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Trésors cachés des universités. Les papyrus de la Sorbonne

Géraldine Dauvergne
Publié le
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Masque doré (Inv.Sorb. 2766) - Institut de papyrologie de la Sorbonne // DR
Masque doré (Inv.Sorb. 2766) - Institut de papyrologie de la Sorbonne // DR

Constituée il y a un siècle, la collection de papyrus de Paris 4 Paris-Sorbonne a révélé quelques fragments des plus grands textes de la littérature antique. Une mine de documents pour les chercheurs en sciences sociales.

Fondé en 1920 par l'helléniste Pierre Jouguet pour étudier les papyrus extraits de ses fouilles en Égypte, l'Institut de papyrologie de la Sorbonne est un centre de recherche, commun à Paris 4 et à l'Institut de recherche et d'histoire des textes du CNRS, doté d'une bibliothèque d'exception. Les papyrus y sont restaurés, déchiffrés, retranscrits, traduits, commentés, indexés, et publiés. Un traitement qui peut prendre des décennies.

Les professeurs de l'UFR de grec de Paris 4 veillent sur la collection de papyrus. "Le grec était la langue de l'administration en Egypte pendant plus de mille ans," rappelle Jean Gascou, directeur de l'Institut de papyrologie jusqu'à la rentrée 2014. D'autres textes sont en latin, en arabe, en hiéroglyphes, en hiératique, en démotique ou en copte...

Des papyrus dans les masques de momie

Enrichie au fil des ans par les achats et les legs d'érudits, la collection Jouguet compte près de 3.000 pièces inventoriées, dont les plus anciennes remontent au IVe siècle avant J.-C. Les papyrus, certains soigneusement conservés entre deux plaques de verre, sont classés dans de larges tiroirs de métal, où apparaît parfois un masque de momie bleu et or, caractéristique du "kitsch funéraire pharaonisant d'époque grecque". Florent Jacques, ingénieur d'étude, reconstitue comme des puzzles les papyrus extraits des tombes égyptiennes. "Les papyrus écrits à l'époque ptolémaïque ont été réutilisés plus tard afin de fabriquer ces cartonnages de momie bon marché, explique-t-il. Par le passé, pour accéder aux textes, il fallait malheureusement détruire les masques. Mais cela en valait la peine : des textes d'une très grande valeur ont ainsi été mis au jour."

Cahiers d'écoliers et pétitions au roi

Parmi les plus belles pièces de la collection figurent un très ancien fragment de l'"Odyssée", relatant la ruse d'Ulysse pour échapper au cyclope Polyphème, et la quasi-intégralité des "Sicyoniens", pièce de l'auteur comique grec Ménandre. "Les textes littéraires constituent un dixième de la collection de la Sorbonne, estime Jean Gascou. À ceux-ci s'ajoutent les textes paralittéraires, tels que ces cahiers d'écoliers couverts de syllabes et de petites sentences morales." Mais la majorité de la collection est composée de documents administratifs, de correspondances et de livres de comptes. "La pétition au roi était un genre très répandu à l'époque ptolémaïque, précise Jean Gascou. Les particuliers allaient trouver les autorités pour se plaindre du vol d'un âne ou d'une usurpation de propriété. Avec ces textes, nous connaissons leurs préoccupations, mais beaucoup moins leurs états d'âme et leurs émotions."

Fragment de papyrus en arabe Inv.Sorb. 2344 (à gauche) et 2343 (à droite) - Institut de papyrologie de la Sorbonne // DR

Fragment de papyrus en arabe Inv.Sorb. 2344 (à gauche) et 2343 (à droite) - Institut de papyrologie de la Sorbonne // DR


Géraldine Dauvergne | Publié le

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