Newsletter

Liens lycée-université : le pavé dans la mare des députés

Isabelle Dautresme
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Pour améliorer les liens lycées-universités, une mission parlementaire préconise une réforme du bac.
Pour améliorer les liens lycées-universités, une mission parlementaire préconise une réforme du bac. // ©  Nicolas Tavernier / R.E.A

Réforme du bac, refonte du processus d'orientation, tests à l'entrée à l'université... Le rapport de la mission d’information parlementaire sur les liens entre le lycée et l’enseignement supérieur, rendu public le 8 juillet 2015, veut faire bouger les lignes.

"Le lycée n'offre pas à tous les jeunes les armes nécessaires pour réussir de manière égale dans l'enseignement supérieur", a rappelé le député Émeric Bréhier, lors de la présentation de l'ambitieux rapport sur les liens entre le lycée et l'université à la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, mercredi 8 juillet 2015.

Pour Émeric Bréhier, "passer de la massification de l'enseignement supérieur à la démocratisation" nécessite d'abord de revoir l'organisation du lycée. Il propose de remplacer les filières jugées "trop tubulaires" par un socle commun composé de quelques matières, complétées d'options.

Le bac, lui aussi, doit être repensé. Seules les matières fondamentales doivent faire l'objet d'une épreuve finale avec instauration d'un seuil éliminatoire.

Refonte du processus d'orientation

Parmi les 33 recommandations que compte le rapport, 12 portent sur la question de l'orientation. Outre un bilan de "la mise en place du service public régional de l'orientation", le rapporteur préconise l'instauration de conseils d'orientation lycée-enseignement supérieur dans chaque lycée.

Composés de représentants des équipes pédagogiques des lycées et de représentants des principales formations publiques du supérieur (universités, BTS, IUT, CPGE...), ces conseils se prononceraient "sur les vœux d'orientation émis par les élèves de classe de terminale" à qui il serait demandé, en outre, de motiver leur premier vœu. Ces conseils d'orientation auraient vocation à "alerter" le lycéen quand le choix d'orientation est jugé peu réaliste.

Concernant la sélection à l'entrée à l'université, le rapporteur y est franchement opposé. Il se dit défavorable au "mouvement de multiplication des licences sélectives". Il  souhaite l'endiguer en limitant la sélection sur dossier à "des formations qui exigent des prérequis indispensables ou lorsque les parcours sélectifs sont associés à des parcours de même mention non sélectifs", et qu'il y a la possibilité pour un étudiant de passer de l'un à l'autre.

L'enseignement supérieur doit s'adapter aux étudiants tels qu'ils sont et non pas tels qu'il rêve qu'ils soient.
(E. Bréhier)

Les Espé formateurs des enseignants-chercheurs

Selon Émeric Bréhier, "l'enseignement supérieur doit s'adapter aux étudiants tels qu'ils sont et non pas tels qu'il rêve qu'ils soient". Le cours magistral en licence doit ainsi laisser la place "à une logique d'apprentissage fondée sur les acquis des étudiants". D'où l'idée d'encourager la pédagogie par projet mais aussi la mise en place de dispositifs personnalisés de rattrapage ou de tutorat.

Outre une systématisation de la formation des enseignants du secondaire aux pratiques d'accompagnement personnalisé dans le cadre des Espé (Écoles supérieures du professorat et de l'éducation), le rapport préconise que ces dernières forment également les enseignants-chercheurs.

Il encourage, par ailleurs, les universités à récompenser financièrement et en termes de progression de carrière les enseignants les plus innovants et les plus impliqués. Pour permettre une meilleure transition entre le lycée et l'enseignement supérieur, le rapport prône ainsi la valorisation des échanges de services entre enseignants du secondaire et du supérieur. Un bon moyen de "faire émerger une culture commune de l'enseignement du cycle bac-3/bac+3".

Quant aux universités les plus performantes d'un point de vue pédagogique, elles doivent pouvoir bénéficier davantage de moyens.

Ce rapport a été approuvé par les parlementaires de la commission des affaires culturelles et de l'éducation. Et le député Patrick Bloche de conclure : "Il ne reste plus qu'à espérer que ce travail ambitieux fasse l'objet d'une traduction législative prochaine et soit expérimenté." Un vœu pieux ?


Isabelle Dautresme | Publié le

Vos commentaires (4)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Olivier Ridoux.

« Selon Émeric Bréhier, "l'enseignement supérieur doit s'adapter aux étudiants tels qu'ils sont et non pas tels qu'il rêve qu'ils soient" ». Se laisser conduire par ce seul mantra c'est vraiment le vide la pensée, mais garantit sans doute le meilleur accueil au Café du Commerce ou à la Buvette de l'Assemblée. On pourrait inventer d'autres mantras, tous aussi vide pris isolément, comme "l'enseignement supérieur doit s'adapter aux moyens tels qu'ils sont et non pas tels qu'il rêve qu'ils soient" ou encore "l'enseignement supérieur doit s'adapter aux attentes de la société tels qu'elles sont et non pas tels qu'il rêve qu'elles soient", qui garantissent aussi le meilleur accueil à la Buvette, mais sans doute pas à la même table. Les choses ne deviennent intéressantes, et l'attitude responsable, que lorsque l'on considère plusieurs de ces mantras simultanément, et qu'on propose des solutions concrètes évaluées par rapport à ces objectifs. Il est clair qu'il est impossible de les atteindre tous simultanément, mais c'est justement dans la nature du compromis que réside l'essence d'une politique.

Zeb.

Encore quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds dans une université et qui sait tout de la situation des universités et des étudiants!

Sirius.

Un petit pavé dans une grande mare. Ce rapport escamote les vrais débats sur la sélection et/ou une orientation contraignante en se prononçant contre toute sélection et en proposant de créer de lourdes procédures d'orientation sans pouvoir réel. Il préconise de vertueuses procédures d'accompagnement individualisé des étudiants en licence, sans jamais évoquer les moyens d'encadrement nécessaires à une telle tâche. Il propose globalement d'adapter l'enseignement supérieur au niveau des bacheliers, quels qu'ils soient ce qui est le plus sur moyen d'abaisser le niveau. Avec de tels défenseurs de l'université, les grandes écoles n'ont pas de soucis à se faire.

Ricercar.

Merci, vous avez tout dit. Dans l'université où j'enseigne, les étudiants titulaires d'un bac pro échouent à 98% dès l'année de L1 (je n'exagère rien, ce sont les statistiques officielles de l'établissement). Que vaut réellement leur baccalauréat, puisqu'ils sont refusés partout ailleurs (y compris dans les filières qui leur sont normalement destinées) et n'ont manifestement pas le niveau pour suivre un cursus général ? Arrêtons de MENTIR aux jeunes, le plus tôt sera le mieux.

Gérald FRANCOIS.

L'enseignement supérieur doit s'adapter aux étudiants tels qu'ils sont et non pas tels qu'il rêve qu'ils soient. (E. BREHIER). Deux remarques rapides : 1) Merci à ces grands penseurs d'indiquer ainsi aussi clairement leur volonté que d'aligner sur le bas les exigences et modalités d'enseignement. En complète contradiction avec les exigences de qualité 2) Les pressions budgétaires s'exerçant sur les universités, la réduction des heures, la volonté de massification des enseignements vient en complète contradiction la encore avec ce qui est affiché. Il serait temps que l'on même une mission combinant Universités et Grandes Ecoles pour réformer les politiques qui s'expriment à tord et à travers au travers d'injonction paradoxales permanentes.

Gervasoni Quentin.

Je me demande si vous êtes réellement confronté à la réalité de l'enseignement. Ce que vous semblez proposer ne fera que creuser les inégalités, or nous n'avons aucun soucis quand il s'agit de produire des grands esprits, ce sont tous les gens "moyens" qui ont des problèmes, et tous ces gens en souffriront, tandis que les bons resteront bons.

Gérald FRANCOIS.

@quentin, je pense que l'ironie vous a quelque peu dépassé. Nous sommes d'accord tous les deux. Mais justement il serait temps que l'on se pose quelques questions simples par exemple pourquoi y a t-il plus de diplômés sortant a bac+5 chaque année qu'il n'y a de diplômés de bep/cap ? Peut on continuer ainsi ? Peut on vivre sans sélection au sein de l'université sans accentuer plus encore la dévalorisation des diplômes ? A force d'agir ainsi, d'éparpiller les moyens, on ne fait que masquer la misère...