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O. Oudar : "Les discussions sur les affectations risquent d'être rudes avec le rectorat"

Laura Taillandier
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Paris 13 Nord - Extérieur - Entrée principale © Myr Muratet
L'université Paris 13 augmente ses capacités d'accueil dans quatre filières afin d'accueillir plus d'étudiants à la rentrée 2018. // ©  Myr Muratet
En Île-de-France, l'université Paris 13 fait face à une hausse importante des candidats potentiels ainsi qu'à l'attractivité de ses voisines parisiennes. Un contexte complexe, qui pèse dans la mise en place de la réforme du premier cycle. Le point avec son vice-président en charge de la formation, Olivier Oudar.

Dans votre établissement francilien, êtes-vous confronté à des problématiques particulières dans la mise en place de la réforme ?

Olivier Oudar, vice-président de la commission formation et vie universitaire de Paris 13 // © Photo fournie par le témoin

À Paris 13, nous avons en effet certaines spécificités. Nous sommes situés dans le nord-ouest de l'académie de Créteil, avec un public essentiellement issu de notre territoire. Notre problème majeur, c'est l'attractivité des universités parisiennes intra-muros, parfois plus accessibles en transports pour nos étudiants. En mettant fin au système des pastilles vertes, la réforme donne la possibilité aux candidats de postuler partout sans hiérarchisation des vœux.

Pour nous, le risque est de voir, au final, les très bons étudiants partir dans ces universités et de devoir attendre la fin de la période des vœux des lycéens pour y voir plus clair. Nous classerons des dossiers sans savoir ce que les élèves ont en tête… Nous misons donc beaucoup sur les quotas de bacheliers hors académie, qui seront fixés, et espérons que les trois recteurs de la région veilleront à réguler ce mouvement. Dans nos échanges avec les lycéens, nous leur conseillons de bien mettre dans leurs choix une formation de notre université car ils y seront prioritaires. Mais rien ne nous garantit qu'ils le feront.

Travaillez-vous en lien avec les universités de la région sur cette question ?

Nous avons la particularité de faire partie d'une Comue comptant trois universités parisiennes [Paris-Diderot, Paris-Descartes et Sorbonne-Nouvelle]. Dans ce cadre, je rencontre régulièrement les autres vice-présidents chargés de la formation. Cela permet de faire le point sur les directions que nous prenons dans la mise en place de la réforme. Les attendus que nous avons fixés ne sont pas très différents. Nous sommes restés sur le cadrage national qui nous convenait globalement, sauf pour quelques filières spécifiques, comme les IUT.

Quelle régulation attendez-vous de la part des recteurs ?

Nous espérons qu'elle se fera en bonne intelligence, mais nous ne savons pas encore exactement comment cela se passera. La commission d'accès à l'enseignement supérieur a jusqu'au 21 septembre pour se prononcer sur le cas des élèves restés sans affectation. La plupart des licences démarrant leurs cours dès le début du mois de septembre, nous risquons de gérer beaucoup d'arrivées tardives

À la rentrée, très peu de formations mettront en place des parcours adaptés, faute de moyens.

D'autant que, dans l'académie de Créteil, nous faisons face à une très forte augmentation des lycéens, avec plus de 3.500 terminales supplémentaires, essentiellement en ES et S cette année. C'est un vrai problème. Nos capacités d'accueil sont limitées. Quand on ne peut pas accepter plus d'étudiants, on ne peut pas. Ce n'est pas ce que nous souhaitons, mais nous sommes limités par les locaux et le nombre d'enseignants-chercheurs. Les discussions au sein de la commission avec le rectorat risquent d'être rudes. Parfois, l'équation sera impossible…

Dans quelles formations vos capacités d'accueil augmenteront-elles à la rentrée ?

Quatre filières sont concernées : Staps, sciences sanitaires et sociales, droit et sciences économiques et de gestion. Ce sont les seules à avoir obtenu de nouveaux postes d'enseignants-chercheurs. Pour les autres, nous repartons sur des chiffres identiques à l'année dernière même si la demande est forte, en particulier et cela est récent, pour les sciences dites dures (mathématiques, informatique, physique-chimie).

Dans quelles filières mettrez-vous en place des parcours adaptés à la rentrée ?

Très peu de formations pourront le faire à la rentrée, faute de moyens. Ce sera le cas de la licence sciences économiques, qui proposera une année zéro de type propédeutique, ainsi qu'en Staps (travaux dirigés adaptés, accompagnement personnalisé) et en sciences de la vie, qui instaureront un dispositif avec un semestre rebond.

Nous nous sommes rendu compte qu'il était compliqué de demander aux étudiants qui échouent de réussir leur second semestre tout en repassant les rattrapages du premier semestre. Le taux d'échec était très important. Dans le cadre des réorientations en Paces obligatoires en fin de semestre 1, nous leur avons donc laissé accomplir leur second semestre, puis nous avons mis en place des petits groupes où les étudiants reprennent certains cours du premier semestre en mai-juin, avant de repasser leurs examens. Nous partirons sur cette idée pour les parcours adaptés.

En sciences de la vie, dans le cadre du contrat de réussite, nous proposerons ainsi aux étudiants de suivre seulement quelques matières du premier semestre – informatique ou anglais, par exemple – puis d'enchaîner sur le second et de terminer par un semestre rebond. Du côté des sciences dures, la réflexion sur ces parcours n'a pas encore abouti. L'objectif est que les formations nous présentent leurs conclusions à la prochaine commission formation et vie universitaire, le 15 mars.

Vous évoquez un manque de moyens pour déployer ces parcours. Comment les financerez-vous dans les formations qui le proposeront ?

Le dispositif du semestre rebond tel que nous le proposions jusqu'alors a été financé pendant un temps grâce à l'Idex. Compte tenu des résultats qualitatifs, l'UFR santé, médecine, biologie humaine a décidé de le maintenir, et ce malgré l'arrêt des financements Idex. Pour la rentrée, en sciences économiques par exemple, les groupes de propédeutiques viendront remplacer d'autres dispositifs, grâce à des réorganisations en interne en L1.

Dans un certain nombre de filières, il sera impossible de regarder toutes les lettres de motivation dans le détail.

Nous attendons aussi beaucoup des moyens annoncés par la ministre pour 2019 et ainsi mettre en place ces parcours adaptés dans l'ensemble de nos formations d'ici à deux trois ans. Les moyens alloués pour la rentrée 2018 ont uniquement permis une augmentation de nos capacités d'accueil. Nous avons aussi eu une enveloppe de 139.000 euros de la Dgesip pour la mise en place de Parcoursup. Sur cette somme, 90.000 euros serviront à rémunérer trois directeurs d'études cette année et le reste permettra de dégager des heures supplémentaires pour l'étude des dossiers. Mais les enseignants-chercheurs, qui sont déjà débordés, attendent avant tout des postes supplémentaires. Les journées ne font que 24 heures…

Comment les commissions chargées d'étudier les dossiers des candidats fonctionneront-elles ?

J'ai conseillé la mise en place d'une commission par mention de licence, regroupant trois personnes, dont deux enseignants minimum. Elles seront pilotées par un président et compteront des agents administratifs. Pour nous organiser plus avant, nous attendons beaucoup de la journée de formation sur le module d'aide à l'examen des dossiers que l'INP Toulouse a créé. Nous allons récupérer un tableau Excel dans lequel des informations sur les élèves seront renseignées, comme les notes, les éléments de la fiche avenir. Il faut voir comment nous pouvons faire un premier tri.

Ce module devrait nous permettre de faire de premiers groupes de classement. Dans un certain nombre de filières, il sera impossible de regarder dans le détail toutes les lettres de motivation. L'an dernier, en droit, nous avons eu 15.000 demandes. Les commissions devront donc se réunir plusieurs fois. Chacun fera comme il le pourra.

Allez-vous trouver des volontaires pour intégrer ces commissions ?

Nous verrons bien. Certaines filières m'ont déjà averti que ce serait compliqué. Je m'attends donc à quelques difficultés. Nous essayerons de leur procurer une aide administrative quand c'est possible.

Outre les lycéens, il y a aussi le cas des étudiants en réorientation. Comment vous organiserez-vous ?

Il existe déjà des passerelles pour changer de formation au sein d'une même composante. Dans ce cas, les étudiants ne passeront pas par Parcoursup. Ce que nous devons encore faire, c'est de permettre à ceux qui voudront rejoindre un cursus dans une autre composante de rencontrer notre service d'orientation. Il leur sera demandé sur Parcoursup un justificatif de ce passage. La gestion des réorientés ne sera pas un problème, c'est une question à la marge.

Vous évoquiez plus haut des aménagements de parcours en licence. Quels changements envisagez-vous dans votre offre de formation ?

Dans le cadre de notre évaluation par le HCERES (Haut conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur), nous allons proposer une nouvelle offre de formations en 2019. J'ai donc demandé à l'ensemble des UFR de revoir les licences, avec de nouvelles méthodes pédagogiques et d’organisation des enseignements, sur la base de 1.300 heures et non plus de 1.500. Cela devrait être facilité par la révision de l'arrêté licence, avec moins de contraintes permettant la personnalisation des parcours avec des licences en deux, trois ou quatre ans.

Retrouvez les autres entretiens dédiés à la réforme de l'entrée à l'université :

– Yves Jean : "Le Plan étudiants va créer un jeu de concurrence entre les universités"
– Matthieu Gallou : "Quel effet aura la mention 'en attente' sur les candidats ?"
– Manuel Tunon de Lara : "Il faudra deux ou trois ans pour installer les parcours adaptés"
– Thierry Paul : "Nous redoutons l'étape du tri des dossiers"


Laura Taillandier | Publié le

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fabrice.

90000 euros pour 3 directeurs d'études.... C'est une rétribution très importante....