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Portrait de Vincent Peillon, un ministre attendu à l'Education nationale

Marie-Caroline Missir
Publié le
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Vincent Peillon lors de l'hommage à Jules Ferry, le 15 mai 2012
Vincent Peillon lors de l'hommage à Jules Ferry, le 15 mai 2012
Vincent Peillon, 52 ans, vient d'être nommé ministre de l'Education nationale. Portrait de cet agrégé de philosophie qui s'est imposé à ce poste tout au long de la campagne présidentielle.

«C’est vrai qu’on a connu des moments plus durs.» À trois jours du premier tour, dans le TGV qui l’emmène vers Nantes, Vincent Peillon, le Monsieur éducation de Hollande, affiche sa sérénité. Invité par Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes aujourd'hui Premier ministre, à un meeting de soutien à François Hollande, Vincent Peillon n’ose pas encore rêver au grand ministère de l’«Avenir». «Je lui ai demandé de m’accompagner parce que, dans la campagne c’est une personnalité qui compte», explique Jean-Marc Ayrault. Dont acte : «la personnalité qui compte» vient d’être nommée ministre de l’Éducation nationale, thème majeur de la campagne de François Hollande.

Il met en musique le programme éducation du candidat

Vincent Peillon a eu le temps de se préparer. Des années que cet enseignant, agrégé de philo, spécialiste de Ferdinand Buisson, peaufine son destin. Il a fait de l’école sa spécialité. Au point d’organiser en novembre 2009 à Dijon un grand colloque sur l’éducation rassemblant le PS, les Verts et le Modem. 

Deux ans plus tard presque jour pour jour, à  l'automne 2011, il est nommé responsable du pôle «éducation, jeunesse, enseignement supérieur et recherche» dans l’équipe de campagne de François Hollande. Depuis, Vincent Peillon a revêtu ses habits de futur ministre. Avec son groupe d’experts, une cinquantaine de hauts fonctionnaires, représentants du monde associatif et syndicalistes, il a mis en musique le programme éducation du candidat.

L’annonce dès le mois de septembre de la création de 60 000 postes le prend de court. Mais il ne laisse rien paraître : « c’est François Hollande qui a pris cette initiative. Il a fait le choix d’une entrée politique dans le sujet », expliquera-t-il plus tard.

Dès janvier, il multiplie les consultations : du SNES à l’UNSA, du CNAL (Comité d’action laïque) à l’enseignement catholique, de la Société des agrégés aux mouvements pédagogiques. Dans les derniers mois de la campagne, il sillonne le territoire, à la rencontre des acteurs de l’éducation. Lui qui connaît moins bien l’enseignement supérieur, il se prend au jeu, visite des universités, débat avec des étudiants, écoute, apprend.

Le premier cercle


Philosophe, spécialiste des grands penseurs républicains, Vincent Peillon est aussi l’homme des appareils politiques. Il fut successivement porte-parole du PS de 2000 à 2002, fondateur avec Arnaud Montebourg du Nouveau Parti socialiste, porte-parole de la campagne de Ségolène Royal en 2007. Aujourd’hui, il affiche sa «grande complicité politique» avec François Hollande.

Vincent Peillon soigne ses réseaux politiques et ses amitiés professionnelles. Dans son premier cercle, l’inspecteur général Jean-Paul Delahaye. Cet homme discret et de grande compétence a joué un rôle clé durant la campagne, centralisant les notes des experts et écartant les gêneurs. Les deux hommes sont très proches. Quand il parle de son «ami Jean-Paul», Vincent Peillon n’est pas avare de compliments. C’est l’historien de l’éducation Claude Lelièvre qui les a présentés. Vincent Peillon cherche alors un homme de confiance pour gérer la Fédération des œuvres laïques de la Somme, qu’il préside depuis peu. La rencontre avec Jean-Paul Delahaye est un vrai coup de foudre professionnel. Même passion pour l’acte pédagogique, même connaissance de l’intérieur de la maison éducation.

Dans son réseau, on trouve aussi Alexandre Siné, un jeune inspecteur des finances, normalien et agrégé de sciences éco, un autre inspecteur général, Jean-Yves Daniel, Benjamin Marteau, son attaché parlementaire, Yannick Trigance, conseiller régional et ancien inspecteur de l’Éducation nationale. Et bien sûr, Bruno Julliard, jeune secrétaire national à l’éducation, artisan de la convention égalité réelle qui a préfiguré le programme éducation du PS. Côté sup, Lionel Collet, ancien président de la CPU, les députés Alain Claeys et Jean-Yves Le Déaut, et l’ancien recteur d’Aix-Marseille, Jean-Paul de Gaudemar.

Un agrégé de philosophie 


Vincent Peillon est ce qu’on appelle un «profil atypique». Issu d’une famille d’intellectuels communistes, il obtient sa licence de philo à 20 ans et décide ensuite de tout plaquer et part pour l’étranger. S’ensuivent des expériences insolites : il travaille pour la Compagnie des wagons-lits, monte une entreprise d’import-export de saumon fumé, puis finit par revenir en France. CAPES en poche, il enseigne d’abord au lycée Pierre-de-Coubertin à Calais. Il y reste deux ans, décroche l’agrégation, puis se retrouve affecté à l’École normale primaire de la Nièvre.

Repéré par Pierre Moscovici, alors au cabinet de Lionel Jospin Rue de Grenelle, il devient la plume du président de l’Assemblée nationale, Henri Emmanuelli. Il poursuit son parcours universitaire avec une thèse sur Merleau-Ponty, puis des travaux sur les grandes figures républicaines : d’Edgar Quinet à Jean Jaurès. Les années 1990 marquent le début de son ascension politique. Il est élu député de la Somme en 1997, siège qu’il perd en 2002, puis député européen en 2004.

Fin stratège politique, Vincent Peillon se voit aujourd’hui en «pédagogue» : «une bonne politique est une pédagogie. C’est comme quand vous entrez dans une classe : le pire défaut serait de catégoriser ses élèves, de les enfermer dans vos préjugés. Quand j’entre dans une discussion, j’agis de la même façon.» La leçon du professeur Peillon commence aujourd’hui.


Marie-Caroline Missir | Publié le

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