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Les établissements d’enseignement supérieur, un investissement d'avenir pour les territoires

Étienne Gless
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Avec six autres établissements, l'université de Cergy-Pontoise a mené une expérience pilote pour mesurer l'empreinte économique, sociale et environnementale de ses campus.
Avec six autres établissements, l'université de Cergy-Pontoise a mené une expérience pilote pour mesurer l'empreinte économique, sociale et environnementale de ses campus. // ©  Université Cergy-Pontoise
Les outils de mesure d’impact territorial rappellent utilement aux collectivités et aux entreprises que les établissements d’enseignement supérieur, loin d’être une charge pour leurs territoires, participent à leur dynamisme économique.

"Si vous arrivez à mesurer ce que rapporte la mise sur le marché d'un ingénieur dans un territoire pendant dix ans, vous méritez le prix Nobel de gestion !" ironise Guillaume Quiquerez directeur du labo Sociétal de l’École centrale de Marseille. L'école d'ingénieurs a commandé une étude de son impact sur son territoire.

Difficile, en effet, de fixer le coût de l'essentiel du travail d’une institution d’enseignement supérieur et de recherche. Mais à l'instar de Centrale Marseille, de plus en plus d’établissements essaient de chiffrer leur contribution à l'écosystème local. L'objectif ? Mieux valoriser leur apport auprès des décideurs locaux.

"Nous sommes implantés dans un territoire où les collectivités ont du mal à reconnaître l’existence et l’importance des établissements de l’ESR", ajoute Guillaume Quiquerez. "L’université est 40 à 80 fois plus grande que notre école. L’accès au dialogue avec les pouvoirs publics n’est pas toujours simple !" Une étude d'impact – d'autant plus si celle-ci est positive – peut fournir une bonne base de discussion.

Le BSIS, de la mesure de l'attractivité à celle du management

Au dernier congrès de la CGE (Conférence des grandes écoles) à Lille, début octobre, deux dispositifs de mesures d’impact territorial ont été présentés : le BSIS (Business school impact system), développé depuis 2012 par la Fnege (Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises), et Campus Footprint, créé par un cabinet de conseil spécialisé en développement durable, Utopies.

"Une trentaine d’établissements ont suivi la démarche du BSIS", rappelle Maurice Thévenet, délégué général de la Fnege. De grandes écoles de management, comme Audencia à Nantes, Grenoble EM ou Toulouse BS, ainsi que des IAE, comme ceux de Nice, Lyon ou Bordeaux, ont évalué à travers une centaine d'indicateurs leur impact économique, financier, éducatif ainsi que leur image.

En effet, beaucoup d'établissements affichent dans leur nom celui de la ville et le font rayonner. L'IAE de Grenoble, un des premiers établissements à utiliser le BSIS, a ainsi calculé qu'elle apportait 97 millions d'euros de retombées directes et indirectes au niveau local… Pour un budget de 3 millions d'euros en 2012 !

"À la création du BSIS, l’idée de départ était de mesurer et d’attester l'impact d’une institution sur sa ville ou sa région et de s’en servir comme outil de communication avec les décideurs des collectivités publiques dans un contexte de raréfaction de leurs ressources financières", précise Michel Kalika, codirecteur du BSIS.

Chiffrer ce que l'on pèse au niveau local est un argument de poids quand on demande un soutien financier. "Mais par la suite, le BSIS est devenu un outil de management, de changement et de culture interne aux établissements. La méthodologie de l’outil aide à faire évoluer les équipes", ajoute Michel Kalika.

"Certaines écoles utilisent ainsi le BSIS comme un outil d'apprentissage en vue d’accréditations futures. C’est une démarche sans risque qui permet d’acculturer l’institution à la collecte des informations, à la venue de visiteurs et à la gestion d’un processus d’évaluation", poursuit-il.

Lire aussi : Les écoles de management font valoir leur contribution à l'économie locale

Des expériences pilotes à Clermont-Ferrand et Cergy-Pontoise

Quant à l'outil développé par le cabinet conseil Utopies, il est utilisé par des écoles et universités membres du réseau Campus responsables.

Une première étude a été réalisée en 2016 auprès de sept établissements sur deux sites pilotes : à Clermont-Ferrand, avec l’université Blaise Pascal, l’Institut français de mécanique avancée et l’ENSCC École de chimie ; et à Cergy-Pontoise, avec l'Université de Cergy, Supméca, Ecam-Epmi et l’Essec.

"Les impacts directs, indirects et induits sont évalués à partir de trois grands types de flux injectés par l’établissement sur son territoire selon le périmètre choisi : les achats réalisés (budget de fonctionnement hors dépenses exceptionnelles de construction/rénovation), la masse salariale versée et les dépenses fiscales", détaille Patricia Cortijo, manager au sein du cabinet Utopies.

Verdict par exemple, sur le plan de l'emploi : "Au niveau national, sur l’ensemble des établissements pilotes, 10 emplois directs soutiennent 21 emplois au total en France. L'effet multiplicateur de ces campus sur l’emploi est donc de 2,1", estime Patrica Cortijo. Selon l'étude, les sept établissements génèreraient près d'1 milliard d'euros (966 millions d'euros précisément), soit 24.000 euros par étudiant.

"Ces outils ne sont qu'une tentative d’attraper le réel, ils ne sont pas magiques. Nous rencontrons de vraies difficultés méthodologiques, mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’engager dans cette démarche", conclut Guillaume Quiquerez. La preuve est faite : les établissements d'enseignement supérieur ne vivent pas hors-sol. Et ils sont loin d'être des opérateurs économiques négligeables !


Étienne Gless | Publié le

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