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Profs et élèves sur les réseaux sociaux : des liaisons dangereuses


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Parfois interdites – comme dans l’État de Virginie (USA) –, souvent déconseillées par les chefs d’établissement, toujours délicates… telles sont les relations entre profs et élèves sur Facebook. Lorsque les rapports sont compliqués en classe, le réseau social peut encore envenimer les choses et servir de défouloir, voire entraîner des dérapages. Mais n’allez pas croire que c’est forcément un long fleuve tranquille lorsque tout est rose dans la vie réelle. Témoignages de quelques déconvenues virtuelles et bien réelles.

Sa page « Fan » sur Facebook, Éric (1), professeur d’histoire-géographie à Nantes, l’a tout d’abord vécue comme une reconnaissance : des élèves, actuels et anciens, louent son travail… le rêve de tout enseignant ! Et puis un jour, en entrant discrètement dans la salle des professeurs, il a surpris une discussion à ce sujet : « Mes collègues s’interrogeaient sur le fait de savoir pourquoi j’avais eu droit à une telle page et pas eux », se souvient-il.

« C’était simplement de la jalousie, mais cela a un peu dégénéré. Ils remettaient en cause mon comportement vis-à-vis d’élèves, me trouvaient trop “copain”. Ils s’étonnaient aussi des bonnes notes dans ma matière, me soupçonnaient d’être trop laxiste… Alors qu’en réalité, le fait que le courant passe bien entre ma classe et moi incitait les élèves à travailler davantage, tout simplement. J’ai choisi d’ignorer tout ça.

Et puis, un jour, le proviseur est venu me voir car des rumeurs couraient sur mon compte : il se murmurait que je fréquentais les élèves en dehors de mes cours, que j’allais boire des verres avec eux… Ça commençait à faire beaucoup. J’ai été voir les créateurs de la page, leur ai expliqué la situation et ils ont accepté de la retirer. Finalement, ce témoignage de sympathie m’a coûté cher ! », relate-t-il.

Facebook : éviter les relations « d’égal à égal »

Au moins Éric a-t-il pu garder des relations apaisées avec ses élèves. Tel n’est pas le cas de tout le monde. La situation est d’autant plus complexe pour les jeunes profs, eux-mêmes souvent très actifs sur les réseaux sociaux. « Cela fait près de trois ans que j’enseigne. Comme je suis très jeune, j’ai toujours veillé à garder une certaine distance avec les adolescents, afin de conserver mon autorité et de ne pas être traité d’égal à égal. Je n’ai jamais eu aucun problème jusqu’à cette année », rapporte Majid, professeur de physique-chimie à Perpignan.

« Comme tout se passait bien, que les élèves me respectaient, que nous discutions régulièrement en dehors des cours de notre passion commune pour la musique, j’ai fini par les accepter comme ami sur Facebook. Et là, ça s’est dégradé. Ils ont commencé à poster n’importe quoi sur mon mur, à écrire en langage texto, voire à me tutoyer. Dans un premier temps, je me contentais de “faire le ménage” et de les rappeler à l’ordre. Puis, j’ai fini par carrément fermer ma page. Le problème, c’est qu’en classe, ça s’est dégradé également. C’est devenu le bras de fer permanent. J’ai hâte d’arriver à la fin de l’année scolaire... » confie-t-il.

Autre jeune enseignante, autre genre de dérive. Inès, chargée de travaux dirigés à l’université de Dijon, reconnaît ses torts : « Je ne me suis pas méfiée », avoue-t-elle. « Nous ne sommes pas dans un contexte très cloisonné, je ne me sens pas tout à fait professeur, j’avais face à moi des adultes, alors j’ai accepté sans hésiter les “demandes d’amis” de mes étudiants. Je n’avais pas réalisé qu’ils auraient accès à mes photos, y compris à celles prises lors de mes vacances où j’apparais en maillot de bain.

J’ai eu droit à des “déclarations d’amour”, à des commentaires salaces, à des invitations très insistantes. En cours, j’étais très mal à l’aise, je ne savais plus comment m’habiller, je n’osais plus me déplacer dans la salle, je restais scotchée à mon bureau, je sentais les regards… Heureusement, j’ai changé de groupe d’étudiants au second semestre. Mais je suis vaccinée ! » conclut-elle.

Pour éviter tous ces dérapages potentiels, la plupart des enseignants jouent la prudence, à l’image d’André Gunthert, maître de conférences à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales). « Je réserve l’usage des réseaux sociaux à mes doctorants. Ce sont déjà des chercheurs, certes débutants, mais nous sommes en quelque sorte sur un pied d’égalité. Avec des étudiants plus jeunes, j’ai l’impression que ce serait moins simple, qu’il pourrait y avoir des risques d’investissements affectifs trop importants. Je préfère éviter. Du coup, je ne vois que les aspects positifs des relations sur les réseaux sociaux ! »

Trouver la bonne distance reste le Graal pour conserver au réseau des réseaux tout son potentiel pédagogique. Tout un art !

(1) Les prénoms ont été changés à la demande des témoins.

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A l’issue des assises nationales sur le harcèlement à l’Ecole des 2 et 3 mai 2011, le ministre de l’Education nationale a indiqué que les comptes Facebook des élèves convaincus de harcèlement sur ce réseau social seraient fermés. Luc Chatel a précisé qu’un accord avait été signé avec l’entreprise Facebook à ce sujet. 

Pour en savoir plus

Sur la façon de gérer les relations profs/élèves sur les réseaux sociaux : lire le dossier de letudiant.fr intitulé « Facebook : être ou ne pas être ami avec ses profs » .

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