Supinfocom se développe en Inde avec le soutien du milliardaire DSK

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Supinfocom se développe en Inde avec le soutien du milliardaire DSK
Le campus DSK Supinfocom // © 
Le groupe Supinfocom, spécialisé dans la création numérique, a créé une franchise à Pune en Inde. Financé et construit par un magnat indien de l’immobilier DS Kulkarni, ce campus flambant neuf accueille déjà 350 étudiants, dont 50 français. Notre journaliste était sur place pour l'inauguration.

«Ce campus c’est mon rêve, je suis sûr que les étudiants vont toucher le ciel», a déclaré avec émotion DS Kulkarni, président du groupe DSK, en inaugurant, le vendredi 3 décembre 2011, le campus DSK Supinfocom Group à Pune, ville située à 200 km de Mumbai (Bombay). Sur ce campus de huit hectares flambant neuf, sous un soleil d’été, on pourrait se croire sur la Côte d’Azur. Un petit tour dans les rues poussiéreuses de Pune, à quelques kilomètres de là, lève toutefois toute ambiguïté. C’est là qu’est né DS Kulkarni, qui a commencé comme simple vendeur de légumes, et a créé, à huit ans seulement, sa première entreprise de nettoyage de téléphones. Il est aujourd’hui à la tête d’une des plus grandes fortunes d’Inde, spécialisé dans la construction, et le premier concessionnaire Toyota du pays. Pour lui et toute sa famille, cette fête est une consécration, puisqu’il accueille en fanfare la présidente de l’Inde en personne, Pratibha Patil, plusieurs milliers d’invités ainsi qu’une délégation française d’une trentaine de personnes.

«Nous sommes allés chercher la meilleure formation en France»

    
La french touch reste toujours une référence à l’étranger. Car c’est l’éducation à la française que ce magnat de l’immobilier a choisie. «Avec ma femme, nous sommes allés chercher la meilleure formation en France», a expliqué DS Kulkarni , dont l’épouse dirige le pole éducation du groupe. Il s’agit de Supinfocom , groupe d’écoles de Valenciennes de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Grand Hainaut qui comprend Supinfocom (cinéma d’animation), Supinfogame (jeux vidéo) et l’ISD (Institut supérieur de design). Fondé il y a vingt ans, ce groupe accueille 700 étudiants à Valenciennes, 1.000 avec son antenne à Arles. Et, depuis 2008, le campus indien propose, exactement comme en France, un diplôme en quatre ou cinq ans, de niveau I certifié par le RNCP (Répertoire national de certification professionnelle).

Trois pavillons prévus pour chacun des trois directeurs français


La construction de l’école a commencé il y a quatre ans. Et le groupe indien n’a pas lésiné sur les moyens : piscine, salles de classe ultramodernes avec deux ordinateurs par élève, logement, cafétéria. Car DSK veut le meilleur. «Je pense que lorsqu’on entreprend quelque chose, il faut le faire bien», a-t-il déclaré à l’occasion d’une conférence de presse ouverte aux médias français et indiens.

Tout a été prévu, même les trois jolis pavillons pour chacun des trois directeurs français : Philippe Vahe (design), Alexis Madinier (jeux vidéo) et Martin Ruyant (animation). L’école compte aussi dix enseignants français et un allemand, ainsi qu’une dizaine de professeurs indiens. Tous les enseignants français sont payés par le groupe DSK et ont été embauchés sous contrat local. Ils touchent un salaire équivalent à celui qu’ils percevraient en France, assorti d’une prime permettant de payer la Sécurité sociale et la retraite. «Heureusement, la vie n’est pas chère, nous vivons sur le campus où nous sommes nourris et logés presque gratuitement », explique Norbert Cellier, professeur de projet et gestion de production à Supinfogame.

Les enseignants français, embauchés sous contrat local, sont payés par le groupe DSK

La CCI touche 10% des frais d’inscription en royalties


Les premiers contacts ont été noués en 2004. C’est le cabinet de consultants Palmforce, implanté à Londres, qui a découvert les films sur l’histoire de l’Inde réalisés par DSK Group, et a demandé s’il serait intéressé par la création d’une école. En cherchant la meilleure formation, ce cabinet, dont les membres sont d’origine indienne, a repéré Supinfocom à Valenciennes, qui avait déjà essaimé à Arles avec succès. «Supinfocom est très célèbre parmi les passionnés de cinéma d’animation en raison des très nombreux prix gagnés lors des plus prestigieux festivals mondiaux, et quand j’ai vu qu’ils ouvraient une école à côté de chez moi, j’ai sauté sur l’occasion», relate Shashank Dhongde, 22 ans, originaire de Pune. Surtout qu’en Inde, les formations à la création numérique y sont plus courtes et l’enseignement plus théorique. Et comme le souligne Francis Aldebert, président de la CCI du Grand Hainaut : «Nous sommes reconnus comme ayant la meilleure école professionnelle.» Au début, la CCI prospectait plutôt vers l’Amérique du Sud, mais la proposition du milliardaire indien a changé la donne.

«Ce partenariat nous donne une envergure internationale»

«C’est un marché global, et aujourd’hui les coproductions sont internationales», a relevé Alain Hernoux, responsable de la formation de la CCI de Valenciennes, qui s’est chargé des contacts avec la famille Kulkarni. Ensuite, c’est Delphine Gieux , consultante en Inde, qui s’est occupée de monter le contrat. Le contrat de franchise a été signé en 2007 pour cinq ans renouvelables selon un montant non communiqué. La CCI touche en plus des royalties, égales à 10% des frais

de scolarité payés par les étudiants. Mais l’école française garde le contrôle sur le recrutement des enseignants et la sélection des étudiants. «Plus qu’un intérêt financier, ce partenariat nous confère une envergure internationale, il nous permet d’éprouver notre modèle pédagogique à l’étranger, et cela nous a obligés à rédiger tous nos cours en anglais, ce que nous répercutons à Valenciennes, puisqu'en 2012, 30% des cours se dérouleront en anglais », note Anne Brotot, directrice du groupe Supinfocom à Valenciennes.

Un investissement rentabilisé dans quatorze ans

Côté indien, la création du campus coûtera au final 60 millions de dollars (45 ont déjà été dépensés). Mais comme DSK le reconnaît lui-même, l’investissement ne sera pas immédiatement rentable malgré des frais de scolarité de 13.000 € par an et par élève. «Nous ne comptons pas rentabiliser notre investissement avant quatorze ans, car notre but n’est pas de faire de l’argent, mais d’être les meilleurs», a soutenu le richissime indien, qui a avec prévoyance racheté les terres aux paysans des alentours afin de créer d’autres écoles. La ville de Pune est en effet connue pour la qualité de ses universités : le MIT (Maharashtra Institute of Technology) est à seulement un kilomètre et demi.

Les étudiants indiens n’ont pas l’habitude d’effectuer de travail personnel

Mais cela n’a pas toujours été facile de faire travailler des étudiants de culture si différente. «La difficulté est que, contrairement aux Français, les étudiants indiens n’ont pas l’habitude d’effectuer de travail personnel, et nous avons dû augmenter les heures de travail encadré afin de mieux coller à leurs attentes», précise Anne Brotot. Habitués à apprendre par cœur, les élèves doivent aussi acquérir l’esprit critique. «Ils ne remettent jamais en cause ce qu’un prof peut dire et ils n’ont pas l’habitude de dire qu’ils n’ont pas compris, alors que c’est important pour progresser», mentionne pour sa part Norbert Cellier, enseignant. Et puis il faut convaincre les familles, plus intéressées par des études de médecine ou d’ingénieur que de design. Du coup, les abandons ont été nombreux les premières années. À la fin, ne reste que les plus motivés. «Nous ne sommes que trois à êtres restés de la première année», note Karl Lalonier, étudiant français de 23 ans, arrivé parmi les premiers dès l’ouverture de l’école en 2008. À l’époque, ils faisaient cours dans les chambres, et ils n’étaient que 48 étudiants, dont 14 français. Ils sont presque dix fois plus nombreux aujourd’hui.

De notre envoyée spéciale à Pune (Inde), Sophie de Tarlé


Intuit Lab inaugure une antenne à Bombay

Spécialisée en graphisme, l’école Intuit Lab, présente à Paris et à Aix-en-Provence, a ouvert une école à Mumbai (Bombay) en septembre 2011. Un beau cadeau pour cette école qui vient de fêter ses 10 ans. C’est la rencontre avec Ravi Deshpande, célèbre publicitaire indien, qui a permis à l’école française de s'installer en Inde. «Nous avons l’habitude d’inviter des professionnels étrangers et, quand Ravi Deshpande est venu dans l’école, il est tombé à la renverse en voyant les dossiers des étudiants. Comme il est très porté sur la formation, il a été très intéressé par l’idée de créer une école comme la nôtre en Inde», raconte Patrick Felices, directeur d’Intuit Lab. Quoi de mieux pour créer une école que de se faire recommander par un professionnel reconnu. La première promotion d’Intuit Lab Mumbai a fait sa rentrée en septembre 2011 avec 17 étudiants. La direction française n’a pas eu de mal à recruter d’excellents enseignants indiens, même s’il a parfois fallu les recadrer afin que l’école française garde sa spécificité. «En effet, précise Patrick Felices, les Indiens ne comprennent pas toujours que nos cours soient morcelés, avec un cours de perspective, un cours de nu, de rough, un cours de créativité, de technologie. Ils auraient tendance à enseigner un peu de tout à chaque fois, ce qui ralentit beaucoup l’apprentissage.» Pour qu’une école garde son attractivité en Inde, il faut qu’elle reste bien française...

Lisaa a ouvert une franchise à New Delhi

Lisaa, école d’art française, a ouvert une école à Gurgaon près de New Delhi en août 2011. «L’école a profité de l’excellente réputation de la création française», nous explique Michel Glize, directeur de l’école, déjà présente à Paris, Rennes, Nantes et Strasbourg. Lisaa propose quatre spécialités (mode, stylisme, architecture d’intérieur et jeux vidéo/animation). Pour se développer à l’international, Michel Glize a choisi la formule de la franchise, moins coûteuse en termes d’investissement. «Mais ce n’est pas une source de revenus importante, car la création d’une école demande beaucoup de patience. Cela permet surtout aux étudiants français de nouer des échanges culturels, d’avoir des opportunités de stages, des relations économiques et financières», ajoute celui qui est également fondateur de l’agence de tendance Promostyl et des Ateliers de Sèvres , une prépa artistique parisienne de renom. La clef du succès selon lui ? «Trouver la bonne personne en qui on peut avoir confiance, capable d’avoir l’assise financière et les compétences», estime-t-il. Et de conclure : «Notre modèle de développement à l’international est le collège La Salle au Canada, qui possède un réseau international de 21 établissements dans le monde.»

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