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À Montpellier, la fac de droit reste sous haute tension malgré la démission du doyen

Guillaume Mollaret, Laura Taillandier
Publié le - Mis à jour le
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L'UFR de droit - Montpellier 1
La faculté de droit de Montpellier restera fermée mardi 27 mars 2018.
Après l'agression de plusieurs étudiants mobilisés contre le Plan étudiants, la situation reste critique à la faculté de droit de Montpellier. L'établissement est fermé pour éviter les débordements, tandis que les inspecteurs généraux commencent leur enquête administrative. Des conclusions déjà attendues de pied ferme par les étudiants.

Faire vite ! C'est, semble-t-il, le mot d'ordre donné par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche à ses inspecteurs généraux, Françoise Boutet-Waiss et Didier Lacroix, pour mener l'enquête administrative à la faculté de droit de Montpellier. Après les violences ayant eu lieu à l'université en fin de semaine dernière, la situation reste tendue. Et ce, malgré la démission du doyen, Philippe Pétel, réclamée par une partie des étudiants.

Une enquête rapide

Lundi 26 mars 2018, le point presse au rectorat de Montpellier aura duré 5 minutes, montre en main. Le temps pour la rectrice, Béatrice Gille, de "condamner fermement toute violence" et aux inspecteurs généraux de présenter leur méthode de travail.

Ces derniers démarreront leur enquête administrative "dès cet après-midi" et livreront leurs conclusions "assez rapidement". "Nous allons travailler selon une méthodologie éprouvée, en menant des entretiens avec des responsables de l'université et de personnes présentes sur les lieux", détaillent-ils, se gardant, en revanche, de revenir sur les propos tenus par le doyen de la faculté.

Démission du doyen

Après ses déclarations ambiguës tenues dans plusieurs médias et des accusations de collusion de l'UFR avec les agresseurs, le directeur de la faculté de droit et science politique, Philippe Pétel, a remis sa démission, vendredi 24 mars. C'est le professeur en sciences de gestion et vice-président de l'université de Montpellier, Bruno Fabre, qui est nommé administrateur provisoire de la faculté. Cette démission était "inévitable", pour le président de l'établissement, Philippe Augé, interrogé sur France Bleue Hérault : "Cela avait pris une tournure d'une telle gravité, un tel déchaînement de messages que c'était un premier élément pour tenter d'apaiser la situation. Après, ce n'est pas suffisant. Il faut connaître les auteurs de ces agissements."

La rectrice Béatrice Gille et la ministre Frédérique Vidal espèrent ainsi que le départ du doyen favorisera "un déroulement serein des enquêtes judiciaire et administrative" sur les faits qui se sont déroulés dans la nuit du 22 au 23 mars.

L'incrimination du doyen a fait réagir la communauté universitaire. "La gravité des faits imputés à certains membres de notre communauté appelle à une enquête rapide, efficace et objective, souligne la Conférence des doyens de droit dans un communiqué. Les facultés de droit, leurs étudiants et tous leurs personnels ne sauraient porter collectivement la responsabilité de tels actes dont le caractère inacceptable mérite d'être rappelé." De leur côté, les présidents des différentes sections de l'UFR de droit et sciences politiques de l'université de Montpellier font "confiance à cette enquête et appellent à un retour général au calme et à la sérénité".

Apaiser les tensions

Aujourd'hui, la priorité est de faire retomber les tensions. Pour l'instant, les portes de l'université restent fermées et ne rouvriront qu'une fois "la situation complètement apaisée et lorsque les conditions de sécurité seront remplies pour garantir l’accueil des étudiants et des agents". L'université assure œuvrer pour que cette fermeture ait le moins d’incidences possible sur l’organisation des partiels et des examens, tandis que les élections au conseil de l’UFR droit et science politique, initialement prévues mardi 27 mars 2018, sont reportées.

Cette décision de décaler une nouvelle fois la réouverture de l'établissement intervient alors que ce lundi, un rassemblement "tendu" a eu lieu devant la faculté, à l'initiative d'étudiants mobilisés. "Ils se sont retrouvés face à d'autres qui veulent la réouverture de la fac", relate Baptiste Brengues, responsable local de l'Unef. Selon lui, "la situation ne sera apaisée que lorsque toute la lumière sera faite sur les circonstances des événements".

"Le doyen ne peut porter toute la responsabilité. Il y avait, semble-t-il, des enseignants et des chargés de TD aux côtés des agresseurs. Ces personnes doivent être suspendues le temps de l'enquête", estime le responsable de l'Unef, évoquant des liens avec l'extrême droite.

Prochaine échéance locale : une assemblée générale, mardi 27 mars, à l'université Montpellier 3-Paul-Valéry, pour décider ou non "de poursuivre les blocages" contre le Plan étudiants.

Vers une "mobilisation nationale" ?

L'onde de choc se propage dans les universités. À l'opposé géographiquement mais solidaires, des étudiants ont tenu une assemblée générale dans les locaux de l'université Lille 2 pour manifester leur soutien aux étudiants agressés à Montpellier. Ils appellent à une journée de mobilisation nationale, afin de "dénoncer le comportement des présidences d'université ayant systématiquement recours aux forces de l'ordre dans les facultés mobilisées" contre la réforme du premier cycle.

D'autres sites en région sont aussi bloqués, lundi, selon l'Unef, dans le cadre plus large du mouvement contre la réforme de l'entrée à l'université : le campus de lettres de Nancy, Bordeaux, Montpellier 3, Paris 1 (site de Tolbiac) et Toulouse-Jean-Jaurès. La prochaine manifestation contre la réforme est prévue le 3 avril prochain.

Philippe Augé : "J’espère une réouverture avant la fin de semaine"

"La situation n’est pas neutre mais elle est aujourd’hui plus apaisée", assure Philippe Augé, le président de l’université de Montpellier à EducPros, mardi 27 mars 2018. "Il faut donner du temps. Mon souhait est que nous rouvrions le plus rapidement possible, avant la fin de la semaine. Une réunion avec l’ensemble des services est organisée cet après-midi." Philippe Augé ne souhaite pas communiquer plus avant, attendant les conclusions des enquêtes policière et administrative. "Je ne peux pas m’ériger en juge de paix. Mon rôle est de stabiliser l’institution", déclare-t-il.
Le président de l’université reconnaît que les soupçons d’implication de membres du personnel de la fac dans les évènements créent un "climat particulier" : "Beaucoup de choses ont circulé sur les réseaux sociaux… C’est pour cela que j’attendrai la fin de l’enquête pour prendre les mesures opportunes, le cas échéant."
Selon lui, rien ne laissait présager la tournure prise par les évènements au sein de l’université. "La situation n’était pas particulièrement tendue. Nous avions autorisé plusieurs réunions et mis à disposition des locaux pour les étudiants. Je n’avais pas à craindre de choses spécifiques", rappelle-t-il. L’enquête devrait éclaircir comment la situation s’est envenimée.


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