Salima Saa : "Une épreuve de culture générale sur programme limiterait son effet ségrégatif"

Propos recueillis par Emmanuel Vaillant
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©Jérôme Bonnet
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Présidente de l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (Acsé), Salima Saa a remis ce mardi 20 mars son rapport sur « l'ouverture sociale dans l'enseignement supérieur » . Il lui avait été commandé un mois plus tôt par le ministre Laurent Wauquiez. Passant en revue les dispositifs mis en œuvre depuis plus de dix ans, ce rapport propose 18 mesures pour « promouvoir l’égalité des chances dans l’enseignement supérieur ». Parmi elles : inscrire la politique d'équité sociale dans le Code de l'Education ou encore modifier les concours aux grandes écoles avec l'introduction d'une épreuve de culture générale sur programme.

Un mois pour rédiger un rapport c’est un record. Pourquoi une telle urgence à établir un diagnostic avec des propositions à quelques semaines des élections présidentielles ?

Le ministre a justement souhaité que cette question fondamentale puisse faire l’objet d’un véritable débat politique. La massification n’a pas conduit à la démocratisation de l’enseignement supérieur. Les chiffres sont éloquents : par exemple à l'entrée en 6e, 45% des élèves sont des enfants d'ouvriers et d'employés, ils sont seulement 13% à entrer en classes préparatoires. Ou encore, les enfants de cadres, de professions libérales et d'enseignants qui pèsent pour 19% des effectifs en 6e, représentent 26 % des bacheliers, 46 % des bacheliers généraux et 54% des entrées en CPGE. Face à un tel constat, nous apportons des préconisations très pragmatiques.

Que proposez-vous pour que des dispositifs mis en place de façon éparse touchent le plus grand nombre et modifient profondément la situation ?

L’une des mesures les plus fortes est d’inscrire la politique d’équité sociale et territoriale dans le Code de l’éducation. La promotion de l’égalité des chances doit être une obligation, inscrite dans les conventions d’objectifs et de moyens signés avec les chefs d’établissement. Il n’est pas normal par exemple que dans certains lycées aucun élève ne s’oriente vers une classe prépa. Autre proposition : la généralisation du tutorat. Dans certaines  filières sélectives comme le droit ou la médecine, le tutorat, par exemple des étudiants en L3 avec des étudiants L1, doit être rendu obligatoire, sous la forme d’un module dans le cursus de formation. 

Entre le « modèle ESSEC » qui propose d’aider les candidats sans changer les concours et le « modèle Sc Po » qui met en place une voie d’entrée spécifique via les conventions d’éducation prioritaire, lequel privilégiez-vous ?

Même si le dispositif mis en place par Sciences Po a montré son efficacité, je suis plus favorable aux dispositifs choisis par les écoles de commerce comme l’Essec qui accompagnent les élèves pour réussir des concours communs à tous. Ceci dit nous proposons de réformer les concours de différentes manières : en valorisant par un système de coefficient la motivation, le projet personnel et l’intensité d’un parcours, en garantissant une diversité au sein même des jury, et surtout en ne supprimant pas l'épreuve de culture générale mais en la proposant sur programme pour limiter l'effet ségrégatif.


Propos recueillis par Emmanuel Vaillant | Publié le

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