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Sélection en master : les présidents d'université font monter la pression

Marine Miller
Publié le
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Université Toulouse 1 Capitole - cloître - ©UT1 Capitole
Selon Bruno Sire, le président de Toulouse 1, certains présidents d'université seraient à arrêter de recruter des étudiants. // ©  UT Capitole

Après la CPU, c'est au tour de la Curif – l'association des universités de recherche – de monter au créneau sur le master. L'objectif des présidents d'université : faire comprendre au ministère que la sélection est nécessaire et non négociable.

Nous apprécions le fait que le Conseil d'État ait clarifié le vide juridique dans lequel nous nous trouvions et qui avait permis la multiplication des recours devant les tribunaux administratifs contre la sélection en M2. Aujourd'hui, pour combler un tel vide juridique sur une question aussi importante il faut une volonté politique. Force est de constater qu'il n'y en a pas." Le président de l'UPMC, Jean Chambaz, n'y est pas allé par quatre chemins, lors d'une conférence de presse organisée à la hâte vendredi 19 février après les propos de Najat Vallaud-Belkacem tenus mercredi 17 février devant les députés, lors du débat sur la Stranes (Stratégie nationale de l'enseignement supérieur). 

"Des propos irresponsables"

La ministre a en effet promis devant la représentation nationale que la liste devant répertorier les formations sélectives en M2 serait "très limitative". Une déclaration parfaitement "incompréhensible", pour beaucoup de présidents d'université. "Toutes les universités opèrent une sélection à ce niveau", affirme encore le président de l'UPMC.

"La ministre a tenu des propos irresponsables concernant la sélection en master, qui serait rétrograde et favoriserait la ségrégation sociale. Or cette ségrégation se fait à l'école et au collège", soutient Jean Chambaz. "C'est ingérable et c'est un mauvais coup porté à l'enseignement supérieur. On est lâché par notre ministère. Les collègues sont prêts à arrêter de recruter des étudiants", renchérit Bruno Sire, le président de Toulouse 1, en visioconférence depuis Toulouse.

Cette passe d'arme entre le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, la CPU et la Curif intervient alors que les éléments de cadrage du décret sur la sélection en master n'ont pas encore été communiqués par le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche. Un cadrage attendu de pied ferme...


Marine Miller | Publié le

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Yves.

La sélection pose problème aujourd'hui simplement parce que l'université est elle aussi déconnectée du monde réel dont elle a viscéralement peur. La recherche fondamentale est une nécessité mais elle doit aussi s'appliquer par transfert dans l'économie du pays. La formation professionnelle et continue est l'avenir de l'université, à la condition qu'elle veuille bien oublier ses postures actuelles telles que le corporatisme, l'entre soi, l'élitisme. Une autre condition est d'ouvrir les universités à un véritable management dégagé des combines et arrangements personnels masqués par des instances stratifiées soi disant garantes de la gestion démocratique. La seule mesure de l'efficacité est le taux d'insertion des diplômés et les montants des partenariats entre secteur marchand et unités de recherche. Le nombre de publications est un critère d'évaluation trop restrictif et peu objectif. Le mot compétence est encore un "gros mot" au sein de l'université. Quand l'université aura fait sa révolution professionnelle, elle ne sera plus confrontée à des problèmes de budget et sera mieux à même de financer et faire financer la recherche fondamentale.Quel est le projet de l'université ? Quelle est la volonté de l'université ? il est urgent de se poser les bonnes questions et d'y répondre de façon pragmatique et non partisane.

Jean-Michel.

La sélection en master c'est aussi pour mettre autant que possible le nombre de diplômé en adéquation avec le marché de l'emploi. Ce n'est déjà pas évident... alors si on ne contrôle plus le nombre d'étudiants cela fera des chômeurs de niveau bac+5 !!! Quel objectif merveilleux messieurs-dames du gouvernement !!! Mais en attendant vous aurez été ré-élu, ou pas.

Frédéric BOULARD.

D'un côté pas de sélection par la motivation et le dossier, pas d'augmentation des frais de scolarité... De l'autre, pas (suffisamment) de moyens, pas (ou peu) d'étudiants issus des classes populaires en M1/M2 et pas (assez) de reconnaissance pour les universités. Comment ne pas voir que tout cela est lié dans un même système infernal ? C'est cet ensemble qu'il faut réformer en un système vertueux !

Sylvie.

L'égalité des chances pour les classes populaires pourrait s'obtenir avec plus de sérieux, de cohérence, et un plus de niveau d'exigence dans l'enseignement dès le plus jeune âge, et sur tout le parcours scolaire et éducatif. Car d'où vient le 'handicap' de ces enfants par rapport à ceux des parents plus instruits? Du fait que leur parents, n'étant pas eux-mêmes habitués à beaucoup considérer l'école et les études, ne leurs transmettent pas ces valeurs, ces habitudes de travail, ne leurs demandent pas de s'appliquer. Entre un enfant/ado à qui on rappelle le soir de faire ses devoirs et de revoir ses cours et un autre à qui on ne parle jamais de ça et qu'on laisse tout le temps jouer ou sortir, il ne doit pas y avoir une "égalité de chances". Or si l'école aussi démissionne de son rôle d'instruire tout le monde, d'évaluer ce qui réussit et ce qui rate, de communiquer sur les succès et les éventuelles difficultés, de prendre des mesures et s'ajuster dans les cas où son rôle ne fonctionne pas bien - il revient alors à qui d'établir cette "égalité de chances"? Surtout que la fameuse carte scolaire interdit à un élève d'une 'zone difficile' qui aurait, malgré tous les désavantages, un bon niveau et envie de bien travailler d'aller dans une meilleure école, où l'enseignement peut se dérouler à son niveau, et où ses capacités ne seraient pas gaspillées, étouffées, mais au contraire, encouragées et utilisées, pour lui et pour la société