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Médecine : après l'annulation d'épreuves à l'ECN, la #PromoFiasco manifeste sa colère

Aurore Abdoul-Maninroudine
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Les étudiants de médecine manifestent, mardi 27 juin 2017, devant le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.
Les étudiants de médecine manifestent, mardi 27 juin 2017, devant le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. // ©  Aurore Abdoul-Maninroudine
Moins d'une semaine après l'annulation de deux épreuves classantes nationales, les étudiants de médecine se sont mobilisés, mardi 27 juin 2017, pour dénoncer les conditions d'élaboration des sujets d'examen. Dans la foulée, les ministres ont annoncé plusieurs mesures destinées à éviter de tels incidents à l'avenir.

"Plus jamais ça". Place Larue, à quelques mètres du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, à Paris, entre 200 et 300 étudiants de médecine ont scandé ce slogan, vers 14 heures, mardi 27 juin 2017. Selon l'ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France), près de 600 d'entre eux se sont mobilisés dans la capitale.

Presque tous vêtus d'une blouse blanche, portant parfois un masque bleu de chirurgien, ils étaient particulièrement motivés et avaient prévu banderoles, slogans, mégaphone, sono et amplis pour faire entendre leur colère, à la suite de l'annulation de deux ECN (épreuves classantes nationales), les 21 et 22 juin.

Dans les deux cas, les sujets étaient déjà tombés : aux ECN blanches de 2016 pour l'un des dossiers, en sujet d'entraînement à la faculté de Lyon-Est pour l'autre.

Les étudiants sans voix devant la "désinvolture" des enseignants

Les ECN, autrefois "concours de l'internat", se déroulent normalement sur trois jours à l'issue de la sixième année d'études de médecine. À partir du classement établi, elles déterminent la spécialité et la ville des futurs médecins. Autrement dit, "toute leur future carrière est en jeu", aiment à rappeler les étudiants. "Moralement, ce concours est tellement difficile qu'on n'arrive pas à comprendre l'absence d'excuses et une telle désinvolture de la part de nos enseignants, qui sont par ailleurs intransigeants avec nous en stage et en cours", s'insurge Clara, étudiante à Paris 5.

Dans la manifestation, des étudiants de plusieurs universités franciliennes étaient présents, de l'UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie) à Paris-Diderot en passant par l'UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines). Et si les étudiants de la "#PromoFiasco" – un hashtag devenu viral sur les réseaux sociaux – étaient surreprésentés, toutes les promotions, de la deuxième à la sixième année, étaient venues les soutenir.

Les étudiants se sont surnommés la #PromoFiasco, en référence à la #PromoCrashTest en 2016

"Nous nous sentons tous concernés par cet incident. C'était important pour nous de venir soutenir les ‘D4’ [pour quatrième année du deuxième cycle des études médicales]", explique Alexia en deuxième année à l'UPMC, qui souligne que dans trois ans, elle pourrait être à leur place.

Le mouvement a également été suivi un peu partout en France, comme à Nantes, Nancy, Saint-Étienne, ou encore Dijon.

Le conseil scientifique au centre de l'enquête

Au même moment, les ministres de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation d'une part, et des Solidarités et de la Santé d'autre part, Frédérique Vidal et Agnès Buzyn, recevaient les représentants de l'ANEMF, et vers 14 heures, un communiqué de presse annonçant des premières mesures était publié.

Si certaines d'entre elles étaient déjà connues, comme la mise en place d'une enquête conjointe IGAS/IGAENR, elles ont été précisées : le rapport devra être remis avant le 15 septembre et identifier "les causes de ces problèmes à répétition et les moyens d'éviter qu'ils ne se reproduisent". Surtout, ce rapport "donnera lieu à des propositions d'amendement des procédures de fonctionnement du conseil scientifique".

Un point important, tant ce dernier, chargé de relire les sujets des ECN, est la cible des critiques des étudiants, dont l'un des slogans dans la manifestation était : “Le CS [conseil scientifique] démission, laissez donc la place aux bons.” La plupart des étudiants interrogés ont également insisté sur "la nécessité de sanctionner les membres de ce conseil". C'est le cas de Judith et de Camille, en sixième année à l'UPMC, qui considèrent que ce conseil est "incompétent" et "a failli à sa mission".

Autres mesures annoncées : "la nécessité de mettre en ligne les annales" et "l'intérêt de faire évoluer l'organisation de l'épreuve" afin que chaque dossier progressif soit considéré comme "une épreuve séparée".

Enfin, "une réflexion de fond, confiée à une personnalité, sera menée pour améliorer les conditions dans lesquelles les compétences cliniques sont acquises au cours du second cycle".

Des mesures en demi-teinte pour les étudiants

"Il faudrait aller plus loin, mais ces mesures vont dans le bon sens, en particulier l'engagement de faire évoluer le conseil scientifique", estime Antoine Oudin, président de l'ANEMF, qui souligne "l'écoute des ministres". Ces dernières ont conscience, selon lui, "du traumatisme vécu par les étudiants".

Malgré ces avancées, Sarah Halioui, organisatrice de la manifestation pour Paris-Descartes, s'insurge devant la disproportion entre les problèmes soulevés et les réponses apportées : “C'est quand même un comble qu'il faille un incident pareil et une manifestation pour seulement mettre en ligne des annales !” Les étudiants devront cependant attendre le 15 septembre pour savoir si les propositions seront véritablement à la hauteur de leurs espérances.


Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le

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Aza.

derrière le fiasco se cache encore un fiasco, on entends pas parler du sujet qui a fuité sur Nice : https://youtu.be/VRQtkk-y2iA pourtant le prouver est assez facile...