Projet Sankoré : un nouvel élan pour le numérique en Afrique ?

Fabienne Guimont
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Albert-Claude Benhamou, le directeur général de l’université numérique francophone des sciences de la santé et du sport (UNF3S) et collaborateur d'Alain Madelin dans le cadre de la mission « Education numérique pour tous » , devrait être nommé délégué interministériel à l’éducation numérique en Afrique auprès du président Nicolas Sarkozy. Cette annonce a été faite fin octobre 2009 à Dakar en marge du lancement du projet Sankoré avec le ministre de l’Education du Sénégal.

Une façon de relancer la mission d’Alain Madelin. Le projet Sankoré vise à équiper les écoles primaires et les collèges africains d'outils numériques, suite aux promesses faites il y a un an et demi par la France et la Grande-Bretagne pour réaliser les objectifs du Millénaire de scolarisation primaire universelle (alphabétisation de 40 millions d’enfants et formation de 4 millions d’enseignants) d’ici à 2015.

Sankoré, une plateforme de contenus pédagogiques

Avec cette délégation, l’idée est de faire du Sénégal le pays pilote d’un programme visant à équiper des classes de primaire et de collèges en TBI –tableaux blancs interactifs- et à produire des contenus pédagogiques numériques.

« La première plateforme de ce programme baptisé Sankoré [portail francophone de ressources numériques interactives pour les enseignants africains, NDLR], du nom de la première université de Tombouctou, sera le Sénégal, explique Albert-Claude Benhamou. Il faut qu’on monte une fabrique de programmes avec des ressources en ligne - comme celles de l’academie-en-ligne du CNED - qui pourront être adaptées par les collègues sénégalais. On monte un écosystème avec des enseignants qui vont devenir des producteurs de ressources. Cela se fait en parallèle de notre réflexion en France sur le TBI dans les classes rurales. Il n’y a pas de raison pour que l’Afrique ne prenne pas le tournant du numérique en même temps que nous », justifie le prochain délégué interministériel à l’éducation numérique en Afrique Albert-Claude Benhamou.

«Il nous faut le TBI »

L’équipement en TBI devrait commencer par les classes d’initiation, équivalent des CP en France. « Avec la convention signée [le 30 octobre 2009 avec Kalidou Diallo, le ministre de l’Education nationale sénégalais], toute une génération devrait monter au numérique », s’enthousiasme Albert-Claude Benhamou. « Au Sénégal, le président Abdoulaye Wade nourrit une grande ambition contre la fracture numérique. 40% du budget du pays est consacré à l’éducation. Il nous faut le TBI », insiste Kalidou Diallo. « L’Afrique a la capacité de franchir le fossé numérique plus vite que prévu et au Sénégal le réseau à haut débit est bien établi », renchérit Albert-Claude Benhamou.

Equiper les classes pour 1000 euros

« Il y a 40 000 classes de primaire et de collège à équiper en TBI, ordinateur et vidéoprojecteur pour un montant de 40 millions d’euros. La banque de ressources numériques pédagogiques devra être transmise dans les écoles de formation des enseignants », table pour sa part Gilles Thuaudet, attaché éducation culture à l’ambassade de France au Sénégal. « Pour l’instant, 80% des écoles primaires du Sénégal ne sont pas électrifiées mais nous allons installer des générateurs en même temps que des TBI. Le coût par école pourrait être de 1000 euros, entre le TBI, le générateur et l’ordinateur. Les négociations sont en cours avec les constructeurs », précise Albert-Claude Benhamou.  

Côté financements, rien n’est officiellement avancé. L’idée avait d’abord été caressée de s’appuyer sur le Fonds mondial de solidarité numérique , créé par Abdoulaye Wade en 2005 et présidé par Alain Madelin. Une piste abandonnée avec la dénonciation fin octobre 2009 par le président du Sénégal de malversations du secrétaire général, Denis Clerc, dans la gestion de ce fonds installé en Suisse.
 
A l’heure actuelle les besoins de formation des enseignants sont très importants. 3 000 personnes sont recrutées chaque année et arrivent devant les classes de primaire sans formation préalable…


Fabienne Guimont | Publié le