir leur établissement en dépit des contraintes financières de leurs familles. Aujourd’hui, on sait que c’est en grande partie de la connaissance du système d’enseignement supérieur que dépend le devenir professionnel des étudiants.

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Le billet de Stéphan Bourcieu : French Paradox, la deuxième lame
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