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Sélection à l'entrée de l'université : 194 licences fixent déjà des prérequis, selon l'Unef

Laura Taillandier
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Université Paris-Est Créteil (UPEC) - Campus Centre (Créteil) © UPEC  Nicolas Darphin - juillet 2013
L'Upec est la deuxième université à proposer le plus de filières sélectives à l'entrée de la L1, selon l'enquête de l'Unef. // ©  UPEC Nicolas Darphin
La sélection "illégale" en licence augmente selon l'enquête annuelle de l'Unef. L'organisation étudiante fournit des chiffres et rappelle son opposition à la mise en place de prérequis dans les universités.

Ce sont des données qui arrivent à point nommé. L'Unef a publié mercredi 19 juillet 2017 son enquête annuelle portant sur ce que l'organisation appelle "la sélection illégale" à l'entrée à l'université. Elle y recense pas moins de 379 formations sélectives à l'entrée de la L1, dont 194 par le biais de prérequis.

Ces résultats trouvent une résonance particulière dans l'actualité, avec l'ouverture de la concertation portant sur l'entrée dans le premier cycle universitaire. La mise en place de prérequis, décriée par l'Unef, est en effet sur la table des discussions autour du contrat de réussite étudiant. "Nous avons choisi cette année d'étoffer le champ de notre enquête pour peser dans cette concertation. Cette dernière doit aller dans le bon sens et pas dans celui d'une sélection qui ne dit pas son nom et au détriment des étudiants", souligne Lilâ Le Bas, à la tête du syndicat.  

Des formations sélectives en hausse

Le nombre des formations pratiquant une sélection "illégale" serait en hausse, selon l'Unef : 43 en plus par rapport à 2016. Comme l'an passé, la majorité des établissements qui ont recours à une sélection dans certaines licences se situent en Île-de-France. Paris-Sorbonne occupe toujours le haut du classement établi par l'organisation étudiante, avec 36 formations, suivie de l'université Paris-Est-Créteil (22) et de Paris-Diderot (19). 

Rang Universités Nombre de formations sélectives
1 Paris-Sorbonne 36
2 Paris-Est-Créteil 22
3 Paris-Diderot 19
4 Paris-Panthéon-Sorbonne 17
5 Bordeaux-Montaigne 16
6 Université Charles-de-Gaulle-Lille 3 15
7 Lyon 3-Jean-Moulin 14
8 UPMC 13
9 Clermont-Auvergne 13
10 Grenoble-Alpes 12


Prérequis : du bac à la maîtrise d'une activité sportive

Les modalités de sélection varient d'une formation à l'autre, allant de l'envoi d'un dossier spécifique à un entretien en passant par les fameux prérequis. "Parmi les universités qui pratiquent de la sélection illégale, 39 le font par le biais de prérequis. Si ces derniers sont très divers, plusieurs catégories reviennent fréquemment", observe l'Unef. Ces formations "demandent majoritairement un baccalauréat général, excluant de fait les bacheliers technologiques et professionnels", regrette le syndicat. 

Mais certaines universités réclameraient également une "formation extérieure au cursus scolaire". À l'image d'une licence "management du sport", option "activités équestres de sport et de loisir" qui demande un niveau minimum d'équitation. Une requête inacceptable ? "L'équitation est un marqueur social. Il faut faire en sorte que des cours soient suffisamment accessibles en lycée avant de demander une maîtrise minimale à l'université. C'est comme exiger un niveau en natation pour entrer en Staps. Il y a de fortes inégalités en termes de pratique de cette activité et notamment géographiques", argumente Lilâ Le Bas. 

Une sélection illégale ?

"Ce n'est pas parce que cela fait des années que les universités demandent des prérequis sur certaines formations que c'est plus légal pour autant. Ces établissements détournent le droit", insiste la présidente de l'Unef.

Un fait que conteste Alain Tallon, vice-président "formation et scolarité" de l'université Paris-Sorbonne. "Cela n'a rien d'illégal. Nous avons l'autorisation de pratiquer une sélection sur certaines formations comme les doubles cursus", explique-t-il. "Au mois de novembre, nous présentons au rectorat ces informations sur nos formations pour la catégorie quatre sur APB et tout a toujours été validé", précise-t-il. 

Nous avons l'autorisation de pratiquer une sélection sur certaines formations comme les doubles cursus.
(A. Tallon)

Avant de préciser que son université pratique une sélection sur 25 de ses formations et non sur 36, comme avancé par l'Unef. "Il s'agit soit de doubles cursus avec des établissements extérieurs comme Panthéon-Assas, l'UPMC ou Sciences po, soit de cursus internes, en langues notamment, comme lettres modernes-anglais, où nous demandons un niveau minimum pour pouvoir suivre les cours en anglais", illustre le vice-président. Cette sélection est, selon lui, la seule solution pour éviter le tirage au sort dans un cursus comme histoire-anglais où l'université reçoit 1.000 demandes pour 60 places. "Je préférais aller jusqu'à supprimer ce diplôme très demandé plutôt que de passer par le tirage au sort", affirme Alain Tallon.

Des capacités d'accueil en baisse dans des filières en tension

Comme en 2016, l'Unef alerte également sur la mise en place d'une université "à deux vitesses". "Les établissements vont mettre des moyens sur ces formations sélectives alors qu'elles font face à des problèmes de financement", poursuit Lilâ Le Bas. Selon cette enquête, 125 formations au total ont réduit leur capacité d'accueil cette année, dont certaines dans les filières en tension, comme en Staps (18 formations recensées par le syndicat), Paces ou droit. Des choix opérés par contrainte financière, selon l'Unef.

Reste que ces données non exhaustives ne permettent pas d'avoir une vision globale du solde des ouvertures et fermetures au niveau national. Et qu'elles seront sûrement amenées à évoluer dans le cadre de la procédure complémentaire d'Admission postbac, le ministère ayant promis des moyens supplémentaires aux universités qui augmenteraient leur nombre de places en Staps. 

Universités Variation (en %) des capacités en Staps entre 2017 et 2016
Reims –35,38 %
Caen –25 %
Bourgogne –35 %
Marne-la-Vallée –50 %
Strasbourg –20 %
Montpellier –15,4 %
Lyon 1 –13,3 %
Avignon –24,5 %
Évry –35 %
Paris 13 –22,3 %
Valenciennes –14 %
Bourgogne-Le Creusot –30,6 %
La Réunion –9,1 %
Besançon –10 %
Perpignan –20 %
Artois –9 %

Laura Taillandier | Publié le

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Sayous.

La justification de la possession des prérequis pour une formation sont, mon expérience professionnelle comme mon vécu passé d'étudiant m'en convainquent, l'une des conditions clés qui peuvent assurer que l'élève ou l'étudiant pourra suivre une scolarité "normale". C'est à dire, pour une formation universitaire, une scolarité qui conduirait à l'obtention de la licence (L3, niveau Bac+3) en 3 voire, plus exceptionnellement, 4 ans. De ce fait, la vérification de l'effectivité des prérequis devrait être considéré comme la manifestation d'une volonté de contribuer à la réussite de l'individu. Ce serait et C'EST en fait ce que je considère pour ma part de l'ORIENTATION ACTIVE. Mais voilà... Dans l'université française, actuellement, à peine 60-65% des étudiants entrés en 1ère année obtiennent la licence ou un diplôme de niveau équivalent. Certes et... HEUREUSEMENT, si la moitié des quelques 40% restant obtiennent un diplôme dit "court" (DUT, BTS), il n'empêche : - qu'à un moment donné, pour une raison ou une autre, ils sont "passés par l'université" ; - que 20% d'entre eux vont alimenter les 25% de jeunes sans emplois dans la tranche des 18-25 ans... Et ça, ça dure depuis des années maintenant. Et depuis des années, l'UNEF s'oppose systématiquement à tout recours à des critères d'entrée à l'université. Parce que systématiquement (dogmatiquement ?), l'UNEF considère qu'il s'agit là non pas d'une orientation active, mais de... "SELECTION". Quand on fait le constat de l'incroyable taux d'échecs en licence ; quand on connaît le dramatique taux de chômage chez les jeunes de 18-25 ans; quand on sait qu'en moyenne, le coût d'une formation est de 10 000€ (dix mille euros) par an et par étudiant, payés par les impôts des citoyens, même ceux qui ne bénéficient pas de ce dispositif ; quand on connaît les carences en compétences diverses que connaît le secteur économique ; comment ne pas s'interroger sur le degré de responsabilité (d'irresponsabilité ?) que manifeste l'UNEF avec une telle position ? Que pense(rai)ent d'une telle position le plus grand nombre de citoyens, s'ils étaient au fait de tous ces détails ? Cela, sans mentionner la situation de l'image de l'université française dans le public. Car aujourd'hui, MALHEUREUSEMENT, l'université française suscite une telle opinion négative que la plupart des jeunes et leurs parents aspirent à faire autre chose. Et je ne parle pas de la posture que les entreprises manifestent au travers de leurs processus de recrutement... Cette situation est aussi dramatique que regrettable, car l'université française, qui m'a formé en mon temps, mérite vraiment autre chose. Mais voilà, contre vents et marées, l'UNEF veille... Sans doute veille-t-elle à l'avenir de ces 20% de jeunes qui, initialement inscrits "en fac", quittent le navire avant l'obtention du moindre diplôme...