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Réputation des universités : Linkedin va-t-il rebattre les cartes ?

Camille Stromboni
Publié le
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Linkedin est en train de produire des classements d'universités
Linkedin est en train de produire des classements d'universités // ©  Pascal Sittler / R.E.A

Le numérique bouleverse la donne de multiples manières : Linkedin fait évoluer la e-réputation des universités, l'enseignant doit repenser son rôle. Et ce n'est pas une question de moyens mais de culture. Telle est la vision de Henri Isaac, chargé de mission "transformation numérique" à l'université Paris-Dauphine, qui est intervenu au colloque de la CPU à Strasbourg, jeudi 28 mai 2015.

Henri IsaacLe numérique, ce ne sont pas seulement de nouvelles pédagogies, ce sont aussi de nouveaux classements pour les universités...

Shanghai, le THE (Times Higher Education), le FT (Financial Times)… Ces classements traditionnels ne sont plus les seuls à jouer un rôle dans la réputation des établissements. D’autres émergent : Linkedin, qui réunit 338 millions de profils, est en train de produire des classements d’universités en partant de son immense stock de données. Le réseau social professionnel dispose en effet de statistiques sur des carrières entières. Ces classements permettent aux étudiants de voir quelle université les mènera le mieux vers le métier qu’ils visent.

C'est dans ces espaces que les étudiants vont chercher de l’information. Les universités doivent y avoir une stratégie. C’est une forme d’évaluation nouvelle. Pour peser dans ces rankings, une université a intérêt à ce que tous ses étudiants soient inscrits sur ces réseaux. C’est un défi majeur qui pose de nombreuses problématiques.

Cette question de l’e-réputation doit impérativement faire l’objet d’une réflexion et être traitée par les gouvernances de nos universités.

Je suis convaincu que d’ici peu de temps, Linkedin viendra voir les universités pour leur demander l’accès à leurs bases d’inscrits. Il faut au plus vite accompagner les étudiants à gérer leur présence dans ces espaces. Pour l’instant, ce qui se fait est encore artisanal, il faut que cela devienne systématique. La visibilité et la réputation des universités sont en jeu.

Je suis convaincu que d’ici peu, Linkedin viendra voir les universités pour leur demander l’accès à leurs bases d’inscrits.

Une nouvelle posture pour l’enseignant est également incontournable, rappelez-vous. Ne doit-il être plus qu’un coach ?

L’enseignant reste un "sachant", possédant un savoir, mais cela ne suffit plus. Le numérique ne va pas tuer l’université ou l’enseignant, comme on l’entend, mais transformer nos métiers. Il faut en effet ajouter des missions de coaching, de mentorat, où l’enseignant devient aussi un accompagnant. Beaucoup de nos collègues ne sont pas préparés à cette transformation. C’est cela qu’il faut accompagner, pour qu’ils puissent mettre en place des pédagogies du "faire" en trouvant du sens dans cette posture pédagogique.

Car cette nouvelle génération nécessite de mettre en place des dispositifs pédagogiques qui les positionnent en tant qu’acteurs, l’enseignant étant l’une des ressources qu’ils viennent solliciter quand ils sont bloqués. Il s’agit d’en faire des "makers", de développer le "learning by doing". Je suis d’ailleurs halluciné de voir ce qu’ils sont capables de faire lorsqu’on les place dans cette position !

L’une des questions clés est aussi de produire chez l’apprenant de la confiance en soi, pour qu’ensuite il progresse. Et ce n’est pas dans un amphi avec des méthodes traditionnelles que nous pouvons le faire. Le cours d’amphi à 800 ne fonctionne plus. J'en suis convaincu.

Les universités ont-elles aujourd'hui les moyens de mener de telles mutations ?

Ce n’est pas une question de moyens, mais de culture. Il faut avant tout que les établissements prennent la mesure de l’enjeu et s’en saisissent.


Camille Stromboni | Publié le

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Lucrezzia Milano.

J'ai supprimé mon profil LinkedIn. Je connais les étudiants méritants, ils ont mon adresse mail personnelle. Une lettre manuscrite vaut toujours mieux que 30 "endorsements " impersonnels et sans humour. Comme Facebook, ce réseau social à vocation professionnelle est une intrusion dans la vie privée - payante de surcroît. Je suis dubitative. Ancienne élève d'une ivy league américaine, les réseaux se font toujours autrement que la pseudo confraternité des vitrines virtuelles.

Jean-Marie Gilliot.

Oui, il y a un impact prévisible sur le classement des universités, mais de mon point de vue cela va beaucoup plus loin. Linked In va devenir un outil de recommandation de parcours, et de promotion de cours pour coller aux évolutions des métiers. Et pas seulement un outil de promotion des personnes et des universités, leur vision va plus loin. Linked In devient également l'intermédiaire incontournable entre les établissements de l'enseignement supérieur et leurs anciens. Je vous propose une petite synthèse ici : https://tipes.wordpress.com/2015/05/19/lambition-de-linkedin-dans-le-monde-de-la-formation/

Céline Fueyo.

L'e-réputation des universités: la problématique est enfin posée, merci Henri Isaac! Je suis entièrement d'accord avec votre positionnement. Les universités commencent à créer leur Page sur Linkedin ; le réseau social professionnel propose à ses membres d'évaluer et de recommander leur entreprise et leur université. Être présent sur ces réseaux sociaux professionnels est primordial, pour les entreprises, les institutions, les salariés et les étudiants (professionnels de demain). Je suis également d'accord avec A.E Bennani : les enseignants-chercheurs ont matière à adapter leur enseignement et améliorer leur coaching, en étant en lien direct avec la réalité du marché et des besoins des entreprises. L'e-recrutement, le marketing interne, les offres de poste sur les réseaux et la chasse aux profils ne vont cesser de s'imposer pour devenir la norme. J'incite mes étudiants à créer leur Profil et à constituer leur réseau dès la première année universitaire. L'accompagnement des étudiants est très important: ils doivent réaliser un audit de leur présence digitale, construire leur identité numérique et gérer leur e-réputation (ou personal branding). Cette réflexion stratégique a lieu lors des enseignements autour des enjeux de l'identité numérique mais j'essaie de sensibiliser des étudiants dans d'autres matières. Les Profils Linkedin permettent de faire un bilan de ses compétences, de valoriser ses études, ses projets, ses missions professionnelles...de développer la confiance en soi. #transformationdigitale

Az-Eddine Bennani.

Tout à fait d'accord avec Isaac. Non seulement les universités mais aussi les écoles, grandes et "petites" doivent réagir rapidement et considérer sérieusement le phénomène numérique et ses impacts sur toutes les activités de l'écosystème des universités et écoles. Certains d'entre nous ont déjà anticipé et ont opté (dans les limites de ce que nous avons le droit de faire) pour des méthodes de coaching, enseignement inversé, ... En ce qui concerne le système d'évaluation, il est urgent de se libérer de celui qui impose actuellement une sorte de "clonage" du système université et école. l'évaluation de la recherche qui est basée sur le référentiel de la liste des revues étoilées doit être revue sérieusement dans le cadre d'une réelle transformation numérique. De ce fait, les faux chercheurs (ceux qui se contentent d'ajouter leur nom à la liste des auteurs) et les tricheurs seront rapidement dévoilés. Aussi, ces revues dites étoilées qui profitent du manque d'un réel contrôle grâce à la transformation numérique échappent aujourd'hui à la sanction même si certaines d'ente elles se voient obligées de retirer des publications avec des données fictives...La transformation numérique instaurerait une évaluation juste, celle qui tiendrait compte de ce que tel ou tel enseignant-chercheur a réellement fait pour son établissement. Le numérique permettrait de suivre le parcours de nos étudiants depuis leur intégration à leur insertion dans la vie professionnelle. Les étudiants qui sont inscrits sur un réseau social et leurs professeurs (coaches) peuvent continuer à échanger. De cette façon aussi bien les ex-étudiants et professeurs s'informent et se forment mutuellement. Ainsi un professeur peut se rendre compte en continue des demandes du marché en matière de type de profil demandé. Le professeur pourrait donc adapter ses enseignements pour s'aligne aux besoins émergents...