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Parcoursup 2020 : les écoles d’art freinent des quatre fers

Martin Rhodes
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La Haute école des arts du Rhin(HEAR) à Strasbourg n'a pas encore rejoint la plate-forme Parcoursup.
La Haute école des arts du Rhin(HEAR) à Strasbourg n'a pas encore rejoint la plate-forme Parcoursup. // ©  © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant
Trop tôt. Les 46 écoles supérieures d’art publiques s’accordent pour dire qu’une entrée groupée dans Parcoursup en janvier 2020 est précipitée. Elles souhaitent garder la main sur le calendrier et les modalités de leur examen d’entrée, vecteur de diversité.

Seules sept des 46 écoles supérieures d’art sous tutelle du ministère de la Culture ont d'ores et déjà fait le choix de la plate-forme Parcoursup, afin, expliquent-elles, d’offrir une meilleure visibilité à leur filière et une information plus complète aux lycéens. Une intégration qui n’a nullement modifié les modalités de leur examen d’entrée.

Aujourd'hui, les candidats souhaitant intégrer l’un de ces sept établissements ont une ou deux possibilités, selon les cas : candidater sur Parcoursup ou s’adresser directement à l’école visée. Ainsi, en 2018, seuls 10 des 55 candidats admis en première année à l’école d’art d’Annecy sont passés par Parcoursup, sachant que neuf d'entre-eux ont également postulé via le site de l’école.

Avec un seul candidat admis uniquement passé par la "porte Parcoursup" (proposée dès 2014 sur Admission postbac), le bilan des candidatures déposées en 2018 ne jouent donc pas en faveur de la plate-forme nationale. Précisons toutefois que cette proportion varie d’une structure à l’autre. À l’École supérieure d’art et de design d’Orléans, l'an dernier, les candidats accueillis via Parcoursup ont été quasiment aussi nombreux que les autres.

Parcoursup : y aller ou s’y opposer ?

Si l’ensemble des sept écoles présentes sur la plate-forme souhaitent conserver ce double système d’entrée, une partie des 39 autres établissements publics questionnent la pertinence d’une entrée dans Parcoursup – prévue par la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants) au 1er janvier 2020. Dans les deux cas, la diversité des profils entrant en première année est au cœur des préoccupations.

"À Annecy, environ un tiers des effectifs se compose de profils atypiques [adultes en reconversion, étudiants étrangers ou en réorientation] n’ont pas, contrairement aux néo-bacheliers, l’information nécessaire et le réflexe de passer par Parcoursup", constate Stéphane Sauzedde, directeur de l’école d’art d’Annecy, et coprésident de l’Andea (Association nationale des écoles supérieures d’art). "Ces profils différents apportent une diversité dont les formations et le monde professionnel de l’art ne peuvent se passer", ajoute-t-il.

Pour capter ces "candidats à part", les écoles créent des sites en langue anglaise (Parcoursup n'est disponible qu'en français), allongent la phase de candidature, et accordent des dérogations au cas par cas – comme la possibilité pour un non-bachelier de se présenter.

"Nos recrutements se veulent les plus ouverts possibles, et cela ne peut se faire sans une certaine souplesse, aujourd'hui incompatible avec la plate-forme nationale.
(C. Kirchstetter)

"Nos recrutements se veulent les plus ouverts possibles, et cela ne peut se faire sans une certaine souplesse, aujourd’hui incompatible avec la plate-forme nationale", résume Christelle Kirchstetter, coprésidente de l’Andea et directrice générale de l’École supérieure des beaux-arts de Nîmes, un établissement hors Parcoursup qui compte près de 10 % d’étudiants étrangers.

"Une partie de mon équipe pédagogique milite pour une entrée dans Parcoursup ; l’autre s’y oppose farouchement. À l’Andea, nous aimerions prendre le temps d’évaluer précisément l’impact du dispositif sur les formations avant d’adopter une position commune et ferme", souligne-t-elle.

Non à l’homogénéisation du recrutement

Comme bon nombre de ses homologues, le directeur des Beaux-arts d’Annecy appréhende 2020 et l’entrée "officielle" des écoles d’art dans Parcoursup. Une intégration qui pourrait impliquer la fermeture, définitive des "portes écoles". "L’obligation de passer par Parcoursup pourrait rebuter une grande partie des profils atypiques. Un comble, puisque la diversité au sein des écoles d’art serait alors minée par un dispositif présenté comme un outil de diversification des profils dans le supérieur", relève Stéphane Sauzedde.

Par ailleurs, l’association des écoles d’art redoute que le calendrier resserré de la plate-forme ne fasse se chevaucher les quelque 44 examens d’entrée. "Demain, un candidat n’aura plus le temps de passer deux journées au sein de chaque structure. L’entretien oral est conçu comme une rencontre et un choix réciproque entre un candidat, qui a une sensibilité propre, et une école présentant, elle aussi, des spécificités [en termes d’options proposées, d’écosystème artistique, d’inclination pour les arts ou les arts appliqués]", décrit le directeur des Beaux-arts d’Annecy.

Cette courte phase nationale d’admission pourrait être compensée par la mise en place de concours régionaux communs (aux six écoles néo-aquitaines, par exemple). Une proposition du ministère de la Culture contraire au caractère individualisé de l’examen d’entrée, globalement mal accueillie par les établissements avec lesquels nous avons pu échanger.


Martin Rhodes | Publié le

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