Présidentielle : des acteurs du supérieur appellent à ne pas voter pour le Rassemblement national

Agnès Millet
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Présidentielle : des acteurs du supérieur appellent à ne pas voter pour le Rassemblement national
// ©  Mathilde MAZARS/REA
A quelques jours du second tour du scrutin présidentiel, des acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche publient des appels à ne pas voter pour le Rassemblement national. Les universités dénoncent une candidature "d'extrême droite".

Dans un message daté du 12 avril, les universités indiquent clairement qu'elles "appellent à combattre l’extrémisme" et à voter pour Emmanuel Macron, lors du second tour de l'élection présidentielle, le dimanche 24 avril.

"Les idées et principes véhiculés par la candidature de Marine Le Pen sont résolument d’extrême droite. Son programme est contraire à nos valeurs, comme chercheurs, comme enseignants, comme dirigeants d’établissements, mais d’abord comme humanistes", écrit France Universités, qui rassemble 116 établissements d’enseignement supérieur et de recherche, soit deux millions d’étudiants et 200.000 personnels.

"Son programme va à l’encontre de notre vision de la société française, faisant craindre des menaces sur la place de la science, sur la place des libertés individuelles et collectives, sur l’État de droit et sur la construction européenne", poursuivent les auteurs, s'inquiétant "des risques réels pour la formation de la jeunesse et la production du savoir".

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Individuellement, des présidents d'université ont pris position, à l'image de Michel Deneken de l'Unistra ou de Carine Bernault, à Nantes, qui a adressé un mail aux étudiants et aux personnels. Ils figurent, d'ailleurs, parmi les signataires d'une tribune, publiée dans le journal Le Monde, le 18 avril, portant médiatiquement le message de 70 dirigeants de l'enseignement supérieur et de la recherche (ANR, CNRS, Hcéres, Inserm, Inrae ou encore Inria) afin d'"alerter les concitoyens sur l’immense danger" que représenterait l’élection de Marine Le Pen.

Pour eux, "la civilisation que nous propose Mme Le Pen (…) est fondée sur le rejet de l’autre, sur la désignation de boucs émissaires, sur le refus d’une approche globale des problèmes. Elle remet en cause notre vocation européenne et l’ouverture internationale dont se nourrissent l’enseignement supérieur et la recherche".

Les écoles d'ingénieurs "en désaccord profond" avec le RN

Le 19 avril, c'est au tour des directeurs d'écoles d'ingénieurs de prendre la parole. Avec un langage plus neutre, la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) "fait part de son désaccord profond avec le projet de société porté par le Rassemblement national" et "appelle à en tirer toutes les conséquences lors du vote du 24 avril".

"L'exercice à venir de nos missions nécessite un État dont les valeurs reposent sur cette vision humaniste de la société, mais aussi sur des principes non négociables tels que la liberté inconditionnelle d'enseigner, de chercher et d'étudier". Des sujets "irrémédiablement incompatibles avec tout projet présidentiel construit sur des fondements extrémistes", expliquent-ils, en prônant "l’ouverture à toutes les diversités".

Au passage, les directeurs regrettent "profondément" que l’enseignement supérieur "n’ait occupé qu'une place mineure dans les débats" depuis le début de la campagne.

Contactées par EducPros, la CGE (Conférence des grandes écoles) et la CDEFM (Conférence des directeurs des écoles françaises de management) indiquent avoir fait le choix de ne pas exprimer de position au nom de leurs membres.

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Sciences po Paris appelle à faire battre Marine Le Pen

Des établissements emblématiques prennent position en leur nom propre, tels que Sciences po Paris, qui appelle "à faire battre Marine Le Pen", après un vote au sein du Conseil de l'Institut, le 19 avril. Plusieurs raisons expliquent ce vote, au premier rang desquelles sa vocation internationale ainsi que son attachement à "la défense de l'état de droit" et aux valeurs de la République.

Dénonçant les "méthodes d’intimidation et de menaces de l’extrême droite", l'établissement évoque les récentes "intimidations subies par les étudiants de Nancy" et "l'attaque d'étudiants manifestant pacifiquement devant le 27 rue Saint-Guillaume, par des individus se réclamant de Génération Zemmour, de la Cocarde étudiante et de la branche nationale du syndicat UNI".

Un appel unitaire lancé par les syndicats de l'éducation
Le secteur de l'éducation s'exprime également. Un appel unitaire est lancé par l'UNSA Éducation, la FSU, la CGT Éduc’action, le Sgen-CFDT et Sud Éducation réaffirmant "leur opposition à l’extrême droite", le 21 avril. Le syndicat SE-Unsa rappelait, dans son propre message du 11 avril, que cette opposition "ne vaut pas soutien à son concurrent à qui il appartient de pacifier des tensions qu’il a largement générées".


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