Gilles Roussel (CPU) : "Sur les ESPÉ, les ministères ne sont pas dirigistes"

Olivier Monod
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Gilles Roussel
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Elles ne sont pas encore créées qu'elles font déjà beaucoup parler d'elles. Les futures ESPÉ (Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation) sont en train de se mettre en place dans les académies et poussent les universités à la coopération. Gilles Roussel, président de la commission de la formation et insertion professionnelle et président de l'université Paris Est Marne-la-Vallée, revient sur les points difficiles de l'application de la future loi.

Récemment, une note des ministères de l’Enseignement supérieur et de l’Education nationale a entrainé beaucoup de réactions. Le mot ESPÉ n’était plus mentionné et la mise en œuvre des masters MEEF (Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation) semblait passer sous la coupe des universités. Est-ce le résultat d’un lobbying de la CPU ? Doit-on y voir une prise de pouvoir des présidents d’université sur les futurs ESPÉ ?

Non, je crois qu’il s’agit d’un épiphénomène. Nous travaillons régulièrement avec le ministère mais nous ne faisons pas de lobbying et nous n’étions pas au courant de cette note. Ceci dit, il ne faut pas perdre de vue que les ESPÉ sont des composantes d’une université ou d’un PRES. La force des réactions montre surtout la sensibilité quelquefois à fleur de peau des différentes parties prenantes.

En effet, la mise en place des ESPÉ fait débat et entraîne de fortes réticences dans certaines académies.

Il y a plusieurs difficultés. Pour commencer, nous attendons toujours les textes concernant les maquettes, les mentions et les parcours types. Cette incertitude est source d'inquiétude. Ensuite, les ministères poussent à la coopération sans être trop dirigistes. Il s’agit d’une attitude nouvelle, cela peut déstabiliser. Chaque territoire doit se regrouper et être force de proposition. Cela prend du temps.

Vous parlez de coopération mais la composition des groupes de travail sur les ESPÉ ne rassemble pas tous les partenaires.

Il fallait des équipes resserrées pour avancer dans le temps imparti. Ce sont des équipes projet dans lesquels les présidents d’université ont nommé des personnes représentatives. Le problème vient plutôt du fait que, à cause du calendrier resserré, nous avons du mal à associer l’ensemble de la communauté et que les informations se diffusent lentement.

Quelle est, pour vous, l’avancée essentielle des ESPÉ ?

Les maquettes identiques pour toutes les disciplines. Il va devenir possible de mutualiser les matières transversales. Cela permettra à des étudiants de différentes disciplines de se rencontrer. Et dans une grande académie, cela permettra de rationaliser les déplacements des professeurs sur les antennes. Les ESPÉ vont pouvoir créer une communauté grâce à ce mouvement de regroupement qui va créer des occasions de rencontres. 

Le Snesup appelle à bloquer la réforme
Dans un communiqué du 12 avril 2013, le Snesup dénonce une "ouverture irréaliste des ESPÉ au 1er septembre 2013". Le syndicat appelle donc à "bloquer le processus d'accréditation". Il dénonce notamment "que dans certaines académies (Bordeaux, Corse, Lille, Lyon, Nantes, Toulouse, Versailles), la mise en œuvre de l'ESPÉ rencontre des difficultés telles, selon le MEN et MESR, que les ministères ont élaboré des "fiches d'accompagnement" avant d'organiser "très rapidement" une réunion de travail".
Retrouvez les pré-projets d'accréditation sur le site du SNESUP

Olivier Monod | Publié le