Le redoublement remis en question à l’université de Perpignan

Simon Challier
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Université de Perpignan
Université de Perpignan // ©  U. Perpignan
À Perpignan, l’université a décidé de mettre sous condition le redoublement en première année. En effet, les étudiants ayant obtenu moins de 6/20 à leurs partiels ne pourront pas redoubler dans la même filière.

Le 23 mai 2014, le conseil administratif de l’université de Perpignan a adopté à l’unanimité la mise en œuvre d’une mesure de restriction au redoublement. Les élèves des filières à capacité limitée que sont la sociologie, les STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), l'AES (Administration économique et sociale) ainsi que l'IAE (Institut d'administration des entreprises) ne pourront pas redoubler dans la même filière s'ils obtiennent moins de 6/20.

"Ce sont des filières à capacité limitée. Nous avons un flux incontrôlé de redoublants, ce qui restreint l’entrée des nouveaux bacheliers et pénalise ceux qui veulent s'investir", souligne Pascale Amiot, vice-présidente de l’université. De fait, les chiffres de l'établissement montrent des taux d'échec relativement élevés : 73 % en sociologie en 2012-2013 (120 étudiants sur 164) et 79 % en AES (103 sur 130). Dans les deux cas, 19 étudiants avaient moins de 6/20, ce qui ne représente finalement qu'1 % des effectifs.

Au total, sur les 600 étudiants des quatre filières, 56 seraient concernés par cette mesure d'ampleur, somme toute, assez réduite, et qui serait "expérimentale". En outre, la restriction ne sera appliquée qu'après un examen individuel des situations par un jury, précise l'université qui souhaite la faire entrer en vigueur dès juin 2014, de manière à pouvoir en calculer l’impact en décembre. Ce dont elle a informé le rectorat.

Opposition politique de l'Unef

Du côté des syndicats étudiants, l'Unef condamne cette disposition en brandissant "le droit au redoublement". Celui-ci est "fixé au niveau national, une telle mesure n'est pas légale", insiste Thomas Le Ster, vice-président étudiant de l'université et responsable de l'Unef Perpignan. Il assure que le syndicat déposera un recours devant le ministère de l'Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, s’il n’obtient pas gain de cause devant le rectorat. Tout en reconnaissant, cependant, que les universités font face à "des difficultés financières importantes, des problèmes d’encadrement qu’on ne peut pas mettre de côté. Mais nous sommes contre l’idéologie qu'une restriction du redoublement peut véhiculer".

Et de citer plutôt l’exemple du système ABRI (Accompagnement, bilan, réorientation et insertion professionnelle) mis en place à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines comme alternative à ce type de mesure. Ce dispositif d'entretien téléphonique permet à l’étudiant de faire le point après un échec en L1 ou L2 de manière à évaluer ses besoins d'accompagnement ou d'envisager un changement de cursus.

Interpeller le ministère

"On a mis au jour un problème de fond. Si le ministère dit non à cette mesure, alors nous la retirerons", tempère Pascale Amiot. De fait, cette problématique se pose aussi pour d'autres universités, notamment celle de Montpellier 3 Paul-Valéry où, d'après la présidente Anne Fraïsse, quelque 750 étudiants sur les 5.000 que compte l'établissement ont obtenu entre 0 et 2 aux partiels en 2012-2013. Une proportion assez stable d'année en année.

"La loi est assez floue, nous voulons que le ministère prenne position sur cette question", insiste la responsable qui condamne une certaine "lâcheté" des instances : "ce n’est pas à l’université de masquer le taux de chômage des jeunes ou de régler des problèmes qui ne sont pas les nôtres. Certaines personnes sont là pour avoir une carte d’étudiant, avec peut-être de très bonnes raisons, mais ce n’est pas à nous de gérer ça. C’est un problème national, martèle-t-elle, et le ministère s’en lave les mains en disant 'débrouillez-vous' !". Pour sa part, l’université  Paul-Valéry envisage de mettre fin à la réinscription automatique sur Internet. Avec le redoublement, le sujet doit être abordé le 10 juin 2014 lors du prochain conseil d'administration.


Simon Challier | Publié le

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