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Le match des ministères sur le calendrier du futur bac et de Parcoursup

Erwin Canard, Laura Taillandier
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Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale et Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur
Le sujet du calendrier de Parcoursup sera mis sur la table à la rentrée 2018. // ©  Nicolas Tavernier/REA
Qui du ministère de l'Éducation nationale ou de celui de l'Enseignement supérieur remportera la bataille du calendrier ? Avec la mise en place de la réforme du bac et des nouvelles épreuves de spécialité en 2021, qui compteront pour Parcoursup, l’un des deux va devoir bousculer son agenda. Mais lequel ?

Épineux, voire politiquement dangereux. Voilà comment qualifier le chantier qui devrait s'ouvrir autour du calendrier du futur baccalauréat en lien avec Parcoursup. "Nous allons parler de ce sujet à la rentrée", confirme Jean-Marc Huart, le directeur général de l'enseignement scolaire (Dgesco). Le 12 juillet, ce dernier a choisi de proposer aux membres du Conseil supérieur de l’éducation un calendrier scolaire uniquement pour l'année scolaire 2019–2020, et non triennal, comme le prévoient les textes officiels. Preuve que les dates des vacances scolaires ou des cours peuvent être amenées à bouger en fonction du nouveau bac et de Parcoursup.

Un calendrier "irréaliste"

Le point de départ du problème est le suivant : en 2021 auront lieu les premières épreuves de spécialité du nouveau baccalauréat. Elles doivent, selon les annonces de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, se dérouler au retour des vacances de printemps, autrement dit fin avril-début mai, et être prises en compte dans Parcoursup.

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Pourtant, dans son rapport "Réforme du baccalauréat : attention au hors-sujet !", le think tank Terra Nova qualifiait ce calendrier d'"irréaliste" et "difficilement réalisable". En effet : s'il est maintenu, cela induirait une clôture des dossiers sur la plate-forme après la publication des résultats de ces épreuves, que l'on peut imaginer autour de la mi-mai, soit six semaines plus tard que le prévoit actuellement la procédure Parcoursup. Pour Franck Loureiro, co-secrétaire général du Sgen-CFDT, la situation est claire : "Il n'est pas possible de bouger le calendrier de Parcoursup au détriment des personnels de l’enseignement supérieur en leur imposant un rythme insoutenable."

Un constat confirmé par François Germinet, en charge de la commission formation de la Conférence des présidents d'université (CPU) : "Il faudra toujours un mois et demi pour traiter correctement les dossiers des candidats. Si on réduit ce traitement à un mois, ce sera chaotique." Pour Claire Guéville, secrétaire nationale du Snes-FSU en charge du lycée, avec la non-hiérarchisation des vœux, "on a beau retourner le système dans tous les sens, ce sera toujours long". D'autant que Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, a été claire sur le fait que la non-hiérarchisation des vœux resterait un principe clé de la procédure.

Comment raccourcir la procédure ?

Impossible alors d’accélérer la mécanique Parcoursup ? La CPU émet tout de même quelques pistes. Par exemple : faire en sorte que la phase principale se termine avant les épreuves du baccalauréat et que la phase complémentaire s’ouvre ensuite. Pour réussir ce tour de force, les lycéens devraient classer les propositions qu'ils ont reçues. "Nous saurons dans quel ordre traiter ces vœux. Aujourd’hui, un lycéen garde des vœux en attente alors qu’il n’est pas intéressé. Il conservera uniquement les vœux qui ont sa préférence", précise François Germinet. Avec cette méthode, la CPU n’estime pas nécessaire de raccourcir davantage le délai de réponse laissé aux candidats.

Même si ces ajustements voient le jour, ils paraissent insuffisants pour gagner les six semaines nécessaires. Et repousser le calendrier ne semble pas avoir les faveurs de Frédérique Vidal : "Le calendrier a été extrêmement avancé par rapport à celui d'APB. C’était une demande des lycéens et étudiants lors de la concertation : avoir des réponses plus tôt", a-t-elle déclaré le 10 juillet devant la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale. En revanche, il était synonyme d'une "grosse contrainte pour l'ensemble des établissements sélectifs, qui ont dû classer les dossiers de manière plus précipitée". Si Parcoursup ne peut être ni accéléré ni reculé, l'idée de repousser la rentrée universitaire pourrait alors être mise sur la table. Mais pour François Germinet, "il en est hors de question".

La solution du calendrier scolaire

Ainsi, à moins d'accepter le fait, comme alerte Terra Nova, que les filières du supérieur jugent le niveau des élèves "sans avoir les notes des matières censées représenter le point fort de leur projet", la piste pourrait être de faire évoluer le calendrier du futur bac. Pour l'heure, Jean-Marc Huart maintient le cap : "À ce stade, les épreuves de spécialité sont bien après les vacances de printemps. Nous étudions la question avec la Dgesip (direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle) et Jérôme Teillard, chargé du pilotage de la réforme de l'entrée à l'université."

En coulisses, certains syndicats estiment que le ministère de l'Éducation nationale aurait perdu la main sur le sujet. "Jean-Michel Blanquer a souvent dit qu'il voulait faire plier le ministère de l'Enseignement supérieur mais on sent finalement que, petit à petit, c'est le calendrier du scolaire qui va devoir évoluer", explique Claire Krepper, secrétaire nationale du SE-Unsa en charge du lycée. Pour le Sgen-CFDT, c’est à Jean-Michel Blanquer de faire machine arrière. "La qualité d’un homme politique, c’est aussi de reconnaître ses erreurs…", commente Franck Loureiro. Selon lui, la Rue de Grenelle aurait dû prendre en compte le calendrier de Parcoursup en amont lors de la construction de la réforme du bac, au lieu de "trancher toute seule dans son coin".

"Tout remettre sur la table"

Le ministre pourrait-il décider de faire passer les épreuves de spécialité plus tôt que prévu et revenir sur sa volonté initiale ? S'il est trop tôt pour le savoir, un tel revirement aurait pour conséquence de faire perdre de leur sens à ces épreuves, estime Jean-Rémi Girard, président du Snalc : "On interrogerait les élèves sur à peine deux tiers du programme, et il faudrait que tous les profs aient fait les mêmes parties du programme au même moment." En outre, "si on avance trop les épreuves, il y a un risque de démobilisation des élèves, d'autant que le poids des épreuves de juin pourrait leur paraître relatif", renchérit Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN.

Le ministère de l'Éducation nationale pourrait envisager de s'en sortir par une pirouette. "Une idée serait d'avancer les vacances de printemps. Toutefois, cela risque de faire une dernière période de cours beaucoup trop longue, et, peut-être, de ne pas plaire au secteur du tourisme… À moins de recréer une nouvelle période de vacances entre le printemps et la fin d'année", relève Claire Krepper. Jean-Michel Blanquer pourrait alors avancer ces épreuves tout en conservant sa promesse de les faire se dérouler après les vacances de printemps. Pour Franck Loureiro, en tout cas, il s'agit de "tout remettre sur la table dans le cadre d’un vrai bilan avec l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur". "Tout ne peut pas bouger que du côté du sup", prévient-il. Réponse en octobre prochain lorsque les premiers groupes de travail s’ouvriront sur le sujet.


Erwin Canard, Laura Taillandier | Publié le

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