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Succession de Richard Descoings à Sciences po : Christine Musselin et Guillaume Klossa s'estiment toujours en course

Propos recueillis par Camille Stromboni
Publié le
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Musselin Klossa ??
Musselin Klossa ??
La procédure de succession de Richard Descoings à la tête de Sciences po Paris se poursuit. Si une short-list de quatre candidats est sortie dans la presse, les autres postulants à la fonction de directeur de l'IEP ne s'estiment pas pour autant hors-course parce qu'ils n'ont reçu aucune réponse de l'IEP. EducPros donne la parole à deux d'entre eux : Christine Musselin, directrice du CSO (Centre de sociologie des organisations – Sciences po-CNRS), et Guillaume Klossa, président du centre de réflexion européen EuropaNova.

Que pensez-vous de la procédure de sélection du successeur de Richard Descoings à la tête de Sciences po Paris ? Après la sortie dans la presse d'une short list de quatre candidats , pensez-vous être encore dans la course ?

Christine Musselin : Je n'ai eu aucune information, dans un sens ou dans l'autre, je considère donc que ma candidature n'est pas encore rejetée. Cette procédure est une première pour Sciences po Paris. Je ne doute absolument pas du sérieux du travail des comités sur l'instruction des dossiers.

"Il me semble critiquable que nous soyons informés de l'avancement de la procédure de recrutement par la presse"

Il me semble en revanche critiquable que nous soyons informés de son avancement par la presse. Beaucoup de points restent également en suspens : des entretiens avec les candidats sont-ils prévus ? Les conseils auront-ils la possibilité de reprendre un dossier écarté par les comités ?

Guillaume Klossa : Réjouissons-nous d’abord d’une procédure de sélection ouverte. C'est une vraie nouveauté à Sciences po, dont la coutume était que l'équipe dirigeante choisisse un directeur au sein de l'institut.  Dans un monde idéal, toutes  les règles auraient pu être fixées à l’avance, mais sur toute procédure nouvelle, on apprend en marchant. C'est une expérimentation.

Concernant ma candidature, je n'ai pas encore reçu d’information. J'ai un projet issu d'une réflexion menée en consultant enseignants, chercheurs, étudiants, et au delà. J'aimerais défendre cet engagement en ayant la possibilité d’être auditionné par les comités de sélection.
 
Pourquoi êtes-vous candidate à la direction de Sciences po Paris ? Quels sont vos atouts et vos points faibles ?
 
Christine Musselin : J’ai un projet pour Sciences po, les compétences, l’envie et l’énergie pour le porter. J’ai étudié depuis de nombreuses années la gouvernance des institutions d’enseignement supérieur en France et à l’étranger : j’en connais les enjeux, les difficultés, mais je sais aussi quels sont les leviers qui permettent de l’exercer.
 
J’ai par ailleurs une expérience de gouvernance à travers la gestion de projets de recherche ou la direction de mon laboratoire. Ma réputation internationale en tant que chercheuse sur les systèmes d’enseignement supérieur et de recherche, mais aussi ma participation en tant qu’experte à diverses instances en France, en Europe et aux Etats-Unis témoignent de mon excellente connaissance de ces questions et surtout des évolutions mondiales qu’il est fondamental de ne pas ignorer.
 
Enfin, je suis liée à Sciences po depuis le début des années 1980 comme doctorante, puis enseignante et enfin directrice d’un de ses laboratoires. Je vis Sciences po de l’intérieur depuis plusieurs années mais sans être uniquement Sciences po, ni par ma formation initiale, ni par mon appartenance professionnelle, ce qui me donne un recul bénéfique.
 
En revanche, je ne suis pas connue de la haute fonction publique – sauf bien sûr celle du MESR [ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche]. Je n’ai jamais non plus dirigé un établissement de cette taille. Je participe cependant activement aux instances décisionnelles de Sciences po depuis de nombreuses années et suis loin d’être novice en la matière.

Guillaume Klossa : Un nouvel ordre universitaire mondial se met en place de manière accélérée. Mon ambition est de contribuer à faire de Sciences po une grande université de rang international et de référence sur son cœur de métier, la « Res Publica ». Un défi passionnant, dans le prolongement des transformations menées par Richard Descoings. Sciences po a toutes les cartes pour relever ce défi.  

Outre ma connaissance d’une « maison » avec laquelle je n’ai cessé d’entretenir des liens depuis que j’ai quitté la rue Saint Guillaume, j’aimerais apporter une expérience plurielle conciliant secteur public et privé, une connaissance intime de la plupart des métiers auxquels mène Sciences po,  une vision pluridisciplinaire et ouverte sur l'Europe et le monde, et un mode de gestion fondé sur la concertation, la rigueur, le collectif et l'innovation.

Mon point faible peut être de ne pas être un académique "pur", pour cette maison dont la tradition était jusqu’à présent d’alterner à sa direction académiques et membres des grands corps."

Quel est votre projet pour Sciences po ?

Christine Musselin : "Aujourd’hui, un grand établissement d’enseignement supérieur ne peut se contenter de former des élites : il doit aussi contribuer à la production de connaissances, être reconnu au niveau international pour la qualité de sa recherche et en faire bénéficier ses étudiants.

L’offre et la structure de l’enseignement à Sciences po ont beaucoup évolué et dans le bon sens dans l’ensemble. Il faut maintenant faire de même pour la recherche afin d’avancer sur deux pieds. La recherche n’est pas encore assez centrale à Sciences po et il est fondamental de poursuivre sa transformation en « université de recherche » de premier plan pour les sciences humaines et sociales.

Un autre objectif prioritaire de mon projet est la réforme de la gouvernance de Sciences po. Aujourd’hui, les grandes universités de recherche internationales sont caractérisées par une gestion rigoureuse mais aussi par l’autonomie scientifique et pédagogique qu’elles confient à leur corps professoral. Elles mêlent ainsi management et collégialité.

Guillaume Klossa : Premier enjeu auquel je tente de répondre dans mon projet : il faut achever et consolider, de manière dynamique, le mouvement de transformation de Sciences po en grande université de rang international. Avec le souci de renforcer la recherche en sciences humaines et sociales, les partenariats d’excellence à l'international, et ceux entre sciences humaines et sciences « dures ».

Deuxième enjeu : affirmer Sciences po comme un acteur majeur du système universitaire français, en tant que grand établissement autonome au sein de la future université Sorbonne Paris Cité.

"Comme les grandes universités anglo-saxonnes, Sciences po doit apporter sa contribution au débat public pour résoudre les grands défis sociétaux"

Troisième enjeu majeur : faire de l'excellence européenne un levier dans la compétition mondiale. Il s’agit d’accélérer l'européanisation de l'enseignement et de la recherche en créant notamment une « coopération renforcée » d’universités européennes d'excellence sur la mobilité des enseignants et des chercheurs.

La philosophie générale de Sciences po doit être l’exemplarité en matière de responsabilité sociale et sociétale et l’innovation en matière pédagogique et numérique.

Enfin, l’accélération de la professionnalisation des processus de prise de décision, de recrutement et d'évaluation… est nécessaire, ainsi qu'une organisation de la direction de Sciences po adaptée à ces nouveaux défis. Je pense notamment à  la possibilité de créer un doyen de Sciences po, qui soit directeur de la recherche et des études."

Crédit de la photo de Guillaume Klossa : Jean-Luc Bertini

Quatre candidats retenus ?

Selon Slate.fr , quatre candidats resteraient en lice : Hervé Crès , administrateur provisoire de l'IEP, Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, Jean-Michel Blanquer , directeur général de l’enseignement scolaire et le diplomate Gilles Andréani.

Jean-Claude Casanova, président du conseil d'administration de l'IEP, a réagi : Sciences Po Paris : la liste des 4 candidats retenus "peut être modifiée" (J.C. Casanova)

Lire aussi : La Cour des comptes fustige la gestion de Sciences po (Le Monde)

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