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L'université de l'océan Indien émerge à nouveau

Cécile Peltier
Publié le
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Ile de la Réunion
Une mission de préfiguration d'une université de l'océan Indien est en cours. // ©  Kurt HENSELER/LAIF-REA
À la mi-mars 2017, le gouvernement a confié à deux connaisseurs de la zone une mission de préfiguration d'une université de l'océan Indien. Cette structure fédérale, qui figurait parmi les promesses de campagne du président Hollande, devrait répondre aux besoins de formation de la région.

Développement économique, stabilité politique, amélioration des communications et internationalisation de l'enseignement supérieur... Tous les signaux semblent au vert, aujourd'hui, pour permettre la création d'une université francophone de l'océan Indien. Le projet, qui figurait parmi les promesses de campagne du candidat Hollande, en 2012, a été officiellement lancé à la fin de son quinquennat.

Ericka Bareigts, ministre des Outre-Mer, et Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur, ont confié, le 16 mars 2017, à Jean-Pierre Chabriat, doyen de l'UFR de sciences et technologies à l'université de La Réunion, et Luc Hallade, ambassadeur délégué à la coopération régionale dans l'océan Indien, le soin de rédiger la feuille de route du projet, en concertation avec toutes les parties prenantes. 

La future université associera l'université de La Réunion et le centre universitaire de formation et de recherche de Mayotte. Et elle pourrait s'étendre plus largement à des pays comme les Seychelles, Madagascar, le Mozambique, l'Inde, la Tanzanie, le Kenya, l'Afrique du Sud...

Élu en septembre 2016 à la tête de l'université de La Réunion, Frédéric Miranville a également fait de la création de cette structure fédérative un axe de développement de l'université. "Il est important de trouver un modèle d'organisation qui permette de donner davantage de visibilité à l'océan Indien.  La région a de gros besoins en matière d'enseignement supérieur et de recherche, et on peut ici travailler avec nos voisins dans une réelle démarche de  coopération internationale", assure le nouveau président.

UN PROJET ANCIEN 

L'idée d'une université de l'océan Indien ne date pas d'hier. "Un premier projet avait émergé en 1989 au niveau de la COI [Commission de l'océan Indien, une organisation intergouvernementale réunissant l'Union des Comores, la France/Réunion, Madagascar, Maurice et les Seychelles], mais le contexte était beaucoup moins favorable qu'aujourd'hui", se souvient Jean-Pierre Chabriat.

Les établissements d'enseignement supérieur régionaux étaient alors relativement "jeunes" – l'université de La Réunion est née en 1982 , explique le doyen de l'UFR de sciences et technologies. Depuis, l'université a gagné en maturité, et dans toute la région l'offre de formation s'est accrue : "Il y a quelques années, le gouvernement français donnait des bourses aux élèves mauriciens pour effectuer des premiers cycles en France. Aujourd'hui, le niveau licence/bachelor s'est développé à Maurice et de plus en plus aux Seychelles", ajoute le chargé de mission.

Plusieurs établissements d'enseignement supérieur français (Centrale Nantes, Essec, université Paris 2-Assas, Vatel...) ont récemment pris leurs quartiers dans l'"Education Village", déployé sur l'île Maurice, voisine, qui se rêve en nouveau hub de l'enseignement supérieur.

Le contexte économique et géopolitique de ces pays, ainsi que de leurs voisins africains, s'est aussi grandement amélioré. Le Mozambique a, par exemple, enregistré en 2015 une croissance supérieure à 6 %.

Enfin, le développement des liaisons portuaires ou aériennes, et la généralisation de la fibre optique ont révolutionné les communications. Autant d'ingrédients qui font aujourd'hui de la région une zone prometteuse. 

VERS UNE OFFRE DE FORMATION COMMUNE

Or les formations d'enseignement supérieur restent trop peu nombreuses, et les synergies entre celles-ci insuffisantes. "Les entreprises d'informatique de La Réunion vont investir en Afrique du Sud et au Mozambique. Leurs cadres ont besoin de comprendre la dynamique de la zone. Or, aujourd'hui les jeunes Réunionnais ne connaissent pas ces pays !", constate Jean-Pierre Chabriat. 

L'objectif  de l'université serait justement de développer une offre de formation commune, "en particulier des deuxièmes et troisièmes cycles, qui s'appuieraient sur les atouts des uns et des autres, avec une forte attractivité internationale", esquisse Frédéric Miranville, qui tient à renforcer le positionnement de son université face au nouveau hub mauricien.  

La santé publique, les énergies renouvelables, la préservation de la biodiversité ou encore le tourisme constituent quelques-uns des grands défis de ces vingt prochaines années pour la région, et de possibles thématiques de coopération universitaire.

Les nouvelles synergies porteront aussi sur la recherche, à travers des échanges d'enseignants ou des laboratoires communs. Voire, pourquoi pas, "une école doctorale qui pourrait être multidisciplinaire...", suggère le président de l'université de La Réunion.

Cette initiative doit permettre de renforcer la visibilité internationale de l'université de La Réunion, celle du centre universitaire de Mayotte, et plus largement celle de leurs partenaires, en favorisant la venue de profils de haut niveau (étudiants ou enseignants-chercheurs). 

PREMIÈRES CONCLUSIONS POUR LA FIN AVRIL

Difficile de dire quelle forme prendrait ce nouvel ensemble. "L'ancienne université de l'océan Indien était une association. On peut imaginer une sorte de Comue internationale, qu'on pourrait ensuite, par exemple, tenter de faire labelliser par l'Unesco. Il y a plusieurs pistes à creuser...", confie Jean-Pierre Chabriat. 

Les premières conclusions sont attendues pour la fin du mois. En espérant qu'elles ne se perdront pas dans le déménagement des équipes ministérielles...


Cécile Peltier | Publié le

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