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Numérique : Arizona State University, la pionnière de l’ouest américain

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon
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Des étudiantes de l'Arizona State University (ASU).
Depuis 2002, Arizona State University entend lutter contre le décrochage avec ASU Online, qui rassemble 19.000 inscrits. // ©  ASU

Arizona State University centre depuis dix ans toute sa stratégie sur l'e-learning. Résultat, elle est devenue l’une des universités en pointe en la matière.

En dix ans, Arizona State University est passée du statut d'établissement de masse, avec un recrutement avant tout local, à celui d'une université novatrice en matière de numérique. Cette année, cette institution publique s'est hissée à la première place des universités les plus innovantes aux États-Unis dans le classement de "US News & World Report".

Cette évolution, ASU, une université à forte mixité sociale, la doit beaucoup à son président, Michael Crow. Arrivé en 2002, cet ancien ponte de Columbia a considéré très tôt que le numérique serait le seul moyen d'arriver à son objectif : former beaucoup plus d'étudiants, de manière plus efficace, et pour moins cher. Pas question de jouer la carte de l'élitisme : pour lui, l'université de demain doit être inclusive.

Une université en ligne de 19.000 étudiants

Pierre angulaire de cette stratégie : ASU Online. Cette université en ligne, lancée il y a six ans, rassemble aujourd'hui 19.000 inscrits (+ 46% en un an). 70 cursus diplômants sont proposés en ligne. ASU Online permet à l'établissement de recruter des étudiants dans tout le pays tout en luttant contre le décrochage.

Un phénomène massif dans les universités américaines, où 40% des jeunes abandonnent leurs études avant d'obtenir leur Bachelor. ASU est persuadé que les méthodes en ligne, plus souples, s'adaptent à des publics plus divers (jeunes travaillant en parallèle de leurs études, avec des enfants, vivant loin des grandes villes, ou plus âgés...) et limitent le risque d'abandon. La preuve ? Le taux de rétention d'ASU Online, est au bout d'un an, de 80%.

ASU est persuadé que les méthodes en ligne, plus souples, s'adaptent à des publics plus divers et limitent le risque d'abandon.

Dès le départ, ASU a joué gros, l'idée étant de rentabiliser de lourds investissements avec des volumes importants d'étudiants. "Nous considérons que les programmes en ligne ont tout leur intérêt s'ils rassemblent beaucoup d'étudiants. Plus nous sommes grands, meilleurs nous sommes", remarque Philip Regier, doyen d'ASU Online.

Aujourd'hui, un service de 100 personnes travaille au développement d'ASU Online, sans compter les enseignants. Dans cette équipe, figurent 25 "instructional designers", chargés d'aider les professeurs à adapter leurs cours pour des formats en ligne, et à rendre leurs enseignements attractifs. Pas question d'avoir juste un professeur qui parle face à un écran : les cours comportent des expériences, des séances interactives, des tests, des vidéos.

Une pédagogie numérique qui se diffuse sur le campus

Une réussite qu'ASU n'a pas construite seule, selon Philip Regier. L'université s'est entourée de multiples start-up, fournisseurs de logiciels, éditeurs spécialisés dans la pédagogie en ligne, spécialistes du marketing en ligne, de la création de contenus... "C'est essentiel. Si nous avions voulu tout faire nous-même, cela n'aurait jamais décollé. Même une grosse université comme la nôtre n'a pas toutes les compétences en interne pour développer un programme de formation en ligne", estime Philip Régier.

ASU a également réussi quelques gros coups, à l'instar de son alliance avec Starbucks. Depuis 2014, le géant du café finance les frais de scolarité sur ASU Online de ses employés volontaires – libre à eux de choisir ce qu'ils souhaitent étudier. "Nous avons commencé avec 900 élèves l'an dernier, et nous allons atteindre 4.000 élèves en octobre. On pense pouvoir monter à 15.000 d'ici quatre ans", estime Philip Régier.

Arizona State University

Dans le même temps, le développement des cours en ligne a diffusé cette pédagogie sur le campus. Adrian Sannier, directeur technique d'ASU Online, estime que 25% des cours d'ASU utilisent maintenant la forme de classe inversée. L'université a aussi mis en place, depuis 2007, un système de suivi personnalisé en ligne, baptisé eAdvisor, permettant aux étudiants de suivre leur progression, de mieux choisir leurs cours, et d'obtenir une aide en ligne personnalisée.

ASU assure qu'avec ce système, la moitié des étudiants obtiennent leur bachelor en quatre ans, soit 20 points de plus qu'en 2002. Une stratégie qui paie : l'université compte 70.000 étudiants présents sur ses quatre campus. Soit 43% de plus en 10 ans.

Adaptive learning et Mooc diplômants en ligne de mire

ASU est aussi devenue la référence américaine en matière d'adaptive learning. Elle a signé des partenariats avec les acteurs qui comptent (Knewton, McGrawHill, Pearson, Smart Sparrow, Acrobatiq), et obtenu des financements de la Bill Gates Fondation. Pour l'instant, le nombre de cours en "adaptive" reste limité, mais leur développement est une priorité.

"Pour des gens qui ont vraiment des blocages en maths, c'est très efficace. Nous arrivons à avoir un taux de réussite aux examens de l'ordre de 70%, quand avant, pour le même type de cours, on ne dépassait pas 25%", observe Adrian Sannier. "Nous sommes en phase de test pour les développer en économie, chimie, et biologie. Ces technologies ne sont encore qu'au début de leur développement", poursuit Philip Regier.

En septembre, ASU a suscité des dizaines d'articles dans la presse américaine, lors du lancement de la "Global Freshman Academy", en partenariat avec la plateforme de Mooc Edx. Ce programme généraliste de huit Mooc permettra à n'importe qui, au bout d'un an, d'obtenir une équivalence d'une première année universitaire, et de s'inscrire ensuite en deuxième année à ASU ou dans une autre université. Une première dans le pays.

Ce programme généraliste permettra à n'importe qui, au bout d'un an, d'obtenir une équivalence d'une première année universitaire, et de s'inscrire en deuxième année à ASU ou dans une autre université.


Dans le cadre de ce programme, les Mooc sont gratuits, mais l'obtention de crédits universitaires est payante. Il faut compter environ 6.000 dollars pour une année, soit moitié moins que pour une année ASU Online. ASU partage ces revenus avec EdX. L'étudiant paie cours par cours, seulement s'il veut passer l'examen - ceux qui abandonnent en cours de route n'ont donc rien déboursé.

Le premier cours a déjà connu un petit succès, avec 13.000 étudiants inscrits. Environ 500 ont passé les examens, mais seulement 200 ont payé les frais pour obtenir les équivalences de crédits universitaires. Un début, pour Philip Regier, qui est persuadé que le potentiel du développement de ces cursus en Mooc est énorme : "Nous pensons grandir vite, et même très rapidement."

ASU en chiffres

L'université ne communique pas spécifiquement sur le budget d'ASU On line, intégré au budget global de l'université.

Le budget opérationnel d'ASU était de 1.796 millions de dollars en 2014, dont 66% provient des frais de scolarité. 68% des dépenses sont consacrées à l'enseignement et à tous les services qui le supportent.
Les frais de scolarité d'ASU Online sont de 500 dollars par crédit. Soit 15.000 dollars pour une année de 30 crédits. Les frais de scolarité pour un cursus classique s'échelonnent de 18.000 dollars à 32.000 dollars.

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon | Publié le

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sogoba.

je voulais avoir un diplôme prestigieux

sogoba.

j'aimerais étudier à d’Arizona parce que je voulais le diplôme prestigieux dans mon pays ou même les américain