Mastérisation : le point sur la réforme

Céline Manceau
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Manifestation du 8 avril 2009
Manifestation du 8 avril 2009
La mastérisation est l’un des principaux mots d’ordre de la grève du 21 janvier 2010 pour les syndicats enseignants. Un an après le raz-de-marée contestataire qui avait abouti au report de cette réforme, quel est aujourd’hui son devenir ?

A quelques nuances près, c’est avec un calendrier identique à 2009, que le mouvement d’opposition à la mastérisation a redémarré cette année : premières vagues de contestation au mois d’octobre et… lame de fond en décembre et janvier (avec notamment la grève de ce jeudi 21 janvier 2010 dans la fonction publique).

Y aura-t-il, pour autant, raz-de-marée en mars (c’est à cette période que le gouvernement avait décidé de reporter la réforme en 2009) ? Luc Chatel, pour l’instant, maintient le cap, sans faillir. Il a présenté devant le CNESER, le 21 décembre 2009, la circulaire de cadrage des masters . Puis, il a publié, au JO, le 6 janvier 2010, lestextes sur les nouveaux concours . Enfin, il a fait paraître au JO, le 20 janvier 2010, l'arrêté qui entérine la réforme  : celui qui précise qu'un master est requis pour se présenter aux concours de l'enseignement.

Dans son sillage, certaines universités, avec les IUFM, semblent bien plus avancées que l’an dernier à la même époque sur les maquettes des masters. Si bien que les remous que provoque aujourd’hui la réforme semblent bien plus liés à sa mise en oeuvre pour la rentrée 2010 qu’à une éventuelle sortie de route avant le printemps.

Quels cursus avant le concours ?

Des remous qui se traduisent par une multitude de questions sur tous les points d’achoppements de la réforme. A commencer par les masters : seront-ils plus orientés sur les disciplines ou sur la pédagogie ? Certaines universités se concentreront-elles sur un type de concours selon que l’on veuille enseigner dans une école élémentaire ou dans un collège ? Combien d’heures de stages et d’enseignement vont-ils comporter ? De quelle manière ces masters doivent permettre une réorientation pour les candidats qui échoueront aux concours ? Ou une poursuite d’études pour ceux qui changeraient d’avis ou seraient recalés ?

Les concours sont aussi sur la sellette. Le nombre des nouvelles épreuves dans les concours enseignants - réduites à deux pour l’admissibilité et deux pour l’admission – est jugé insuffisant pour certains syndicats. Ils n’apprécient pas non plus l’introduction, pour tous les concours, d’un oral intitulé « agir en fonctionnaire de l'Etat et de façon éthique et responsable ». L’organisation des concours en deux temps (l’admissibilité en septembre, au moment de l’inscription en M2, et l’admission en mai) suscite aussi des interrogations. Sans parler du vrai sujet qui fâche depuis l’an dernier déjà : la conjugaison, la même année, de la préparation au concours et de l’obtention du M2.

Quelle formation post-concours ?

Mais c’est encore après le concours que se concentrent les plus grandes incertitudes. Passer les deux tiers du temps dans un établissement scolaire et un tiers en formation la première année d’affectation reste pour beaucoup insuffisant. Sur l’organisation de cette première année après le concours, le gouvernement doit encore apporter des précisions. Et les dernières informations qui circulent sur la place des stages et le nombre d’heures de présence en classe ne rassurent pas les formateurs en IUFM .

Pas plus que les « cobayes » de la réforme : à savoir tous les candidats qui bénéficient des mesures transitoires. Eux, passent les anciens concours cette année et doivent en parallèle décrocher un M1 pour être affecté à la rentrée 2010. Quelles seront les conditions d’affectation des reçus ? Que se passera-t-il pour les recalés au concours ? Auront-ils automatiquement leur M1 (leur inscription dans un IUFM leur donne théoriquement l’équivalence du M1 mais chaque université adopte visiblement sa propre politique en matière de délivrance des ECTS) ? S’inscriront-ils alors en M2 enseignement pour repasser les nouveaux concours dès septembre… Avec le risque d’échouer une seconde fois à l’admissibilité. Pourront-ils alors se réorienter vers un autre métier au cours de l’année M2 ? Une fois de plus, c’est bien dans l’élaboration des masters que se trouve une bonne partie des réponses. Si elles arrivent avant le printemps, c’est que le calendrier aura joué en faveur du gouvernement, cette fois-ci…

Lire aussi la chronique de Philippe Watrelot  du 20 janvier 2010 : "Aberrant"


Céline Manceau | Publié le